15/12/2018 09:00
En dépit de milliers d’années d’histoire, la médecine traditionnelle du pays est loin d’être à la hauteur de son potentiel. Pour la développer, des politiques d’investissement et de gestion s’avèrent nécessaires.

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Un jardin de plantes médicinales à Nam Dinh (Nord). 
Photo: Công Luât/VNA/CVN

Des chiffres du Département de gestion de la médecine et de la pharmacie traditionnelles (ministère de la Santé) montrent qu’en 2017, le pays comptait 63 hôpitaux de médecine traditionnelle, que 92% des hôpitaux étaient dotés d’une faculté de médecine traditionnelle, et que 85% des postes sanitaires proposaient des consultations et traitements basés sur cette science ancestrale. S’y ajoutent 18.900 cabinets de diagnostic et centres de traitement privés.

Des investissements modestes 

Cependant, face à la prééminence de la médecine moderne, la médecine traditionnelle devient de plus en plus anecdotique dans le paysage médical du pays.

Selon la définition officielle de l’Organisation mondiale de la santé, la médecine traditionnelle "se rapporte aux pratiques, méthodes, savoirs et croyances en matière de santé qui impliquent l’usage à des fins médicales de plantes, de parties d’animaux et de minéraux, de thérapies spirituelles, de techniques et d’exercices manuels - séparément ou en association - pour soigner, diagnostiquer et prévenir les maladies ou préserver la santé”.

C’est un fait, la plupart des établissements de médecine traditionnelle attirent peu de patients. Malgré sa longue histoire et un réseau de praticiens assez dense réparti sur l’ensemble du territoire, la médecine traditionnelle  souffre d’un certain désintérêt. En premier lieu de l’État, qui lui accorde, il faut bien le reconnaître, peu de crédits. Ainsi, la plupart des établissements médicaux de ce genre ne bénéficient pas d’investissements publics. Cela se traduit par des équipements démodés et des durées de traitement très longues, qui découragent les malades.

Selon des données du Département de gestion de la médecine et de la pharmacie traditionnelles, en 2017, le nombre de consultations en médecine traditionnelle, seule ou avec la médecine occidentale, représentait 4,1% des consultations médicales dans l’en-semble des établissements sondés au niveau central, 11,7% au niveau provincial, 13,4% au niveau du district et 28,5% au niveau de la commune.

"La médecine traditionnelle vietnamienne souffre d’une certaine désaffection de la part des patients, qui se tournent surtout vers la médecine moderne, et ce même pour des problèmes mineurs, reconnaît la ministre de la Santé, Nguyên Thi Kim Tiên. Beaucoup de Vietnamiens sont peu informés sur les possibilités de la médecine traditionnelle, dont les activités de communication mériteraient d’être renforcées. Le manque de ressources médicinales de qualité est un autre problème".

Chaque année, le Vietnam consomme entre 60.000 et 70.000 tonnes de matières premières médicinales.
Photo: CTV/CVN

Alors que le Vietnam dispose de 5.000 espèces de plantes aux vertus médicinales, le nombre de régions spécialisées dans leur culture se compte sur les doigts d’une main. Parmi les plantes médicinales de haute valeur économique cultivées ici et là, citons diêp ha châu (Phyllanthus urinaria), dinh lang (Polyscias fruticosa), ich mâu (Leonurus japonicus), kim tiên thao (Desmodium styracifolium), sâm ngoc linh (ginseng de Ngoc Linh), trinh nu hoàng cung (Crinum latifolium)...

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Fin 2017, le Vietnam comptait
63 hôpitaux de médecine traditionnelle,
92% des hôpitaux étaient dotés
d'une faculté de médecine traditionnelle

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Manque de praticiens

Chaque année, le pays consomme entre 60.000 et 70.000 tonnes de matières premières médicinales, dont près de 90% sont importées. Une grande partie du volume entre sur le territoire sans déclaration douanière, ce qui pose des problèmes en matière de  gestion de la qualité. Par ailleurs, les commerçants chinois achètent de nombreuses matières premières au Vietnam à des prix bas. Une fois transformées en Chine, ils les revendent à des prix très élevés.

Truong Thi Ngoc Lan, directrice adjointe de l’Institut de médecine et de pharmacie traditionnelle de Hô Chi Minh-Ville, donne comme exemple le longane de la province de Bên Tre (Sud), qui est vendu aux commerçants chinois 50.000 dôngs/kg puis revendu  au Vietnam, après transformation, 200.000 dôngs/kg. "C’est vraiment une grande tristesse pour les praticiens traditionnels qui ne peuvent pas profiter de la matière première locale. De plus, la qualité des produits médicinaux importés de Chine demeure problématique et certains sont mêmes risqués pour la santé", partage Mme Lan.

"Le manque de praticiens qualifiés, médecins, infirmiers et pharmaciens est une question épineuse non seulement pour l’Institut de médecine et de pharmacie traditionnelle mais aussi pour tous les établissements de médecine traditionnelle”, estime-t-elle. D’après elle, faute de politiques incitatives, le secteur ne peut pas attirer de personnel. "De plus, les faiblesses dans le programme de formation et l’absence de stratégie dans le développement de la médecine traditionnelle  sont aussi une cause du manque de personnel", affirme Mme Lan.

En 2013, le nombre de médecins traditionnels représentait 7,94% du total des médecins au Vietnam. En 2017, ce taux n’était plus que de 7,32%. Bien que le personnel fasse défaut, les formalités concernant la délivrance du permis de travail aux médecins traditionnels demeurent compliquées.

Le Dr Lê Hùng, président de l’Association de la médecine traditionnelle de Hô Chi Minh-Ville, informe qu’actuellement, la ville compte 600 médecins traditionnels qui ont été formés mais qui n’ont pas encore de permis de travail. Nombre d’entre eux sont contraints de fermer leurs bureaux et de se lancer dans une nouvelle carrière.

"Cela représente un énorme gaspillage. On ne peut pas profiter de tout le contingent de médecins traditionnels qualifiés disponible pour développer la médecine traditionnelle", regrette Lê Hùng.

Huong Linh - Dinh Hang/CVN
 
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