10/01/2021 10:45
La Vietnamienne Nguyên Thi Phuong Dung est parvenue à vaincre les difficultés pour devenir professeure adjointe à l’Université américaine de l’Oklahoma. Le fruit d’une forte détermination et d’un désir ardent de lutter contre les stéréotypes de genre dans la société.
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Phuong Dung dans son laboratoire à l’Université américaine de l’Oklahoma.
Photo : TT/CVN

Nguyên Thi Phuong Dung est née dans une famille où personne n’avait fait de doctorat et où les ressources financières manquaient pour poursuivre des études à l’étranger.

La société vietnamienne étant fortement marquée par le confucianisme, les parents de Phuong Dung ont longtemps eu une conception conservatrice de l’éducation et du rôle de la femme. Face au désir d’apprendre de la future universitaire, sa famille rétorquait qu’une femme de plus en plus éduquée était une femme de plus en plus difficile à marier. Plutôt que de s’y résoudre, Phuong Dung y a trouvé sa source de motivation pour réaliser son doctorat à l’étranger, déterminée à redoubler d’efforts pour réaliser ce rêve a priori inaccessible. Et, en plus d’assurer son propre salut, la jeune étudiante se mettait à espérer que son parcours pourrait à l’avenir changer les mentalités dans sa famille mais aussi dans la société en général, concernant le regard de celle-ci sur les femmes et sur leurs aspirations académiques et professionnelles.

"Beaucoup de gens ne pouvaient cacher leur surprise face aux raisons qui me poussaient à étudier sans cesse. Je voulais devenir une fille réussissant aussi bien que les garçons aux examens pour que ma mère puisse être fière de moi, elle qui n’a eu que des filles alors que la famille du côté de mon père rêvait d’avoir un garçon afin de perpétuer le culte des ancêtres", raconte Phuong Dung.

Un doctorat à titre exceptionnel

Empathique avec la souffrance de sa mère, une femme du Sud qui s’est mariée avec un homme du Nord, Phuong Dung s’est fixé l’objectif de prouver que les femmes pouvaient réussir dans des domaines trop souvent réservés aux seuls hommes.

Phuong Dung heureuse à côté de son époux et de leur fils. Photo : TT/CVN
Grâce à ses efforts constants, elle a obtenu d’excellents résultats pendant sa scolarité. Ancienne élève du Lycée d’élite relevant de l’Université nationale de Hô Chi Minh-Ville, elle a déposé sa candidature pour une bourse de six mois au Département de l’agriculture des États-Unis (USDA) à Miami. Son dossier de candidature a été accepté peu de temps après. Puis, elle a poursuivi ses études à l’Université de Missouri où, grâce à un projet de recherche bien défini, elle a été autorisée à commencer un doctorat alors même qu’elle n’avait pas encore obtenu son master.

Comme tant de doctorants, la thésarde s’est confrontée à de nombreux défis durs comme des murs. Dès ses débuts, elle a demandé à changer de directeur de thèse pour trouver un professeur davantage adapté à ses recherches sur le long terme. Elle a dû traverser des périodes tellement stressantes qu’elle en perdait ses cheveux et a souvent pensé à jeter l’éponge quand elle se retrouvait bloquée dans ses recherches.

Ne pas représenter un mauvais précédent : l’idée de rentrer au pays avec un échec aurait prouvé aux médisants qu’une femme ne pouvait pas faire aussi bien qu’un homme à ce niveau-là. Cela aurait également pu influencer le regard de ses collègues chercheurs sur les Vietnamiens. Ces raisons ont donc poussé Phuong Dung à poursuivre son doctorat coûte que coûte et elle est parvenue à soutenir sa thèse au bout des cinq ans prévus initialement, démontrant des résultats prometteurs.

"J’étais la première Vietnamienne dans le laboratoire du Professeur qui supervisait ma thèse. Si je l’abandonnais, j’aurais laissé une mauvaise impression sur les étudiants vietnamiens. De plus, je ne suis pas le type de personne qui jette facilement l’éponge", explique-t-elle.

Surmonter les stéréotypes de genre

Quand Phuong Dung a commencé à enseigner aux étudiants de l’Université américaine de l’Oklahoma, en août 2016, cet établissement n’avait encore jamais compté de professeur vietnamien dans ses rangs. Certains de ses collègues américains pouvaient alors se montrer sceptiques quant à ses capacités.

Elle a fait taire ses détracteurs en seulement un an, en réussissant à lever des fonds pour financer les projets de recherche du laboratoire de biologie moléculaire dont elle s’occupait. Or, très peu de professeurs d’origine vietnamienne se voient octroyer de l’argent pour diriger un laboratoire aux États-Unis. Cela a attiré l’attention de ses collègues et ouvert de nombreuses opportunités de collaboration.

Aujourd’hui, Phuong Dung et son mari, Thiêu Quang Thành, lui aussi enseignant de l’Université de l’Oklahoma depuis août 2019, veulent faire quelque chose pour les Vietnamiens. Ils veulent les soutenir pour que les jeunes puissent poursuivre leurs études aux États-Unis.

Phuong Dung se concentre actuellement sur le développement de son expertise et de sa méthode pédagogique pour attirer davantage l’intention des étudiants. Elle affirme publiquement soutenir la diversité linguistique de ses classes ainsi que les différentes prononciations de l’anglais de ses étudiants étrangers.

Ses efforts et sa bravoure ont porté ses fruits. Au premier semestre, elle ne comptait qu’une poignée d’étudiants dans son amphi. Par la suite, elle a rempli ses classes avec plus de 60 à 80 intéressés. Elle a donc ouvert de nouvelles classes, à la fois en ligne et en présentiel. L’intérêt des étudiants pour sa matière se traduit dans leur intérêt pour les méthodes de Phuong Dung. En effet, à la fin de chaque année, les étudiants doivent évaluer les matières ainsi que leurs enseignants et la professeure adjointe vietnamienne a reçu de nombreux avis positifs.

Selon elle, c’est en fait le résultat de sa passion pour l’éducation. Elle s’est même lancée dans des recherches postdoctorales sur les méthodes d’enseignement universitaire.

"J’étais très fière et heureuse parce que, après mes efforts, un jour mon grand-père m’a demandé de venir chez lui. Il m’a dit : +Bien que tu sois une femme, je suis très fier de toi parce qu’aucun petit-fils n’a fait aussi bien que ma petite-fille+. Ses paroles m’ont stimulé et ont été un moteur important pour moi", conclut-elle, les étoiles dans les yeux. 
Phuong Nga/CVN
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