21/05/2019 10:03
Investi président de l'Ukraine, Volodymyr Zelensky, a aussitôt annoncé lundi 20 mai des législatives anticipées, s'attaquant d'emblée à une classe politique hostile à un novice qui a promis de transformer un pays en guerre et en difficulté économique.
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Le président ukrainien Volodymyr Zelensky prend ses selfies avec ses partisans à Kiev, le 20 mai. Photo: AFP/VNA/CVN

L'investiture de Volodymyr Zelensky, comédien devenu à 41 ans le plus jeune président de l'Ukraine post-soviétique, ouvre une nouvelle ère pour cet État indépendant depuis moins de 30 ans. Elu en capitalisant sur la défiance des Ukrainiens envers leurs élites avec ses promesses de mettre fin à la corruption et de "casser le système", il affronte une tâche titanesque, avec un conflit avec des séparatistes prorusses qui a fait 13.000 morts en cinq ans sans qu'une solution politique ne se dessine, mais des capacités à agir très limitées sans troupes politiques.

"Je dissous le Parlement", a-t-il lancé dans son discours d'investiture dans l'hémicycle, exhortant également les ministres à démissionner, même si la loi n'oblige le gouvernement à partir qu'après les législatives. Le Premier ministre Volodymyr Groïsman, en poste depuis trois ans, a annoncé aussitôt sa démission, mettant en avant ses désaccords avec le nouveau président.

"Je considère que, par sa déclaration, il assume toute sa responsabilité face aux menaces" pesant sur le pays, a déclaré M. Groïsman. Pour les observateurs, sa décision, qui doit encore être approuvée par le Parlement, lui permettra de mener plus librement sa campagne législative en se positionnant en adversaire de M. Zelensky. Ce dernier cherche à profiter de l'élan de sa victoire écrasante (73% des voix) pour remporter des législatives anticipées, sans attendre le scrutin prévu en octobre. Son parti "Serviteur du peuple", pour l'instant quasi-inexistant, est crédité de jusqu'à 40% des intentions de vote par les derniers sondages.

Si les détracteurs du nouveau président crient à "l'arbitraire juridique" et dénoncent une décision non conforme à la Constitution, certains d'entre eux ont aussitôt annoncé leur participation aux législatives anticipées, qui pourraient avoir lieu en juillet. Volodymyr Zelensky s'engage à maintenir le cap pro-occidental de cette ex-république soviétique. Mais son programme reste flou et son équipe largement inconnue: à ce jour, il n'a fait aucune nomination ou même annonce d'un candidat à un poste officiel. Et beaucoup s'interrogent sur sa capacité à diriger un pays toujours confronté à d'immenses défis, en premier lieu la guerre.

"Terminer" la guerre

"Notre première tâche, c'est d'arriver à un cessez-le-feu dans le Donbass", le bassin houiller en partie contrôlé par les séparatistes dans l'Est du pays, a-t-il assuré dans son discours d'investiture, provoquant une salve d'applaudissements de députés. "Nous n'avons pas commencé cette guerre, mais c'est à nous de la terminer". "Je suis prêt à tout", à "perdre ma popularité", voire "mon poste pour obtenir la paix" et "faire revenir les territoires perdus": le Donbass et la péninsule de Crimée, annexée par la Russie en 2014, a encore assuré M. Zelensky, arrivé à pied au Parlement depuis son domicile proche, faisant des selfies avec ses partisans massés le long des barrières.

Portrait de Volodymyr Zelensky, le comédien, novice en politique, investi président de l'Ukraine lundi 20 mai. Photo: AFP/VNA/CVN

Il s'est ensuite plié aux rituels de l'investiture, prêtant serment, la main droite posée sur la Constitution de ce pays indépendant depuis 1991, et un Evangile du XVIe siècle. "Toute ma vie, j'ai essayé de tout faire pour que les Ukrainiens sourient. (...) Pendant les cinq prochaines années, je vais tout faire pour que vous ne pleuriez pas", a lancé M. Zelensky, qui promet de se limiter à un seul mandat présidentiel.

Poutine attend pour féliciter

La scène a déjà eu lieu à l'écran, dans la série télévisée Serviteur du peuple où Volodymyr Zelensky incarne un professeur d'histoire subitement élu président. Cette fois, elle était bien réelle bien que difficilement imaginable il y a quelques mois. Peu ont pris au sérieux l'acteur et humoriste quand il a annoncé sa candidature le 31 décembre. Mais à l'issue d'une campagne inédite, jouée essentiellement sur les réseaux sociaux, il a écrasé son prédécesseur Petro Porochenko.

Élu il y a cinq ans dans la foulée du soulèvement proeuropéen du Maïdan, ce dernier a dirigé le pays pendant une période critique de son histoire, après l'annexion de la Crimée et le déclenchement de la guerre dans l'Est. On lui reproche notamment de n'avoir pas fait assez contre la corruption endémique. Les alliés occidentaux de Kiev ont chaleureusement accueilli l'élection de M. Zelensky et à l'ONU Européens et Américains ont bloqué à l'unisson une réunion sur la langue en Ukraine voulue lundi 20 mai par la Russie. Elle visait "à mettre en difficulté" le nouveau président, a critiqué la France, alors que Moscou dénonçait une "censure".

Les États-Unis ont indiqué se préparer à "un partenariat étroit" avec le nouveau président. Paris "soutiendra et suivra avec attention les réformes et chantiers" annoncés par M. Zelensky, et continuera de "défendre l’intégrité et la souveraineté de l’Ukraine", a affirmé la Secrétaire d’État française aux Affaires Européennes Amélie de Montchalin. Accusée par Kiev et l'Occident de soutenir militairement les séparatistes prorusses, la Russie a fait savoir qu'elle n'entendait pas changer sa politique vis-à-vis de l'Ukraine. Aucun responsable russe n'était invité à l'investiture. Vladimir Poutine attend "ses premiers succès dans la normalisation des relations ukraino-russes" pour le féliciter, s'est borné à dire le porte-parole du Kremlin.

AFP/VNA/CVN

 
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