26/02/2020 12:07
Accusations de "travail forcé" et "traite" d'êtres humains sur des chantiers du Mondial-2022 au Qatar : Vinci se retrouve au cœur d'une enquête menée par un juge français après des plaintes d'ONG et d'ex-employés indiens et népalais.
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L'instruction a été ouverte par le doyen des juges d'instruction de Nanterre Serge Tournaire en novembre dernier, après des plaintes émanant des associations Sherpa et Comité contre l'esclavage moderne (CCEM), ainsi que de sept ex-employés indiens et népalais de ces chantiers. Les plaignants accusent Vinci, Vinci Construction Grands Projets (VCGP), sa filiale Qatari Diar Vinci Construction (QDVC) et leurs représentants, de "réduction en servitude, traite des êtres humains, travail incompatible avec la dignité humaine, mise en danger délibérée, blessures involontaires et recel" notamment, selon la plainte que l'AFP a pu consulter.

La plainte fait suite à une enquête menée par Sherpa en Inde en septembre 2018 qui a permis de réunir de nouveaux éléments et témoignages d'anciens travailleurs qui viendraient confirmer la première enquête de l'ONG menée en 2014 au Qatar, selon Sherpa. "Nous nous réjouissons de cette ouverture d'information qui marque une étape importante et devrait permettre de faire la lumière sur les conditions réelles de vie et de travail des ouvriers sur les chantiers de Vinci au Qatar", a indiqué mardi 25 février une porte-parole de l'association.

66 heures par semaine

Selon l'ONG, les employés immigrés de Vinci qui travaillent sur les chantiers de la Coupe du monde travaillent, passeport confisqué, entre 66 et 77 heures par semaine. Et ils seraient entassés dans des chambres exigües aux sanitaires insuffisants, percevant des rémunérations sans rapport avec le travail fourni, menacés de licenciement ou de renvoi dans leur pays en cas de revendications. D'après Sherpa, leur salaire minimum correspond à "1,83% du salaire moyen qatari", soit 750 riyals mensuels (moins de 190 euros).

Par ailleurs, les conditions de travail seraient selon l'ONG, "tellement pénibles qu'elles en sont dangereuses pour la santé des travailleurs qui ne bénéficient pas toujours d'équipements adéquats". Selon le témoignage d'un électricien indien qui a travaillé au moins six ans sur les chantiers Vinci au Qatar, quatre travailleurs ont ainsi perdu la vie en déblayant des canalisations. "Ils ont manqué d'oxygène et ils sont morts", explique-t-il dans son témoignage écrit en anglais que l'AFP a pu consulter.

"Vinci réfute toutes les allégations de Sherpa", a réagi le groupe auprès de l'AFP, mettant en avant les "nombreuses initiatives mises en place depuis dix ans au Qatar et qui ont inspiré les nouvelles réglementations sur les droits des travailleurs mises en place récemment par le pays". Et de prendre pour "exemple d'initiatives" la signature d’un accord international avec l'Internationale des travailleurs du bâtiment et du bois, un "partenariat avec l'Organisation internationale du travail sur le recrutement des ouvriers dans la chaîne de sous-traitance" ou encore la "construction de nouvelles installations répondant aux meilleurs standards en matière d’hébergements".

Sherpa, qui s'est fixée pour but de défendre les populations victimes des crimes économiques, avait déjà déposé en mars 2015 une plainte à Nanterre contre Vinci Construction Grands Projets et sa filiale au Qatar, mais en février 2018, l'enquête préliminaire a été classée sans suite. L'ONG a ensuite déposé deux nouvelles plaintes avec constitution de partie civile pour obtenir la désignation d'un juge d'instruction. Un audit réalisé début janvier 2019 par plusieurs organisations syndicales (CGT, CFDT et CFE-CGC) au sein des activités qataries de Vinci a néanmoins conclu à l'existence de bonnes pratiques sur place en matière de recrutement et d'emploi.

AFP/VNA/CVN

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