10/05/2019 14:19
Une nouvelle voix s'est élevée jeudi 9 mai contre Facebook et pas des moindres: l'un de ses cofondateurs, Chris Hughes, a appelé dans une longue tribune au vitriol à démanteler le groupe et à lui imposer un contrôle strict.

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L'un des cofondateurs de Facebook appelle dans une longue tribune au vitriol à démanteler le groupe. Photo: AFP/VNA/CVN


M. Hughes, qui a fondé le réseau social avec Mark Zuckerberg il y a quinze ans dans un dortoir de l'université de Harvard, le dit tout de go dans le New York Times: "Il est temps de démanteler Facebook" en séparant le réseau social, son activité originelle, des applications Instagram et WhatsApp.

Celui qui a depuis quitté l'entreprise et affirme avoir vendu ses parts en 2012 s'en prend même directement à l'actuel patron, Mark Zuckerberg, qu'il accuse d'avoir sacrifié la protection de la vie privée des utilisateurs au profit du "clic" et d'avoir éliminé la concurrence sans état d'âme.

Ce texte est accompagné d'une photo où l'on peut distinguer les deux hommes, visages juvéniles, sur le campus de la prestigieuse université en 2004.

"C'est un être humain. Mais c'est son humanité même qui rend son pouvoir, hors de contrôle, si problématique", écrit aujourd'hui Chris Hughes de son ancien condisciple.

Mark Zuckerberg "a créé un Léviathan qui élimine l'esprit d'entreprise et restreint le choix des consommateurs", affirme M. Hughes, désormais membre de l'
Économic Security Project qui milite pour l'instauration d'un revenu minimum d'existence aux États-Unis, et du Roosevelt Institute.

Selon lui, M. Zuckerberg pourrait décider à lui seul de configurer les algorithmes de Facebook pour modifier ce que les abonnés voient sur leur fil d'actualité ou les paramètres de protection de la vie privée.

"Je suis en colère du fait que la priorité qu'il a accordée à la croissance l'ait amené à négliger la sécurité et la civilité pour la course aux clics", regrette-t-il, affirmant par ailleurs que "le gouvernement doit tenir Mark pour responsable" de cette situation.

"Facebook accepte le fait que son succès s'accompagne d'une responsabilité", a réagi Nick Clegg, responsable de la communication du groupe, auprès de l'AFP.

"Mais on ne peut pas faire appliquer cette responsabilité en appelant à démanteler une entreprise américaine à succès (mais uniquement) via l'introduction méticuleuse de nouvelles règles pour internet. C'est exactement ce à quoi a appelé Mark Zuckerberg", a-t-il ajouté, précisant que ce dernier rencontrait des responsables politiques cette semaine. Il doit notamment être reçu par le président français Emmanuel Macron vendredi 10 mai.

Monopole 

Facebook, qui a racheté Instagram (partage de photos) en 2012 puis WhatsApp (messagerie instantanée) en 2014, revendique 2,7 milliards d'utilisateurs mensuels sur l'ensemble de ses plateformes. Le groupe a dégagé un bénéfice de 2,43 milliards de dollars au premier trimestre cette année. Les données de ses usagers sont la base de son modèle économique car elles servent à cibler la pub.

Mais il est empêtré dans une série de scandales autour des contenus motivés par la haine ou trompeurs qui circulent sur son réseau mais aussi autour de l'utilisation indue de données privées de ses abonnés. Le groupe pourrait notamment écoper d'une amende de plusieurs milliards de dollars de la part de l'agence fédérale de régulation du commerce.

Pour Chris Hughes, Facebook est devenu un monopole, qu'il faut démanteler "dans un délai court: régulateurs et élus doivent se saisir de ce dossier avec, le cas échéant, la menace d'un procès anti-monopole devant les tribunaux. Et même, dit-il: "Juste démanteler Facebook n'est pas suffisant. Nous avons besoin d'une nouvelle agence, chargée par le Congrès de réguler les entreprises technologiques". Chris Hughes rejoint ainsi d'autres critiques virulents, comme le financier George Soros qui étrille régulièrement Facebook et d'autres géants d'internet, qu'il décrit lui aussi comme des "monopoles toujours plus puissants". M. Hughes rejoint aussi la sénatrice Elizabeth Warren, candidate démocrate à la présidentielle de 2020, qui a proposé récemment de "démanteler ces monopoles" et qui a d'ailleurs estimé jeudi 9 mai sur Twitter que Chris Hughes avait "raison".

Mais pour la commissaire européenne à la Concurrence Margrethe Vestager, le démantèlement n'est pas la meilleure solution car "il y a un risque que, même si nous démantelons ces sociétés, elles redeviennent grosses très rapidement avec les effets de réseau".

Jeudi 9 mai, la National Whistleblowers Center, spécialisée dans les lanceurs d'alerte, a accusé Facebook de générer automatiquement, et involontairement, des contenus (comme des montages vidéo automatiques) à destination de groupes liés au terrorisme parce que ses algorithmes ne les reconnaissent pas comme tels.

AFP/VNA/CVN

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