08/11/2020 12:15
Venu du Nord-Est de la Thaïlande, Apichit Mingwongtham, appelé également Aun, est tombé follement amoureux du vietnamien dès son plus jeune âge. Bien que non-voyant, il est parti vivre au Vietnam pour en apprendre la langue. Une histoire fabuleuse qu’il nous raconte.
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Le jeune thaïlandais Apichit Mingwongtham.
Photo : CTV/CVN
Lorsqu’il n’était encore qu’un petit garçon, Aun vivait au Nord-Est de la Thaïlande, près de la frontière avec le Laos. De chez lui, on pouvait parfois capter sur les ondes des chaînes de radio vietnamiennes. En écoutant attentivement ces chaînes aux sons intrigants, Aun a alors demandé à sa mère : "C’est quelle langue, maman ?", ce à quoi sa mère lui a répondu : "C’est du vietnamien, chéri". Et l’enfant de continuer à s’interroger : "Où c’est, ça, le Vietnam ?". Commençait alors chez le jeune garçon une passion pour ce pays que sa mère lui disait être "à côté du Laos".

Ces sons à la radio et les réponses de sa mère sont depuis restés gravés dans la tête du petit garçon. Dans son village près du Laos, il s’amusait à écouter la radio vietnamienne et à en imiter les présentateurs, sans toutefois comprendre ce qu’ils disaient. Mais il comprenait déjà qu’il aimait cette langue.

À l’âge de 12 ans, Aun part à Bangkok pour suivre des cours dans une école réservée aux élèves non-voyants. Dès lors, il ne pouvait plus écouter les chaînes de radio vietnamiennes de sa plus jeune enfance. Poursuivant sa scolarité, Aun est devenu étudiant à la Faculté de droit de l’université Thammasat. Mais il n’oubliait pas son rêve de découvrir un jour le Vietnam.

Malgré les inquiétudes de ses proches de le voir voyager dans un pays étranger, le jeune handicapé est parvenu à convaincre son petit frère, sa petite sœur et ses amis pour partir visiter le Vietnam.

Le vietnamien, source d’inspiration

"Même si mon niveau de vietnamien à l’époque était proche de zéro, j’ai quand même pu apprécier l’+áo dài+ et le chapeau conique. J’ai aussi pu apercevoir toute la richesse de la culture du Vietnam et deviner les sourires sur les visages des Vietnamiens partout où j’allais. Après ce premier voyage, je voulais y retourner à tout prix", partage-t-il.   

Aun et ses amis.
Photo : SS/CVN

Aun s’est alors mis à apprendre le vietnamien en autodidacte sur Internet et à faire connaissance avec des Vietnamiens. "Le vietnamien était une langue que je trouvais intéressante au fur et à mesure que je la découvrais. Avec ses tons, la langue sonnait comme une mélodie que je voulais apprendre et comprendre, au lieu de seulement imiter ce que j’entendais", fait-il savoir.

En 2013, il opère alors l’un des virages les plus importants de sa vie lorsqu’il quitte son travail en Thaïlande et part s’installer au Vietnam pour apprendre plus sérieusement le vietnamien.

Il est accueilli, son premier jour au Vietnam à l’aéroport de Tân Son Nhât à Hô Chi Minh-Ville, par les amis avec qui il correspondait sur Internet. Ceux-ci l’ont ensuite aidé à trouver un logement puis à s’inscrire à des cours de langue. En bonne compagnie, Aun visita alors Hô Chi Minh-Ville, apprit à la connaître puis à la reconnaître et put dès lors se promener tout seul dans les nombreuses ruelles de la mégapole du Sud.

Donner des cours de thaï au Vietnam

Après avoir réussi des examens de vietnamien et académiques, Aun est devenu étudiant de l’Université des sciences sociales et humaines de Hô Chi Minh-Ville.  L’apprentissage d’une langue étrangère n’est jamais facile, surtout pour une personne handicapée comme le jeune Thaïlandais.

"Comme je suis non-voyant, je ne peux pas lire comme les autres. Mes amis m’aidaient à taper les manuels, puis les faire imprimer en braille. Même s’ils étaient occupés, ils s’efforçaient de terminer avant la rentrée. Certains veillaient tard le soir pour m’apporter leur aide", confie Aun.

En plus de ses livres en braille, l’étudiant apporte toujours un dictaphone pour enregistrer les cours.

"Ce que mes amis et mon entourage ont fait et font pour moi, je ne l’oublierai jamais. Je leur suis redevable d’une dette énorme que je ne serai jamais capable de rembourser. Les Vietnamiens sont hospitaliers, honnêtes et ne m’ont jamais discriminé. Mon amour et mes connaissances pour le pays et sa culture grandissent et s’enrichissent de jour en jour", indique Aun.

Afin de prendre en charge sa vie au Vietnam, Aun donne des cours de thaï. Au départ, il enseignait sur Internet en cachant sa cécité. "J’avais peur qu’on ne croie pas en mes capacités d’enseignement", avoue-t-il. Mais en réalité, une fois son handicap connu par les étudiants, de nouveaux apprenants ont désiré de s’inscrire à ses cours. Il s’est alors mis à enseigner aussi en présentiel. Chacune de ses classes comprend moins de dix apprenants qui l’aident parfois à s’asseoir ou à trouver craies et fournitures. "Je sais qu’en suivant mes cours, on accepte parfois des choses qui peuvent être inconfortables par rapport aux cours normaux. Mais ce que je fais le mieux, c’est de transmettre l’inspiration à mes apprenants".

Aun ne sait toujours pas pourquoi il aime le vietnamien, mais son énergie qui lui a permis de s’implanter au Vietnam et d’en apprendre plus sur le pays est une source d’inspiration pour tous ses proches et les personnes qu’il rencontre.    
  
Mai Quynh/CVN
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