18/05/2021 09:18
La marée humaine aura duré une journée entière : au moins 5.000 migrants, dont un millier de mineurs, sont parvenus lundi 17 mai à atteindre par la mer ou par la terre l'enclave espagnole de Ceuta depuis le Maroc voisin, un "record", en pleines tensions entre Rabat et Madrid.
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Des migrants nagent vers l'enclave espagnole de Ceuta depuis le Maroc voisin, le 17 mai.
Photo : AFP/VNA/CVN

Dès les premières lueurs du jour jusque tard dans la nuit de lundi 17 à mardi 18 mai, les arrivées de migrants, venus des plages marocaines situées à quelques kilomètres au sud de Ceuta, se sont multipliées sur le territoire espagnol situé au nord-ouest du Maghreb, a indiqué un porte-parole de la préfecture de Ceuta.

À l'aube, ils n'étaient encore qu'une centaine, mais au fil des heures, le flot n'a cessé de gonfler.

Des jeunes hommes, mais aussi des enfants (un millier de mineurs, selon la préfecture) et des femmes comptaient parmi ces migrants, venus par la mer, à la nage, utilisant parfois des bouées gonflables ou des canots pneumatiques. D'autres encore sont arrivés en marchant, à la faveur de la marée basse.

Dans la nuit de lundi 17 à mardi 18 mai, le porte-parole de la préfecture a annoncé que 5.000 personnes avaient franchi la frontière et que ce chiffre, inédit, pourrait encore augmenter.

Parmi eux, un homme a trouvé la mort en se noyant, selon la préfecture.

Interrogée sur leur hébergement, la préfecture a précisé que toutes ces personnes devaient être accueillies dans des hangars sur la plage d'El Tarajal, mais que les autorités se réunissaient pour évaluer la situation, sans précédent.

Des vidéos postées sur les réseaux sociaux montraient de jeunes migrants, parfois en maillots de bain ou tout habillés, débarquant sur les plages de rochers, sous le regard des forces de l'ordre marocaines, qui ne réagissent pas dans un premier temps, avant de repousser la foule de curieux.

Le ministère espagnol de l'Intérieur a annoncé lundi 17 mai soir dans un communiqué le "renforcement immédiat des effectifs de la garde civile et de la police nationale dans la zone" avec 200 agents supplémentaires.

Rappelant que "les autorités espagnoles et marocaines ont conclu récemment un accord concernant le retour vers leur pays des citoyens marocains qui arrivent à la nage" à Ceuta, le document assure que "les contacts avec les autorités marocaines ont été maintenus" de façon "permanente".

"Crise diplomatique" 

La garde civile espagnole avec un migrant qui vient d'arriver à la nage dans l'enclage de Ceuta, depuis le Maroc voisin, le 17 mai.
Photo : AFP/VNA/CVN

Pour Mohamed Benaïssa, président de l'Observatoire du Nord pour les droits de l'Homme, basé à Fnideq, à quelques kilomètres de Ceuta, cette nouvelle vague de migrations concerne surtout "des mineurs, mais également des familles, tous marocains".

Elle "pourrait", selon lui, "être en lien avec la crise diplomatique entre le Maroc et l'Espagne".

Madrid n'a en effet pas intérêt à se brouiller avec Rabat, son allié clé dans la lutte contre l'immigration clandestine.

Entre le début de l'année et le 15 mai, 475 migrants sont arrivés à Ceuta, soit plus du double par rapport à la même période l'an passé, selon les chiffres du ministère de l'Intérieur publiés il y a quelques jours.

Conflit au Sahara occidental 

Les relations diplomatiques entre Rabat et Madrid se sont tendues depuis l'accueil, fin avril, en Espagne du chef des indépendantistes sahraouis du Front Polisario, Brahim Ghali pour y être soigné, le Maroc allant jusqu'à convoquer l'ambassadeur espagnol pour lui signifier son "exaspération".

Le conflit au Sahara occidental, ancienne colonie espagnole classée "territoire non autonome" par les Nations unies en l'absence d'un règlement définitif, oppose depuis plus de 45 ans le Maroc au Front Polisario.

Le Polisario réclame un référendum d'autodétermination alors que Rabat, qui considère le Sahara comme une "cause nationale", propose une autonomie sous sa souveraineté.

Ceuta et Melilla, l'autre enclave espagnole située sur la côte marocaine, constituent les seules frontières terrestres de l'Union européenne avec l'Afrique.


AFP/VNA/CVN
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