02/04/2020 12:17
Signe de l'arrêt de l'économie française, un salarié du privé sur cinq est désormais en chômage partiel, arme sur laquelle mise le gouvernement pour éviter des licenciements massifs au prix d'un coût énorme pour l'État.
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La ministre du Travail, Muriel Pénicaud, lors d'une réunion hebdomadaire, à l'Élysée, le 1er avril. Photo : AFP/VNA/CVN

Mardi soir 31 mars, le recours à l'activité partielle, nom officiel du dispositif, avait été demandé par 337.000 entreprises pour 3,6 millions de salariés, selon les derniers chiffres dévoilés mercredi 1er avril par la ministre du Travail, Muriel Pénicaud.

Le dispositif "est en pleine montée en puissance", a souligné la ministre rappelant qu'il avait pour but "de préserver les emplois et les compétences" pour "repartir le plus vite possible après la crise". Cette politique de l'exécutif est inspirée par les leçons de la crise de 2008-2009.

Le chômage partiel avait alors concerné au maximum 300.000 personnes, cinq fois moins qu'en Allemagne selon le ministère du Travail. En conséquence, la récession avait été sur le coup plus forte outre-Rhin mais l'économie était ensuite repartie plus vite avec un chômage beaucoup plus faible.

Pour copier "ce scénario à l'allemande", l'exécutif a adopté ce qu'il considère comme le "régime le plus protecteur d'Europe". Si le salarié est toujours indemnisé à hauteur de 70% du salaire brut et 84% du salaire net, cette indemnité est désormais prise en charge intégralement par l'État jusqu'à une rémunération brute de 4,5 SMIC contre un remboursement forfaitaire inférieur au SMIC auparavant. Cela concerne 95% des salaires versés en France. Au-delà, le différentiel est à la charge de l'employeur.

Sous une forme ou une autre, le chômage partiel a été étendu au maximum de salariés possibles (cadres au forfait jour, saisonniers de la montagne, emplois à domicile, etc...). L'entreprise pourra y recourir pendant un maximum d'un an au lieu de six mois.

Revers de la médaille, le coût budgétaire va être colossal. Selon le ministère du Travail, cela représente, sur une durée de trois mois, une dépense potentielle de 11 milliards d'euros, bien au-delà des 8,5 milliards budgétés par le projet de loi de finances rectificative.

Défendant le "quoi qu'il en coûte" d'Emmanuel Macron, Muriel Pénicaud a souligné que, sans cela, "le coût serait encore plus important" du fait d'un "chômage massif".

"Aux États-Unis, où n'existe pas de chômage partiel, il y a eu en une semaine seulement trois millions de licenciements", a-t-elle souligné.

De fait, les deux-tiers des pays de l'OCDE, y compris le Royaume-Uni libéral de Boris Johnson, ont mis en place ou étendu le chômage partiel.

Effets d'aubaine et abus

S'il a été globalement salué, le dispositif a aussi subi quelques critiques. Depuis deux semaines, de nombreuses PME se sont plaintes de ne pas réussir à déposer informatiquement leur demande auprès de leur direction régionale du travail.

La faute à un système sous-dimensionné face "à des milliers de demande à la minute", selon le ministère selon qui ces problèmes sont en passe d'être résolus, comme en témoigne la croissance des chiffres.

En outre, sans réponse dans les 48 heures, la demande sera considérée comme acceptée et l'argent devrait arriver dix jours après. Et la demande sera acceptée avec un effet rétroactif de 30 jours.

Autre critique, cette fois-ci des syndicats, les effets d'aubaine de la part de groupes qui auraient les moyens de payer les salaires sans aide de l'État ou pourraient au minimum compléter l'indemnité de leurs employés pour que ceux-ci ne perdent aucun revenu.

L'enjeu de pouvoir d'achat n'est pas mince puisque l'OFCE a estimé qu'au total, le revenu des salariés au chômage partiel pourrait être amputé d'un milliard d'euros par mois si les entreprises ne comblent pas les 16% de différence entre l'indemnité de l'État et leur ancien salaire.

La CGT du Printemps a ainsi jugé que l'actionnaire qatari unique du grand magasin parisien, "aux moyens financiers pléthoriques", devrait "prendre en charge l'ensemble des salaires".

À l'inverse, Total, Chanel, Danone ont annoncé qu'ils n'allaient pas demander les aides de l'État.

Enfin, des abus d'employeurs demandant à leurs salariés de faire du télétravail pendant leur chômage partiel ont été aussi rapportés. Le ministère du Travail a rappelé qu'il s'agissait de "travail illégal", passible de deux ans de prison et 30.000 euros d'amende.

AFP/VNA/CVN

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