11/05/2019 09:00
Il est des villes que le souffle de l’Histoire fait sortir de l’anonymat. Des villes dont le nom nous devient tellement familier que l’on a l’impression de les connaître depuis toujours, même si nos pas ne nous y ont jamais porté.
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Diên Biên Phu, une ville historique tournée vers un avenir radieux.
Photo: Tuân Anh/VNA/CVN

Nom de victoire, nom de rue. Diên Biên Phu, dans la province de Diên Biên (Nord), claque comme un étendard. Le petit hameau est devenu une ville connue du monde entier que les tours opérateurs proposent dans leurs programmes de voyage. Stimulée par toute cette activité, la ville pousse, grandit, et se fait toujours plus attirante pour garder quelques jours en son sein. Les touristes y font halte avant de franchir la frontière qui conduit au Laos. Ville incontournable du Vietnam que je ne connais pas encore. Pourtant, elle me paraît familière. Mais, je l’ai rencontrée bien souvent dans ma vie.

Des moments étonnants

Mon premier contact avec elle, c’était quand je titubais sur mes jambes, de nouveau bipède découvrant la vie et la station verticale. À l’époque, on me parlait de la cuvette de Diên Biên Phu. Avec ma logique enfantine, j’imaginais une ville faite de maisons de poupées que l’on avait placée au fond d’une cuvette en tôle émaillée, semblable à celle que l’on utilisait pour laver le petit linge. Je m’interrogeais bien sur l’utilité de mettre une ville dans une cuvette, mais les adultes étaient tellement bizarres…

Plus tard, j’ai eu l’occasion de la découvrir, logée dans son bassin en forme de cœur, dans la vallée de Muong Thanh. C’était au Musée de l’histoire militaire du Vietnam, à Hanoï, dans une salle sombre où une maquette du site illustre, petites lumières à l’appui, les différentes phases de ce qui a fait l’histoire de cette bourgade.

Hormis les photographies des agences de voyages qui vantent la beauté du site et son intérêt historique, ce sont les seuls contacts physiques que j’ai eus avec cet endroit du Vietnam. Et pourtant, malgré cela, Diên Biên Phu m’a donné l’occasion de vivre des moments étonnants et émouvants. Je me souviens ainsi lorsque j’étais à Hanoï lors d’un anniversaire du demi-siècle de la victoire de Diên Biên Phu. Avec un ami, nous flânions le long du lac Hoàn Kiêm (lac de l’Épée restituée), au cœur de la capitale. Autour de nous, l’ambiance était festive et les Hanoïens profitaient de la douce chaleur du printemps.

Attirés par un flot continu qui remontait la rue Tràng Tiên, nous nous sommes retrouvés devant l’Opéra, face à une estrade sur laquelle se déroulait un spectacle. Très rapidement, la foule s’est agglutinée pour assister à cette représentation publique. Et après quelques minutes, nous nous sommes retrouvés seuls Français au milieu de spectateurs vietnamiens applaudissant à la commémoration des hauts faits survenus à Diên Biên Phu en 1954…

Bien évidemment, des regards se sont portés sur nous. Et avec la curiosité naturelle des Vietnamiens, des questions ont fusé, notamment sur notre nationalité. Devions-nous dire que nous étions Français? Emportée par son enthousiasme patriotique, la foule ne risquait-elle pas de nous en faire grief? Craintes bien inutiles! À peine avons-nous confirmé que nous venions du pays de Molière que nos proches voisins affichaient de grands sourires en nous donnant de grandes claques dans le dos pour manifester leur joie de nous voir parmi eux à cette occasion. Sans aucune ironie, ni commisération. Simplement, comme si c’était normal que nous partagions ensemble ce moment.

C’est du passé

Autre moment d’émotion, autre lieu, mais encore Diên Biên Phu présent. C’est pour le deuxième enterrement du grand-père d’un ami. Je suis la civière funéraire, portée sur les épaules de quatre solides gaillards, pendant près d’une heure, à travers les chemins de terre parcourant les rizières. Étant le seul étranger, et Français de surcroît, j’attire très vite l’attention de quelques anciens, dignes vieillards qui, d’un air patelin, m’entreprennent sur la bataille de Diên Biên Phu qu’ils ont, bien sûr, vécu du côté vietnamien.

Chez eux, pas de vindicte, simplement la fierté d’avoir gagné une sacrée bataille. J’ai l’impression de faire partie de ces protagonistes qui se donnent une bonne raclée et dont le vainqueur invite ensuite le vaincu à boire un bon coup pour oublier tout ça. C’est donc entre des vétérans hilares et bienveillants que j’accompagne l’arrière-grand père de mon ami jusqu’à sa dernière demeure.

Une touriste étrangère au Musée de la victoire historique de Diên Biên Phu.
Photo: Hoàng Giang/CVN

Autre rencontre, autre lieu… C’était sur une petite île au nord de la baie de Ha Long (province de Quang Ninh, Nord). Encore préservée de l’afflux de touristes et de la circulation automobile, la route nous tendait son bitume pour partir à la découverte. Alors que nous nous extasions de la beauté d’immenses papillons noir et or, un buffle débonnaire est venu nous frôler de son museau pour faire valoir son droit de passage. Derrière le buffle, un homme qui s’arrête à nos côtés avec un grand sourire.

Dans un vietnamien postillonné entre ses dents ébréchées, il nous demande de quelle nationalité nous sommes. Nous ne pensions que le mot "Nguoi Pháp" (Français) éveille chez lui une telle joie. À force de grands gestes, il commence à mimer ce que nous devinons être des tirs de DCA (défense contre avions). Et entre deux salves éructées, il nous explique qu’il était à la bataille de Diên Biên Phu. Explication suivie de longues embrassades et fortes tapes sur l’épaule, pour nous montrer qu’il aime bien les Français et que tout ceci étant du passé, il est disposé à nous servir de cicérone pendant notre séjour sur l’île. 

Aujourd’hui encore, Diên Biên Phu est pour moi une belle inconnue que j’imagine là-bas, loin vers les frontières de l’Ouest. Elle a pour moi les parfums de l’émotion et du souvenir, comme une vieille amie qu’on ne connaît pas encore, mais dont on sait que la première rencontre aura un goût de retrouvailles.
Gérard Bonnafont/CVN

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