21/11/2018 17:24
L'émissaire de l'ONU arrive mercredi 21 novembre à Sanaa pour relancer les efforts de paix au Yémen où la bataille pour le contrôle de la ville portuaire de Hodeida, cruciale pour l'aide humanitaire, risque de causer une "famine de masse", selon des experts.
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Un membre des forces progouvernementales yéménites dans une zone industrielle détruite par les combats le 19 novembre dans la ville de Hodeida.
Photo: AFP/VNA/CVN

L'émissaire, Martin Griffiths, doit avoir des discussions avec les dirigeants des Houthis qui contrôle la capitale yéménite sur les consultations de paix qu'il compte tenir dans "quelques semaines" en Suède afin de mettre fin à une guerre qui dure depuis plus de trois ans et a plongé le pays dans la pire crise humanitaire au monde.

Le programme de la visite et sa durée n'ont pas été communiqués par l'ONU qui n'indique pas son émissaire a l'intention ou non de rencontrer des représentants du gouvernement yéménite.

Le Yémen, pays pauvre en proie à la pire crise humanitaire au monde selon l'ONU, est quasiment divisé en deux, les forces progouvernementales contrôlant le Sud et une bonne partie du Centre et les Houthis à Sanaa ainsi que le Nord et une bonne partie de l'Ouest.

Pour favoriser les efforts de paix, les Houthis se sont dit ouverts à une cessation de hostilités si la coalition menée par l'Arabie saoudite et qui intervient en soutien au gouvernement du président Abd Rabbo Mansour Hadi cesse ses attaques.

Le gouvernement de M. Hadi a d'ores et déjà annoncé sa participation aux consultations de paix dont la date n'a pas encore été fixée.

Dilemme à Hodeida

En attendant, Hodeida sur la mer Rouge, essentielle pour l'acheminement de l'aide humanitaire, a connu une deuxième nuit de combats entre  Houthis, qui contrôlent la ville et son port, et les forces progouvernementales qui tentent de les en déloger.

Après une journée calme mardi 20 novembre, de violents combats ont eu lieu dans la nuit dans les quartiers sud et est de la ville, selon un correspondant de l'AFP et des habitants.

Dans la nuit précédente, de lundi 19 à mardi 20 novembre, les combats, les plus violents depuis la désescalade du 14 novembre, s'étaient concentrés dans l'est de Hodeida. Les Houthis ont tiré à l'artillerie et les forces progouvernementales ont riposté, soutenues par des raids aérien de la coalition sous commandement saoudien.

Hodeida, par où passe 75% de l'aide humanitaire, constitue un enjeu clé de ce conflit qui a déjà fait quelque 10.000 morts et plongé 14 millions de personnes dans une situation de pré-famine, selon l'ONU.

Le Conseil de sécurité de l'ONU doit se prononcer à une date indéterminée sur une résolution, dont un projet a été présentée par la Grande-Bretagne, appelant à une trêve dans la ville et le passage, sans obstacles, de l'aide humanitaire.

Le centre de réflexion International Crisis Group (ICG), dont le siège est à Bruxelles, a estimé dans une étude publiée mercredi 21 novembre que la communauté internationale se trouve devant un "rude" dilemme à Hodeida.

"Le choix est difficile mais simple: empêcher une bataille destructrice pour Hodeida ou assumer une partie de la responsabilité, par inaction, dans une famine de masse" au Yémen, écrivent les auteurs de ce rapport.

La communauté internationale devrait, selon ICG, "non seulement choisir la première (option) mais aussi agir rapidement pour mettre fin au siège de Hodeida".

Quelque 85.000 enfants morts

Le centre de réflexion souligne à la fois la détermination des Houthis à garder le contrôle de la ville où ils ont acheminé des troupes aguerries appelées "Kataeb al-Mawt" (les Bataillons de la mort) et les faiblesses des forces progouvernementales.

Ces forces, soutenues par les Émirats arabes unis, sont composées essentiellement de "combattants salafistes motivés par la religion", écrit le groupe de réflexion qui met en doute leur capacité de coexister dans une ville débarrassée des rebelles. "Pour les Houthis, perdre le port serait un sérieux revers, mais ils pourraient survivre, du moins pour le moment", estime l'International Crisis Group.

Un enfant de 10 ans souffrant de famine le 19 novembre à Taez dans le pays en guerre.
Photo: AFP/VNA/CVN

Mais "pour une population déjà au bord de la famine, cela signifierait quelque chose de bien pire, car de nouvelles perturbations dans l'approvisionnement en produits de base pourraient se révéler catastrophiques", ajoute-t-il.

Dans une étude publiée mercredi 21 novembre, l'ONG Save The Children a estimé à 85.000 le nombre d'enfants morts de faim ou de maladie depuis l'intensification de la guerre au Yémen en 2015.

"Nous sommes horrifiés par le fait qu'environ 85.000 enfants soient morts de faim. Pour chaque enfant tué par des bombes et des balles, des douzaines meurent de faim et on peut l'éviter", a déploré dans un communiqué de Save The Children, Tamer Kirolos, son directeur pour le Yémen.
AFP/VNA/CVN
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