16/12/2012 11:46
Pas de pancarte. Et le bâtiment de paie pas de mine. Pourtant, l’adresse est incontournable pour de nombreux clients. La boutique de réparation de chaussures de Nguyên Huu Van se situe dans le 1er arrondissement de Hô Chi Minh-Ville.

 

Le cordonnier Nguyên Huu Van.
Photo :Dang Huong/CVN

Il est tout à fait aisé de repérer ce magasin dans la capitale économique du Vietnam : la rue est inondée de boutiques semblables mais celle-ci est toujours bondée. Cette échoppe de réparation et de fabrication de chaussures ressemble plutôt à un atelier fourmillant d’allers et venues. Couper, forer, clouer, cirer, toute la journée, le propriétaire et ses assistants s’appliquent sans relâche, pour redonner vie à tous types de chaussures.

Ce métier est transmis par son père

Nguyên Huu Van, le propriétaire de cet atelier, ne fait pas ses 36 ans. Il est pourtant confiant et expérimenté. C’est son père qui lui a transmis son savoir-faire. Il était lui aussi fabriquant de chaussures et travaillait dans la boutique Trân Van My, spécialisée dans le commerce des chaussures et des sandales, célèbre au début du XXe siècle dans la rue Lê Thanh Tôn. Après la libération de Saigon (ancien nom de Hô Chi Minh-Ville) en 1975, la fermeture du magasin et faute d’argent, son père a dû s’installer sur un coin du trottoir en face de l’ancienne boutique pour gagner sa vie et nourrir sa famille.

À l’époque, la vie était difficile, Van avait seulement 14 ans et vivait sur le trottoir avec son père. «J’ai passé mon enfance dans les odeurs très fortes de cuir et de colles, et dans les sons assourdissants de l’appareil à cirer les chaussures qui me tapait dans les oreilles», se souvient Van. Vers 1991, après la mort de son père, Van a repris le flambeau. En 20 ans, Van est devenu le cordonnier le plus prestigieux et une des figures de la rue Lê Thanh Tôn.

Une clientèle de divers milieux sociaux

«Mes clients sont nombreux et appartiennent à toutes les couches de la société», commente Van. Ce sont parfois des chanteurs ou des mannequins. Mais les plus nombreux sont ceux qui travaillent dans les bureaux, les conducteurs de taxi, en bref, tous ceux qui doivent toujours être en tenue correcte avec chaussures bien cirées.

Le cordonnier répare même des chaussures de sport de grande marque difficiles à recoudre. «La plupart de mes clients ne réparent pas leur chaussures par manque d’argent mais parce qu’ils désirent garder longtemps les chaussures qu’ils considèrent comme un souvenir. C’est le cas de l’actrice Diêm My, de la mannequin Bang Lang, des chanteurs Elvis Phuong, Trang Dài qui font partie de mes clients réguliers, raconte Van. Au début, lorsque j’avais en main ces objets valant parfois des dizaines de millions de dôngs, j’avais peur de les dégrader au lieu de les remettre en bon état. Au fur et à mesure, avec du travail, un peu de talent et ce que m’a transmis mon père, j’ai surmonté toutes mes inquiétudes pour devenir le professionnel que je suis aujourd’hui ».

Nguyên Huu Van emploie plusieurs jeunes en difficulté. Photo : Dang Huong/CVN


Hormis les clients habituels, le «magasin» de Nguyên Huu Van accueille aussi les clients de passage, souvent surpris de voir de nombreux clients en tenue hors de prix, soit en scooter, soit dans des voitures de grandes marques, confiant leurs chaussures aux mains habiles de Nguyên Huu Van. La boutique accueille également des étrangers qui, via un «bonjour» ou un «hello», saluent le propriétaire au visage barbouillé et aux mains souillées de colle. Tous sont des clients réguliers. Parfois, on voit aussi des conducteurs de bus des provinces environnantes de Hô Chi Minh Ville.

M. Hô Duy est fidèle à l’échoppe depuis plus de 20 ans : «Ce lieu n’est pas du tout confortable. Par contre, ici, les artisans ont des mains en or, ils arrivent à rendre les chaussures jolies, les rendre résistantes et à prix raisonnable. En plus, je ne sais pas si c’est parce que les commerçants sont honnêtes, mais les clients, qu’ils soient riches ou non, préfèrent apporter leurs souliers ici».

Une responsabilité sociale


Peu de gens savent que Nguyên Huu Van a donné des emplois à plusieurs jeunes en difficulté. Pour l’heure, l’atelier compte au total 7 réparateurs dont le plus âgé a 31 ans et les plus jeunes ont 14 ans, ce sont des frères jumeaux, Trân Hông Thuân et Trân Hông Hoà. Leur mère s’est remariée et leur père est mort. Ému par leur situation, Van est devenu une sorte de deuxième père. Il leur a donné le gîte et le couvert et leur a enseigné son métier. «À chaque fin de mois, nous recevons un salaire de près de 4 millions de dôngs pour aider notre mère», racontent-ils en souriant. Trân Manh Long, 20 ans, a été abandonné pas sa mère très tôt et son père est atteint d’une maladie mentale.

Après six ans de travail assidu sous la tutelle de Van, Long est devenu un artisan chevronné. «J’ai de la chance d’avoir rencontré le frère Van, je suis très heureux», note Long, ému. Enfin, les deux frères Trân Phong Phu, 17 ans et Trân Phu Quy, 16 ans viennent de la province de Lâm Dông, sur les hauts plateaux du Centre. Leur rêve est d’ouvrir un magasin dans leur pays natal pour être plus proche de leurs parents.


Diêu An/CVN




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