21/07/2018 17:05
L'UE est confrontée à un sérieux problème avec la décision de l'Italie de lier le débarquement dans ses ports des migrants sauvés en Méditerranée à un partage de leur prise en charge avec d'autres États membres, au risque de compromettre les opérations européennes de sauvetage en mer.
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Les migrants libyens espèrent d'atteindre l'Europe. 
Photo: AFP/VNA/CVN

"L'Italie ne veut plus être l'unique pays de débarquement des migrants sauvés en mer par les unités navales de l'opération Sophia", a fait savoir le ministre des Affaires étrangères Enzo Moavero Milanesi dans un courrier à la cheffe de la diplomatie de l'UE Federica Mogherini.

Les implications de cette décision ont été discutées vendredi 20 juillet à Bruxelles par les ambassadeurs des États membres, et un grand nombre de pays ont signifié au représentant de l'Italie leur mécontentement face à une forme de chantage, ont confié à l'AFP plusieurs sources européennes.

L'Italie commande l'opération militaire européenne Sophia lancée en juin 2015 à la suite d'une série de naufrages meurtriers.

"L'opération Sophia est maintenue et continue", ont assuré vendredi soir 20 juillet à l'AFP trois sources européennes impliquées dans le dossier.

"Les États membres se sont donné cinq semaines, soit jusqu'à la fin du mois d'août, pour trouver une solution à la demande de l'Italie de ne plus être obligatoirement le pays où sont débarqués les migrants embarqués à bord des navires de l'opération", ont-elles expliqué.

"La solution sera difficile à trouver car elle pose les questions: +Que faire des rescapés? Où les débarquer, qui va les prendre en charge?", a souligné une source diplomatique. Le risque est que les États engagés dans Sophia ne mettent plus de bateaux à disposition de l'opération, selon elle.

Six navires de pays de l'UE - Italie, France, Irlande, Espagne, Slovénie et Allemagne - sont actuellement engagés dans cette mission chargée de lutter contre la traite humaine et d'éviter les naufrages entre l'Italie et les côtes de Libye.

Sophia a permis de secourir en mer près de 44.000 personnes depuis son lancement en 2015, soit 10% des sauvetages enregistrés au cours des trois années, a indiqué en juillet son commandant, l'amiral italien Enrico Credentino.

Fermer les ports d'Italie

Le ministre italien des Affaires étrangères  Enzo Moavero Milanesi, le 9 juillet à Rome.
Photo: AFP/VNA/CVN

Mais le ministre italien de l'Intérieur, Matteo Salvini, patron du mouvement d'extrême droite la Ligue, est décidé à fermer les ports italiens aux navires des missions de sauvetage après les avoir interdits aux bateaux affrétés par des ONG.

L'Italie a officiellement demandé à ne plus être le seul pays de débarquement identifié dans le mandat de l'opération Sophia qui se termine à la fin de l'année.

Et le Premier ministre italien Giuseppe Conte a informé le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker des conditions désormais imposées pour les débarquements en Italie des migrants sauvés en mer.

Les débarquements en Italie ne seront autorisés qu'à la seule condition que d'autres pays de l'Union européenne aient accepté de prendre en charge une partie des personnes secourues en mer, a précisé M. Conte dans une lettre à M. Juncker.

Le gouvernement populiste italien veut forcer la main à ses partenaires européens et leur impose de fait les conditions déjà imposées pour le débarquement de quelque 450 migrants assistés en mer et transbordés dans deux navires militaires.

Les navires avaient pu accoster en Sicile au cours du week-end des 14 et 15 juillet après l'engagement pris par la France, l'Allemagne, l'Espagne, le Portugal et Malte de prendre chacun en charge une cinquantaine de rescapés.

AFP/VNA/CVN

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