21/08/2011 04:06
Le van tê est un genre littéraire traditionnel très apprécié dans l'ancien Vietnam. C'est une oraison solennelle et publique faite au cours d'une cérémonie sacrificielle à l'adresse d'une divinité, d'un être surnaturel ou des morts. L'oraison funèbre faisant l'éloge d'un défunt et le pleurant relève de ce genre qui n'obéit pas à des règles rigoureuses.
On peut employer le han (chinois classique) ou le nôm (vietnamien transcrit en idéogrammes), la prose ou la poésie. En général, la forme préférée des lettrés est le phu (prose rythmée). Quand il s'agit du nôm, on peut adopter le quatrain avec deux vers de sept pieds et deux vers de six + huit pieds.

Citons quelques van tê célèbres. L'Invocation au crocodile fut écrite au XIIIe siècle par Nguyên Thuyên (Hàn Thuyên), auquel on attribue une contribution importante à la création du nôm. On rapporte qu'en 1282, un terrible crocodile faisait la terreur de toute une région de la rivière Claire, affluent du fleuve Rouge. Par ordre royal, le Docteur ès humanités Nguyên Thuyên a rédigé l'Invocation qui, jetée dans le courant, aurait motivé le départ de la bête sacrée.

L'Invocation aux âmes errantes de Nguyên Du (XVIIIe siècle) est un van tê d'une grande beauté lyrique et d'une grande profondeur humaine.

Le Van tê tuong si trân vong (Invocation aux chefs et soldats morts sur le champ de bataille) est une œuvre pathétique qui demeure dans l'histoire.

L'auteur, Nguyên Van Thành (? -1817), est un bon stratège qui rend de grands services au seigneur Nguyên Anh - devenu roi des Nguyên sous le nom de Gia Long - dans la lutte contre les Tây Son. Il est nommé gouverneur général du Bac Thành (partie Nord du pays) en 1802.

Le prestige de Nguyên Van Thành porte ombrage à Gia Long qui saisit comme prétexte un poème irrévérencieux de son mandarin pour le jeter en prison. Il se suicide en s'empoisonnant (1817).

Nguyên Van Thành a prononcé son Invocation aux chefs et soldats en 1802, au cours d'une cérémonie organisée dans le Nord du pays, au lendemain de la réunification nationale après deux siècles de sécession.

Ci-dessous est la traduction de ce texte (Anthologie de la littérature vietnamienne - sous la direction de Nguyên Khac Viên et Huu Ngoc - Éditions en langues étrangères de Hanoi).

Hélas !

Partis de l'embarcadère oriental au Sud pour aboutir au Nord, combien de périls avons-nous endurés pour arriver à ce jour de gloire !

Maintenant, face au fleuve Rouge (1), où se déversent les eaux de la rivière Claire (2), notre pensée se tourne vers ceux qui ont accepté le sacrifice suprême.

La vie en vérité n'est qu'un passage. Mourir, c'est retourner aux sources.
La destinée peut être brève, l'honneur perdu.

Quelle douleur !
Nous servions sous le même drapeau,
Nous portions les mêmes armures,
Rassemblés autour du roi comme les trois mille cadets de Bai (3), nous brandissions nos ares et nos flèches, combattant en héros (4).

Comme aux deux cents compagnons réunis au mont Ky (5), notre chef nous a prodigué riz et vêtements, dans sa grande sollicitude.

Prêts à nous sacrifier pour la patrie, nous avions le cœur pur comme du cinabre, inflexible comme l'acier,
Fidèles à notre chef, nous avions bravé bien des fois la neige et la brume.
Nous avions les uns suivi le cheval du roi jusqu'en terre étrangère (6) pour aiguiser nos crocs et nos griffes, puis pointant le doigt vers le mont de l'Ouest, avions juré de ne pas vivre sous le même ciel que l'adversaire :

Nous avions les autres reçu l'ordre royal, avions combattu jusqu'à la mort sur les champs de bataille et battant de nos ailes et de nos nageoires, nous nous dirigions vers le Nord, résolus à reconquérir les terres de jadis.

Couchant sur les ronces et goûtant au fiel (7), nous partagions avec nos chefs angoisses et soucis.

Dégager les torrents, bâtir des ponts, combien de souffrances et privations avions-nous endurées ?

Après le Xiêm La, le Cao Miên, nous étions rentrés au Gia Dinh, peu à peu avions progressé vers Khanh Hoà, Binh Thuân.

Maintes fois le vent des montagnes et l'eau des mers ont lavé notre figure et le ciel azuré a été témoin de notre loyauté.

Puis de Vijaya (8), du Quang Nam, du Quang Ngai, nous avions conquis Phu Xuân et avancé d'une traite vers Thang Long (9).

Que de fois avions-nous bravé les pluies d'obus, escaladé les murailles hautes comme les nuages, et foncé vers les lieux les plus ardus au mépris de notre vie.
Un lieu prédestiné semble bien unir les soldats à leur chef. (à suivre)

Huu Ngoc/CVN


1. Luong Giang.
2. Lo Ha.
3. Allusion à l'empereur Cao To des Han qui rassembla 3.000 hommes à Bai pour constituer ses premières troupes.
4. Littéralement : réalisant notre volonté virile.
5. Dans la province de Thiêm Tây (Chen-shi-China), berceau de la dynastie des Chu fondée par Chu Van Vuong.
6. Gia Long s'était enfui au Siam.
7. Avoir constamment des soucis et des angoisses.
8. Do Ban.
9. Hanoi.


21/8/2011
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