13/11/2021 07:40
L’islamisme, un courant de pensée musulman, a de multiples interprétations. L’Indonésie est aujourd’hui le plus grand pays à majorité musulmane par la population.
>>Message du président du Front de la Patrie aux musulmans vietnamiens
>>Al-Noor, l’unique mosquée de Hanoï

Musulmans priant dans la mosquée Al-Noor à Hanoï.
Photo : CTV/CVN

Je n’ai aucune expérience de l’islamisme, à part une brève visite en Iran et en Indonésie et deux randonnées dans notre province de Ninh Thuân (Centre), vestige de l’ancienne terre cham Pandarang.

La minorité ethnique Cham compte 130.000 personnes dont les deux tiers sont adeptes du brahmanisme, le reste étant des musulmans. Ces derniers, appelés Bani, sont de tradition "sunnite". Leurs ancêtres ont été convertis aux XIVe-XVe siècles par des prédicateurs venus de Malaisie, de Java et de Sumatra… Planteurs de riz et pêcheurs, ils mènent une vie dure dans une région incendiée par le soleil et battue par les bourrasques. Leur foi teintée de superstition reste primitive et n’exerce aucune influence sur la majorité des Vietnamiens de confession bouddhique et confucéenne.

Hanoï n’a qu’une petite mosquée fréquentée par des Indiens vendeurs de cotonnades rue de la Soie.

"Religion la plus fraternelle du monde"

Mosquée Masjid Jamiul Azhar dans la province d’An Giang, au Sud.
Photo : CTV/CVN

Quelle est l’essence de l’islam ? Je ne dis par islamisme, parce qu’il y a tant d’islamisme. Tolérance ou violence, civilisation ou barbarie, universalité ou particularité ?

Je me rappelle qu’une fois, il y a de cela près de deux décennies, pendant une pause-café au cours d’une conférence de l’UNESCO à Sumatra, un jeune professeur malaisien m’a beaucoup impressionné quand il exaltait la tolérance et la beauté de l’Islam, "religion la plus fraternelle du monde", disait-il. Mais, à travers l’histoire, l’Islam a toujours revêtu deux aspects contradictoires. D’une part, critère démocratique de l’Ijma ou consensus des croyants, pas de hiérarchie sacerdotale et d’autorité ecclésiastique, "nulle contrainte en matière de religion" (Coran), sincère aspiration à la Divinité qui donne aux Livre Sacré son charme religieux, moral et littéraire, culte de la poésie et des belles lettres, création artistique (verreries, céramique, épigraphie et architecture), contribution au développement des sciences et à la Renaissance en Europe… D’autre part, dogme de la Guerre Sainte permanente (selon Max Weber, "religion des guerres"), - mépris de la femme (polygamie, port du voile, du tchador), - fusion du temporel et du spirituel, montée du fondamentalisme, condamnation à mort de Salman Rushdie, tragédie du 11 septembre à Manhattan, attentat de Bali du 12 octobre 2002.

Musulmans indonésiens priant pour l’Eid el-Fitr, la fête célébrant la fin du ramadan.
Reuters/VNA/CVN

Quelle que soit la nature de l’Islam, le conflit entre un islamisme passéiste et une civilisation occidentale arrogante se déroule sous nos yeux. La difficulté majeure de l’Islam, c’est de déployer ses potentialités intellectuelles et spirituelles face aux défis de la modernité. La principale contradiction du monde musulman qui fait partie du Tiers-monde démuni, c’est la rupture entre deux dimensions, les valeurs traditionnelles et l’aspiration au progrès économique et à la modernité.

Promotion des sciences islamiques

Dans un article publié par le bulletin Foi et Développement (N°309, décembre 2002) du Centre Lebret de Paris, le professeur Kuntowijoyo propose un "Programme de la communauté musulmane" de son pays, l’Indonésie, premier pays musulman du monde avec presque 90% de la population musulmane (165 millions). Selon lui, les chances des musulmans de jouer un rôle politique dans la société indonésienne sont presque épuisées. Il ne faut pas se focaliser sur la politique. Il faut plutôt propager l’énergie de la communauté dans d’autres secteurs : éducation, commerce, art, culture, pensée, toutes sortes de volontariat. On ne doit plus rester muet sur les problèmes de corruption, de surexploitation de la forêt, d’appropriation des terres, de violation de la loi, d’autoritarisme, de disparité sociale. Il faut imiter les Prophètes qui ont toujours agi de façon concrète pour les couches défavorisées et opprimées de la population, "si l’islam s’oppose à la laïcité, sa situation ne progressera pas et stagnera". Il est nécessaire de promouvoir des sciences islamiques, surtout les sciences sociales. En suivant un programme qu’elle établit elle-même, la communauté n’a pas à craindre d’être mise à l’écart ou éliminée.
 
Huu Ngoc/CVN
(Février 2005)
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