10/06/2019 11:58
L’ambassade de France au Vietnam et l’Institut de recherche pour le développement ont lancé en 2019 un projet commun, COMPOSE, financé par le ministère français des Affaires étrangères. Ce projet consiste à construire un observatoire des matières plastiques et de leur impact sur la société et l’environnement au Vietnam.
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Emilie Strady (2e à gauche) lors d'une rencontre avec les experts sur les questions de l'environnement organisée à l'ambassade de France à HanoïPhoto: VOV5/CVN

Dans un entretien avec la Voix du Vietnam, Emilie Strady, chercheuse à l’l’Institut de recherche pour le développement (IRD), basée à l’École polytechnique de Hô Chi Minh-Ville, parle tout d’abord du problème des déchets plastiques au Vietnam.

En 2015, le Vietnam a été classé au quatrième rang mondial des pays rejetant la plus grande quantité de plastiques dans les océans.... Le souci, c’est qu’en fait au Vietnam, il n’y a aucune donnée, à l’heure actuelle, sur la contamination. On a très peu de données sur la quantité de plastique présente dans différents environnements.

Avec notre équipe de recherche à Hô Chi Minh-Ville, on a monté des projets sur la rivière Saigon. On a pu évaluer les premières données, les premières estimations de fuite de plastique de la rivière vers son aval et vers la mer. Le but de notre projet "COMPOSE" est de faire de même dans différents environnements au Vietnam avec différentes universités partenaires pour avoir enfin des données fiables et accessibles.

- Pourriez-vous nous parler un peu plus des études de cas conduites par l’IRD au Vietnam?

L’IRD a deux équipes de recherches qui travaillent sur les déchets, une première qui est conduite par ma collègue Nguyên Thai Huyên qui s’intéresse au recyclage des déchets, et notamment aux plastiques dans la métropole de Hanoï, et une autre, dont je fais partie, qui s’intéresse aux microplastiques et aux macroplastiques dans les milieux aquatiques, et plus spécifiquement dans la rivière Saigon.

Dans la rivière Saigon, nous avons étudié les microplastiques: ce sont les plastiques qui sont inférieurs à 5 millimètres de diamètre. Nous avons étudié aussi les macroplastiques, ceux qui peuvent être visibles à l’oeil nu. Ce que nous avons fait, c’est que nous avons prélevé ces plastiques dans la rivière, nous les avons compté, identifié, énuméré, mesuré et pesé pour pouvoir estimer des concentrations de poids par litre et également pouvoir les catégoriser en terme de source. On a pu identifier d’où venaient ces microplastiques: de l’industrie textile, et plus précisément des vêtements en polyester. À chaque lavage, des fibres vont être émises dans l’eau usée. Il y a également toutes les industries plasturgiques qui émettent des petits résidus de plastique lors des découpages, lors de la confection du plastique.

On a également travaillé sur les macroplastiques. Là on a pu voir en fait que la majorité des plastiques que l’on retrouve qui flottent dans la rivière sont des plastiques à usage unique. Ce sont les sacs plastiques, les boîtes en polystyrène qui nous servent à manger tous les jours…


- Quel est le rôle de ce projet?

C’est un projet qui se compose en trois parties. La première consiste vraiment à acquérir des données. Donc pour cela, on a identifié des partenaires de recherche, des chercheurs et des étudiants vietnamiens dans différentes universités. Huit au total. On va former ces chercheurs aux techniques pour mesurer les microplastiques et les macroplastiques dans l’environnement et également aux techniques d’enquêtes sociales pour essayer de comprendre quels sont les enjeux de gestion des déchets dans ces environnements-là.

On va également fournir des équipements de base pour l’analyse de ces microplastiques et de ces macroplastiques. Chacun va acquérir plusieurs fois par an des données dans les milieux auxquels qu’il aura choisi au préalable: rivière, zone côtière, mer.

Ensuite, il y a une deuxième tâche qui va consister à produire de la connaissance scientifique à partir de ces données. Donc on va apprendre à critiquer les données,  à savoir quelle est une bonne donnée, quelle est une mauvaise... Pour cela, on va s’appuyer sur la méthodologie commune que l’on aura mise en place et on va essayer de valoriser ces résultats dans des revues scientifiques.

La dernière partie consistera à transformer cette connaissance scientifique en vulgarisation pour le grand public. Donc là, nos partenaires vont identifier des bénéficiaires au sein de leurs différentes communautés, que ce soient des décideurs, la jeunesse ou bien les ONGs environnementales et vont pouvoir diffuser et adapter ces informations à chaque bénéficiaire.

VOV/VNA/CVN
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