23/07/2016 09:16
Trân Ly Ly est l’une des premières chorégraphes contemporaines au Vietnam. Elle contribue, sans relâche, à faire connaître ce style moderne, et à faire tomber le rideau des préjugés, avec délicatesse et passion.
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Trân Ly Ly est l’une des artistes derrière l’émergence de la danse contemporaine au Vietnam. Photo : CTV/CVN
Un style unique et immédiatement reconnaissable au premier coup d’œil. La chorégraphe Trân Ly Ly a su imposer sa «patte» pleine de grâce dans le monde de la danse moderne. Des pièces pures, mêlées à de la musique et mises en valeurs par un jeu de lumière, permettant à leurs interprètes d’explorer les limites de cet art. L’expression des danseurs est tout aussi importante, peaufinée avec soin pour renforcer l’intensité du spectacle.

Pour la chorégraphe, au delà de l’esthétisme, la danse est un style de vie plein de poésie.  «Elle m’a fait cadeau de tout. La passion, la célébrité, l’intérêt et l’amour du public, mais aussi l’argent, sans jamais rien attendre en retour. Je l’aime depuis toute petite, confie-t-elle. Pour moi, la danse ressemble au souffle. C’est à la fois naturel, doux et terriblement instinctif».

Une vie habitée par l’art

Née en 1978, Ly Ly baigne depuis toute petite dans ce monde. Son père, l’Enseignant du Peuple Trân Quôc Cuong, est professeur de ballet, puis directeur de l’École de danse du Vietnam. Plusieurs de ses élèves sont devenus des acteurs fondamentaux de la scène vietnamienne, dont les Artistes du Peuple Pham Anh Phuong, directeur de l’Opéra-ballet national du Vietnam (VNOB), Hà Thê Dung, directeur de l’École de danse de Hô Chi Minh-Ville, et Dang Hùng Vuong Linh, président du Théâtre Bông Sen. Sa mère est aussi danseuse de ballet, et a su briller aux côtés de l’Artiste du Peuple Kiêu Ngân et l’Artiste émérite Lê Vân.

Trân Ly Ly passe ainsi son enfance dans une calme douceur, bercée aux sons de Tchaïkovski, Beethoven, Fauré et Bizet. À dix ans, elle est inscrite à l’École de danse du Vietnam. Après plus de huit ans d’intenses entraînements, elle sort de l’institution avec la mention très bien. Son dévouement total à son art et sa pugnacité vont finir par payer, et lui faire connaître une première expérience à l’international.

Pour Trân Ly Ly, la danse ressemble au souffle. C’est à la fois naturel, doux et terriblement instinctif. Photo : CTV/CVN

«J’ai eu la chance qu’à ce moment-là, l’Australie offrait pour la première fois des bourses à de jeunes danseurs vietnamiens. Je pensais qu’il était très difficile d’en obtenir une, mais ce n’était  pas si impossible, explique-t-elle. J’ai pu finalement en dérocher une, et je me suis envolée pour ce pays à l’âge de 19 ans».

De retour au Vietnam, la jeune fille prend part au Festival de danse de Huê en 2000. Elle y rencontre la chorégraphe française Régine Chopinot, qui l’initie à la danse contemporaine. Impressionnée par la personnalité et le talent de Trân Ly Ly, Régine Chopinot s’est démenée pour faire venir la Vietnamienne en France pour y réaliser un stage et intégrer par la suite sa troupe de danse contemporaine. C’est la révélation pour la jeune femme.

«Je me suis dès lors consacrée à la danse contemporaine, bien que mon parcours passé m’ait formée pour devenir une danseuse de ballet classique, avoue-t-elle. Je trouve que c’est une forme artistique très intéressante, variée et inventive. Elle colle parfaitement à ma personnalité. Je préfère rechercher, explorer, transformer et briser les règles préétablies».

Depuis l’étranger, Trân Ly Ly est chagrinée de voir que la danse contemporaine est mal connue dans son pays natal, le nombre de danseurs qui se sont spécialisés dans le domaine se compte sur les doigts de la main. Elle se décide de retourner au Vietnam, avec une seule question en tête : «Qui d’autre que moi pourrait commencer ce travail des plus difficiles ?»

Dans l’optique de former une génération de danseurs contemporains, elle s’est mise à enseigner à l’École de danse du Vietnam, et elle y signe ses premières chorégraphies. Exigeante, elle désire que chacune des œuvres créées par ses soins contienne un message profond sur la vie. Un impératif créatif qui deviendra par la suite sa signature.

Tout ne se passe pas comme prévu

L’œuvre 7X explore les effets d’un changement rapide de la société sur l’individu. Photo : BTC/CVN

Mais les premiers temps sont compliqués. Ly Ly est déçue de voir ses premières créations rester dans l’ombre et l’anonymat. Au pire, la presse et le public boudent ses spectacles, au mieux ils se montrent indifférents, sans doute parce que ce genre artistique demeure encore trop nouveau. Sans les connaissances et le recul nécessaires, difficile de pouvoir apprécier et en parler autour de soi.

Parfois, Ly Ly avoue qu’elle a eu l’impression de tomber dans un gouffre, sans aucune possibilité d’échappatoire. La dépression guette, mais elle ne s’est jamais montrée résignée. «Je dois continuer, car j’ai choisi de retourner au Vietnam, et j’ai aussi choisi de prendre ce chemin», se dit-elle. Sans abandonner sa touche sensible, elle reprend le chemin des studios de danse et monte des chorégraphies qui peu à peu gagnent le cœur du public vietnamien. Mais pas que. Môt ngày (Un jour), Cuôc sông trong chiêc hôp (La vie dans une boîte) et 7X, trois créations qui vont forger sa réputation à l’international et la faire reconnaître comme une des plus remarquables chorégraphes de danse contemporaine au Vietnam.

Depuis, Trân Ly Ly a quitté Hanoi, direction le Sud. Elle est devenue directrice adjointe de l’École de danse de Hô Chi Minh-Ville, où elle consacre ses efforts à la formation. Certains de ses élèves sont devenus à leur tour des piliers dans la danse contemporaine, prolongeant ainsi son héritage.

Début 2016, elle a reçu le titre d’Artiste Émérite pour honorer sa contribution dans un genre artistique encore très jeune au Vietnam. Un magnifique manège, qui espérons-le, ne cessera jamais de tourner.
 
Phuong Nga/CVN
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