28/01/2016 12:37
Les tatouages en trompe-l'œil de ses robes avaient séduit les critiques et Cate Blanchett. Avec sa deuxième collection, Yacine Aouadi, enfant des quartiers nord de Marseille, a fait son entrée dans le monde prestigieux des défilés de haute couture parisiens.
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Une création de la collection d'Aouadi, exposée au Petit Palais à Paris, le 26 janvier. Photo : AFP/VNA/CVN

Rien à voir avec les shows spectaculaires des grandes maisons de luxe toutefois : le jeune homme de 35 ans a présenté le 26 janvier treize silhouettes aux inspirations années 1920 sur des mannequins en bois, dans une salle du Petit Palais.

Ses créations dans une palette de rose font la part belle à l'organza, mais aussi au cuir de python, au cuir d'agneau velours, aux broderies et aux transparences, pour des silhouettes délicates.

Une collection beaucoup plus "solaire" que la première, inspirée du noir et de la superstition, qui avait tapé dans l'œil de la styliste de Cate Blanchett, Elizabeth Stewart, lors de sa présentation en juillet.

Quelques mois plus tard, l'actrice australienne avait porté une robe Aouadi aux manches recouvertes de broderies donnant l'illusion de tatouages, faite spécialement pour elle pour la première du film Carol à New York. "J'ai enfin su comment se passait le processus d'une robe sur mesure !", s'enthousiasme le couturier.

Chez lui, pas de grands volumes ni de longues traînes, mais une haute couture qui offre le choix d'un "vrai vestiaire" avec pantalon, robes, manteau, alliant silhouettes traditionnelles et inspirations sportives.

Passé par l'école de mode parisienne Studio Berçot, Yacine Aouadi a travaillé pendant plusieurs années chez Balmain, avant de lancer sa marque. Il a opté pour la haute couture, par goût pour l'artisanat et pour son rythme plus propice à la créativité que le prêt-à-porter, explique-t-il.

"J'ai ce luxe de pouvoir prendre mon temps pour faire deux collections par an", dit ce jeune homme brun et fin, qui cite comme modèle Azzedine Alaïa, créateur connu pour son indépendance et son peu de considération pour le marketing.

"Pas de mass market"

Une robe d'Aouadi, exposée au Petit Palais à Paris, le 26 janvier. Photo : AFP/VNA/CVN
S'il envisage le prêt-à-porter comme une suite logique à une activité de haute couture, peu rentable, Yacine Aouadi ne veut pas "tomber dans le mass market de luxe".

"Je n'ai pas envie d'avoir 400 boutiques, de dégoûter les gens !", lance celui qui dit ressentir un peu une "overdose" face à la profusion des collections de vêtements. "Ma mère à Marseille me dit : +Mais qu'est-ce qu'on va faire de tout ce linge !+, en parlant de toutes les collections qu'elle voit. Ca me fait rire!".

Ses parents, Algériens installés en France depuis l'enfance, l'aident financièrement. Ancien ferronnier aujourd'hui retraité, son père a fait les structures métalliques servant à présenter les modèles.

Mais Yacine Aouadi, dernier d'une fratrie de cinq, a dû tenir bon pour imposer ses choix.

"Je rêvais de mode depuis tout petit, j'étais un peu le cygne noir", raconte-t-il. "Dans mon quartier, j'étais capable de descendre en jupe, donc ce n'était pas facile, pour un garçon ce n'est pas forcément bien vu !", commente-t-il dans un sourire.

"Je voulais faire de la danse, quand mes grands frères étaient au judo et à la boxe. Du coup, mon papa me disait: +bon ok, tu fais de la boxe et de la danse!+", se souvient-il.

À 20 ans, il ouvre une boutique de vêtements avec son frère à Marseille et crée des T-shirts, mais se retrouve vite "coincé techniquement et créativement". C'est alors qu'il décide de partir à Paris pour se former à la mode.

Aujourd'hui, ses créations, sur commande et sur mesure, valent plusieurs dizaines de milliers d'euros, pour une clientèle encore rare, à chercher du côté du Golfe et des États-Unis.

"C'est un travail de longue haleine, il faut tenir financièrement, c'est sûr", reconnaît Yacine Aouadi qui, avec son partenaire Matthieu Pabiot, "cherche activement des investisseurs".

AFP/VNA/CVN

 
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