01/04/2017 10:33
En l’an 2000, je suis allé à Lào Cai, province frontalière où se trouve le fameux site touristique Sa Pa (Nord). Une mission culturelle m’a permis d’approfondir mes connaissances assez maigres sur cette marche du Nord, connaissances acquises au cours de trop brefs séjours.
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Le bourg de Sa Pa, dans la province de Lào Cai, est réputé pour ses paysages magnifiques et la richesse culturelle de ses ethnies minoritaires.
Photo : Nhât Anh/VNA/CVN

Le mot Lào Cai pourrait être une déformation phonétique des termes sino-vietnamiens Lào Nhai (Ancienne Rue). II pourrait aussi signifier : bourg Lào (ou Thaï, les Lao et les Thaï appartiennent au même groupe ethnolinguistique). La province compte aujourd’hui de nombreuses ethnies : Viêt, Tày, Nùng, H’Mông (Miao), Dao, Thaï, Hà Nhì... Elle avait été créée seulement depuis 1907 par l’administration française. Mais, sous le nom de Thuy Vu, elle avait été rattachée au royaume du Vietnam dès le XIIIe siècle, sous les Trân.

Trésor culturel de Lào Cai

Au point de vue culturel, Lào Cai est le trait d’union entre la région des Tày et Nùng du Viêt Bac (à l’est du fleuve Rouge) et celle des Thaï du Nord-Ouest (à l’ouest de ce cours d’eau). D’autre part, elle sert de pont entre la culture Viêt (née dans le bassin du fleuve Rouge) et les cultures chinoises régionales (Dien du Yunnan, Thuc du Sichuan, Xiyu, Asie centrale) et même la culture indienne.

Comme toute province frontière, Lào Cai, à travers l’histoire, a entretenu avec le pays voisin des relations tantôt amicales, tantôt conflictuelles. Les habitants des deux côtés de la frontière sino-vietnamienne sont souvent liés par des liens ethniques, de parenté ou de bon voisinage. À partir de la deuxième moitié du XIXe siècle, les conquêtes coloniales ont rapproché les deux peuples dans une lutte commune. Après la défaite de la révolte paysanne chinoise des Taïping, un lieutenant Taïping, Luu Vinh Phuc (Liu Yongfu), s’établit en 1868 à Lào Cai avec ses Pavillons Noirs. Il aida les troupes royales vietnamiennes à combattre l’envahisseur français en tuant près de Hanoï deux officiers français, Francis Garnier en 1873 et Henri Rivière en 1882. Après la reddition de la Cour de Huê, il rentra en Chine. Avant la Révolution de 1945 qui mit un terme à la colonisation française, le Yunnan servait de terrain opérationnel pour beaucoup de révolutionnaires vietnamiens dont Hô Chi Minh.

Au point de vue culturel, Lào Cai est le trait d’union entre la région des Tày et Nùng du Viêt Bac (à l’est du fleuve Rouge) et celle des Thaï du Nord-Ouest.
Photo : VNA/CVN

Par contre, en tant que marche, Lào Cai avait dû affronter plus d’une invasion féodale venant du Nord. C’est à elle aussi de planter des bornes culturelles affirmant l’identité nationale.

À ce sujet, deux temples de la ville, près de la rivière limitrophe Nâm Thi sont typiques. Le temple d’en haut (Dên Thuong), doté d’un splendide banian trois fois séculaire, est dédié à Saint-Trân, le général Trân Hung Dao vainqueur des Mongols au XIIIe siècle et considéré comme le Chevalier défenseur de la Patrie.

Le temple d’en bas (Dên Ha) vénère la princesse Liêu Hanh, l’un des quatre Immortels du Vietnam. Avatar de la Déesse-Mère de la Forêt et de la Montagne (Mâu Thuong Ngàn), elle relève du culte populaire essentiellement vietnamien des déesses mères. Le nom de la localité urbaine Côc Lêu en dit long sur le souci de la vietnamité : Côc Lêu signifie kapokier (faux-cotonier, cây gao). On raconte que sur l’ordre du roi Ming Mang, les Vietnamiens devaient planter des kapokiers partout où ils s’établissaient pour marquer le territoire vietnamien… À Bac Hà, la population continue à brûler des baguettes d’encens au temple de Vu Công Mât, administrateur exemplaire de la Cour vietnamienne des Lê.

Bon nombre de marchés de montagne

Le marché de Bac Hà possède et conserve toutes les caractéristiques des marchés de montagne du Nord du Vietnam.
Photo : CTV/CVN

Outre ses nombreux temples, Lào Cai attire encore les visiteurs par une quinzaine de marchés de montagne. Les gens y viennent pour faire des achats, mais aussi par un besoin de communication qui s explique par le fait que les hameaux, de petites dimensions, sont très distants les uns des autres. Le mariage hors du groupe ethnique étant interdit, les jeunes trouvent au marché une occasion de chercher une liaison amoureuse conduisant à l’union matrimoniale. Le jeune H’Mông chante au marché :

«Pour en chercher une
Dès l’aube, père et mère m’ont préparé le repas
Et me voilà flânant au marché
Je me fraie un chemin dans la foule,
En quête d’une fille sans mari».


Au marché, les hommes déjà mariés se retrouvent dans les gargotes pour s’offrir du pho aigre ou de la soupe de viscère de cheval (thang cô), boire et bavarder. Les femmes achètent du tissu thô câm et des bijoux d’argent. Les distractions ne manquent pas : concours d’arbalète, combat d’oiseaux, balançoire, course de chevaux.

Les marchés de montagne les plus pittoresques sont ceux des districts H’Mông de Sa Pa et de Bac Hà. Sa Pa est un site alpestre très connu par son Fan Si Pan (3.142 m), sommet culminant du Vietnam. Il y neige parfois en hiver, phénomène plutôt rare au Vietnam. Bac Hà doit sa réputation à son alcool de maïs, ses prunes et aux ruines du palais-forteresse de l’ancien seigneur local Hoàng A Tuong.

Le folklore de Lào Cai, d’une grande richesse et diversité, nous permet de mieux comprendre la vie, les joies et les peines d’une population montagnarde pluri-ethnique. Nous pouvons le découvrir dans ses costumes, ses chants, ses danses, ses instruments de musique, en particulier la fête inaugurale des travaux champêtres chez les Tày, le chant funèbre Kruôz cé des H’Mông, la joute de chants d’amour, les proverbes Tày-Nùng ou encore les contes Thaï.
 
Huu Ngoc/CVN
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