30/06/2018 09:50
En l’honneur du 25e anniversaire des "Rencontres du Vietnam" prévu en août prochain, la directrice générale déléguée de l’Institut de recherche pour le développement (IRD), Elisabeth Barbier, a accordé une interview exclusive au Courrier du Vietnam sur la coopération entre l’IRD et le Vietnam.
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La directrice générale déléguée de l’Institut de recherche pour le développement - IRD, Elisabeth Barbier.
Photo: Thanh Tuê/CVN
Que pensez-vous des relations de coopération entre l’IRD et le Vietnam et de leurs perspectives pour ces prochaines années?

Ces relations se sont fortement développées ces dernières années dans tous les domaines majeurs de coopération scientifique. L’IRD au Vietnam, en 2018, ce sont 18 chercheurs français expatriés qui, avec leurs collègues vietnamiens, animent 11 laboratoires et jeunes équipes associées, encadrent 32 doctorants et donnent environ 1.200 heures de cours dans 14 masters d’universités vietnamiennes.

Cette communauté d’approximativement 250 chercheurs s’attèle en priorité à fournir des réponses aux enjeux soulevés par le développement rapide du pays et par son exposition croissante aux changements globaux (dont le changement climatique): mesure des impacts environnementaux de l’activité humaine et de l’urbanisation, compréhension des mécanismes sous-jacents aux phénomènes d’érosion côtière, suivi de l’appauvrissement des sols, mesure de la pollution des cours d’eau et des sols, développement de stratégies de santé publique face aux maladies infectieuses comme la dengue, conception de stratégies face à l’émergence de résistances aux traitements antibiotiques, mesure et compréhension des mécanismes de la pollution atmosphérique, etc.

En plus d’aider à mener des recherches directes sur ces différents sujets, l’action de l’IRD consiste surtout à renforcer les capacités de ses partenaires pour leur permettre, à terme, de travailler de façon autonome sur des projets ambitieux liés à ces grands enjeux.

Ceci passe par la création de structures conjointes aux universités ou aux académies où les jeunes chercheurs vietnamiens sont formés à des technologies de pointe. Par exemple, l’IRD et l’Université de technologie de Hô Chi Minh Ville ont ainsi conçu ensemble le premier (et, jusqu’à présent, le seul) laboratoire capable de mesurer la pollution des rivières par les micro - et nano-plastiques, permettant ainsi aux étudiants et aux chercheurs vietnamiens de se former à cette nouvelle problématique.

Une expérimentation permettant de quantifier l’importance de la macrofaune du sol (vers de terre, fourmis et termites) sur les propriétés de transfert de l’eau dans le sol, fonctions cruciales pour l’agriculture.
Photo: IRD/CVN

Ceci passe également par la promotion d’une approche systématiquement multidisciplinaire pour aborder des questions centrales pour le développement du pays. Ainsi, la création du laboratoire LOTUS en partenariat avec l’Université des sciences et technologies de Hanoï (USTH), également appelée l’Université Vietnam - France,  et différents instituts de l’Académie des sciences et technologies du Vietnam va permettre aux chercheurs vietnamiens de travailler sur le continuum fleuve-littoral-océan pour comprendre les grandes dynamiques du delta du fleuve Rouge, alors que ces mêmes recherches étaient jusqu’à présent divisées en thématiques distinctes: océanographie, pédologie, écologie, etc.

Que feront le Vietnam et l’IRD pour concrétiser les accords de coopération?

Les laboratoires et jeunes équipes associés à l’IRD présents au Vietnam représentent déjà, aujourd’hui, la concrétisation de ces accords. Il nous faut cependant aller plus loin, en liaison avec nos partenaires vietnamiens, pour passer de la recherche scientifique "pure", productrice de connaissances (préalable à tout débat sérieux), à une activité permettant à ces mêmes laboratoires et à leurs chercheurs de proposer des recommandations à destination des décideurs publics comme privés.

Comment passer d’une agriculture intensive à une agriculture plus respectueuse de l’environnement? Comment diminuer l’incidence des maladies infectieuses et de l’antibiorésistance? Comment concevoir le développement urbain de demain pour qu’il soit durable et résilient aux changements environnementaux projetés? Comment promouvoir des politiques raisonnées de recyclage et de traitement des déchets solides? Comment diminuer la pollution atmosphérique qui affecte les grandes villes? Toutes ces questions imposent de mener des recherches multidisciplinaires sur le long-terme afin d’informer au mieux les citoyens et les pouvoirs publics sur l’éventail des choix possibles, de mesurer les effets des politiques mises en œuvre, ou de prédire les conséquences de certaines d’entre elles.

Le musée ExploraScience (Espace des sciences) à l'ICISE.
Photo: ICISE/CVN

C’est dans cet esprit que l’IRD souhaite concrétiser les accords de coopération existants et à venir, et que l’institut a réussi à construire avec ses partenaires vietnamiens depuis la fin des années 1990. Ceci implique, bien entendu, de se rapprocher des décideurs et des pouvoirs publics, en particulier des ministères de l’Agriculture et du Développement rural, des Ressources naturelles et de l’Environnement, et du Plan et de l’Investissement avec qui de nombreuses discussions ont été engagées depuis quelques temps afin que la voix et les recommandations des chercheurs soient mieux prises en compte dans les grands projets de développement. Il s’agit d’un effort à long terme, sur lequel l’IRD s’est engagé dans le cadre des accords existants, mais dont nous sommes persuadés qu’il sera en définitive payant pour toutes les parties.

Que pensez-vous de la naissance du Centre inter-national des sciences et de l’éducation interdisciplinaire (ICISE) à Quy Nhon dans la province de Binh Dinh (Centre) et  des contributions du couple scientifique Trân Thanh Vân (fondateur des "Rencontres du Vietnam") envers son pays natal?

L’ICISE représente une extraordinaire réussite dans le paysage vietnamien des sciences et des technologies, car le couple formé par Jean et Kim Trân Thanh Vân a réussi à mobiliser les pouvoirs publics (province de Binh Dinh, ministères, jusqu’au Premier ministre et au président vietnamiens) sur l’importance de l’éducation des nouvelles générations à la recherche et à la démarche scientifique.

Il s’agit en quelque sorte d’une démarche complémentaire à celle de l’IRD et c’est pourquoi nous la soutenons sans réserve, en co-organisant avec l’ICISE des évènements comme la conférence "La science pour le développement" en mai dernier ou en mettant à la disposition du musée ExploraScience (Espace des sciences) les productions grand-public des laboratoires soutenus par l’IRD au Vietnam: expositions, films, animations scientifiques, etc.

Nous pensons en effet que c’est en favorisant, dès le plus jeune âge, la curiosité, l’innovation et l’ouverture d’esprit face aux mystères de la nature et à ses manifestations que le Vietnam pourra, demain, disposer de chercheurs capables de contribuer efficacement au développement socio-économique du pays.

Propos recueillis par Câm Sa/CVN


 
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