08/11/2020 10:00
Une classe de cœur pour les enfants déshérités. Ce souhait noble de Tuân Anh, un jeune habitant de la mégapole du Sud, a pu être concrétisé avec succès.
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Un cours d’anglais de la classe "zéro dông".
Photo : TT/CVN
  
Depuis quatre ans, à la tombée de la nuit, le hangar niché modestement sous le viaduc du pont Rach Ông, dans le 7e arrondissement de Hô Chi Minh-Ville, s’allume avant que retentissent les voix d’enfants qui épellent ou récitent tel ou tel poème. Dans ce modique hangar de 20 m2, une trentaine d’enfants de tous âges sont assis devant de vieux pupitres. Leurs yeux sont fixés sur le tableau noir où leur professeur écrit à la craie les lignes qu’ils vont recopier attentivement dans leurs cahiers.

Nous sommes dans une classe de cœur, appelée populairement la classe "zéro dông", organisée depuis 2016 par Danh Tuân Anh, un jeune homme de 25 ans du 7e arrondissement de Hô Chi Minh-Ville, au profit d’enfants analphabètes de familles pauvres de son quartier. "Mes élèves sont âgés de 6 à 14 ans et peuvent parfois être très turbulents. Mais, une fois en classe, ils sont sages et appliqués", confie le jeune maître avec un doux sourire sur les lèvres.

Vouloir, c’est pouvoir

Pour lui, l’ouverture et le maintien de cette classe "zéro dông" ne sont pas des tâches aisées mais plutôt un processus sur la longueur qui exige de la persévérance et surtout une affection infinie pour les enfants déshérités.

Il y a quatre ans, alors qu’il visite ce quartier situé au bord de la rivière de Saigon pour la première fois, Tuân Anh est témoin avec tristesse de l’écart de niveaux de vie entre les deux agglomérations situées respectivement sur une rive et l’autre du fleuve. Si d’un côté se dressent fièrement de grands bâtiments de luxe éclairés à giorno, l’autre abrite un bidonville formé d’habitations des plus précaires. Ce quartier est peuplé de travailleurs qui vivent pour la plupart dans la misère. Au lieu d’aller à l’école, les enfants sont obligés de faire des petits boulots pour aider la famille à subvenir à ses besoins. "J’ai eu alors l’ambition ardente de faire quelque chose pour aider ces enfants démunis. J’ai décidé de leur enseigner à lire et à écrire avant tout, car seules les études permettent de réussir dans la vie, de sortir de la pauvreté et de devenir un élément utile pour la société”, explique-t-il. 

L’idée de l’ouverture de la classe de cœur de Tuân Anh a été soutenue par l’administration locale. Celle-ci a mis à disposition un vieux hangar sous le viaduc pour le transformer en salle de classe et a pris en charge les frais d’aménagement et d’électricité. L’enseignant, lui, est allé solliciter l’aide d’une école primaire du quartier qui a fait don à la classe de quelques vieux pupitres et d’un tableau noir. Il a également lancé une collecte de fonds auprès de ses amis et de toute personne généreuse, et dont la somme réunie a permis l’achat de fournitures scolaires pour les élèves.

Par la suite, l’étape de "recrutement des élèves" a également été délicate, notamment pour gagner la confiance des parents qui ne voulaient pas laisser leurs enfants "aux mains" d’un jeune inconnu. De plus, les études sont souvent jugées inutiles par les familles en difficulté dont chaque membre est un bras actif qui doit contribuer aux revenus du foyer… Sans compter les doutes des parents quant aux motifs méconnus du maître qui pourrait vouloir du mal à leur enfant.

Trân Tuân Anh enseigne l’écriture à son élève.
Photo : TT/CVN    

"Plus d’une fois, j’ai dû aller de famille en famille pour expliquer aux parents l’intérêt pour leurs enfants d’étudier et de participer à la classe +zéro dông+, raconte Tuân Anh. Après quelques temps, les familles, les unes après les autres, ont accepté ma proposition, mais à la condition suivante : dans les premiers temps, nous devions assurer la nourriture des enfants scolarisés". Grâce au soutien de ses deux amis, Tuân Anh a pu ouvrir la classe de cœur quelques mois plus tard et réunir dans un premier temps une dizaine, puis une vingtaine d’élèves.

Prendre en charge des enfants analphabètes d’âges variés s’est avéré très compliqué, surtout que chacun d’entre eux a un caractère bien à part : celui-ci est turbulent, celui-là obstiné et d’autres encore sont timides… Le maître a donc dû relever le défi de "manipuler au mieux la classe" qui, au fil du temps, a trouvé son harmonie. Au début, seuls le vietnamien et les mathématiques étaient au programme, avant d’être complété plus tard par l’anglais, le coréen et d’autres matières secondaires. Les leçons sont préparées soigneusement selon le programme de l’Éducation nationale d’études primaires, avec l’aide d’étudiants bénévoles. De plus, les élèves ont aussi l’opportunité de participer à des activités extrascolaires comme des classes de savoir-faire, de savoir-vivre ou d’arts martiaux.

Une récompense qui n’a pas de prix

En voyant les progrès de leurs enfants en études et se montrer plus sages qu’auparavant, les parents ont développé une confiance de plus en plus grande envers le jeune maître. Ils encouragent maintenant les enfants à se rendre en classe et font même don de matériel scolaire quand ils le peuvent. L’effectif de la classe de cœur a considéra-blement augmenté, atteignant une trentaine d’élèves à présent. Ce succès est un véritable encouragement pour les trois instituteurs de la classe "zéro dông".

"La journée, je travaille pour une compagnie en ville, dans un bureau. Le soir, après le dîner, je m’empresse d’aller à la classe, sachant que les enfants m’attendent avec impatience", confie Tuân Anh. Selon lui, vivre auprès des enfants lui a permis d’améliorer son tempérament. "J’étais assez irascible autrefois mais je me trouve plus patient et compatissant à présent"

Lê Thi Tuong Vy, 13 ans, ne cache pas son émotion en parlant de ses  professeurs : "Je suis ravie de pouvoir étudier ici. Les maîtres sont gentils et nous apprennent beaucoup de choses : les matières du programme, des connaissances générales, mais aussi l’entraide et l’amitié entre camarades".

À l’occasion de la dernière Journée nationale des enseignants, Tuân Anh a reçu un cadeau spécial : son portrait en dessin accompagné d’un bouquet de fleurs et d’une inscription pleine d’affection. C’est l’œuvre d’un élève de la classe "zéro dông". "C’est pour moi une récompense qui n’a pas de prix", s’émeut le jeune maître.                    
Nghia Dàn/CVN
   
          
 
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