15/07/2021 16:23
À Rangoun, la plus grande ville du Myanmar, les habitants bravent le couvre-feu militaire dans une quête désespérée d'oxygène pour permettre à leurs proches malades du COVID-19 de respirer, alors que l'épidémie fait rage dans le pays, qui craint un scénario à l'indienne.
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Des gens attendent pour remplir des bouteilles d'oxygène pour leurs proches atteints de COVID-19, à Mandalay le 13 juillet.
Photo : AFP/VNA/CVN

Le pays est en proie au chaos depuis que l'armée a pris le pouvoir le 1er février, déclenchant une répression brutale contre les opposants qui a fait plus de 900 morts et mis l'économie à plat. Mercredi 14 juillet à l'aube, des centaines de personnes faisaient la queue dans l'espoir de pouvoir remplir de longues bonbonnes bleues d'oxygène et sauver les membres de leur famille atteints de la maladie.

Des stations de remplissage ont fleuri un peu partout dans la ville ces derniers jours et leur localisation est mise à jour sur les réseaux sociaux. Certaines sont gratuites, mais d'autres font payer autour de 3 euros pour une bonbonne de 40 litres. "Ma sœur souffrait du COVID-19 depuis trois jours. (...) elle a reçu des traitements médicaux à la maison. Et elle a beaucoup souffert hier car elle ne pouvait pas bien respirer", a déclaré Than Zaw Win, en quittant l'une des files d'attente. "Mais ma nièce vient de m'appeler pour que je rentre à la maison car ma sœur est décédée".

Le pays a enregistré plus de 7.000 nouveaux cas mercredi 14 juillet, contre moins de 50 par jour début mai. À Rangoun, 7 millions d'habitants, et à Mandalay, deuxième ville du pays, des confinements ont été décrétés, mais le bilan continue de s'alourdir et des équipes de volontaires se mobilisent pour enlever les corps des victimes mortes chez elles. Certains habitants se lèvent au milieu de la nuit pour être en bonne place dans la file. Arrivé à 3 heures du matin devant un centre de recharge, Ye Kyaw Moe a eu la mauvaise surprise de trouver 14 personnes devant lui.

"Je n'ai pas dormi de la nuit", a-t-il déclaré. "J'ai aussi dû faire attention pour éviter les soldats car nous sommes toujours sous la loi martiale". La junte militaire affirme qu'il n'y a pas lieu de s'alarmer. "En fait, nous avons assez d'oxygène", titrait mardi 13 juillet l'organe officiel Global New Light of Myanmar.

Des heures d'attente sous la pluie ou un soleil de plomb

"Les gens n'ont pas besoin de s'inquiéter autant et ne devraient pas répandre la rumeur", a déclaré le chef de la junte, Min Aung Hlaing. Cette nouvelle vague intervient alors que le pays est ébranlé par les violences qui ont suivi le coup d'État et que de nombreux médecins et personnels de santé sont en grève longue en signe de protestation contre les militaires.

Mercredi 14 juillet, le Global New Light a admis que des "difficultés" étaient apparues dans les "activités de prévention et de contrôle" en leur absence. La campagne vaccinale est extrêmement lente et à ce jour moins de 2 millions de personnes ont été vaccinées dans ce pays de 54 millions d'habitants. "La junte ne dispose pas des ressources, des capacités et de la légitimité nécessaires pour maîtriser cette crise", a déclaré mercredi 14 juillet Tom Andrews, rapporteur spécial des Nations unies sur le Myanmar.

"La crise... est particulièrement meurtrière en raison de la méfiance omniprésente à l'égard de la junte militaire", a-t-il estimé. La Birmanie doit recevoir six millions de doses de vaccin de la Chine d'ici le mois prochain. Trop tard pour ceux qui se battent pour respirer. Dans une autre file d'attente à Rangoun, Aung Kyaw , 43 ans, espérait obtenir davantage d'oxygène pour sa femme.

La dernière fois qu'il a voulu faire le plein d'une bouteille de 40 litres, on l'a fait attendre pendant 24 heures, a-t-il raconté. Contrairement à d'autres, il dit ne pas avoir les moyens de parcourir la ville à la recherche de stations de remplissage moins fréquentées. "Je dois donc attendre et faire la queue ici sous la pluie ou sous un soleil de plomb et toute la nuit aussi".

AFP/VNA/CVN

 

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