29/01/2020 14:46
Le président américain Donald Trump a dévoilé mardi 28 janvier un plan de paix pour le Proche-Orient qui accorde à l'État hébreu nombre de concessions et a été rejeté avec véhémence par les autorités palestiniennes.

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Le président américain Donald Trump (1er rang, gauche) et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu à la Maison Blanche, le 27 janvier.
Photo : AFP/VNA/CVN

Depuis les salons de la Maison Blanche, il a vanté, sur une tonalité résolument optimiste, un projet "gagnant-gagnant" avec une solution réaliste à "deux États".

Mais il a surtout donné des gages à son "ami" Benjamin Netanyahu, debout tout sourire à ses côtés, parmi lesquels la reconnaissance de Jérusalem comme "capitale indivisible".

Si le Premier ministre israélien a salué "une journée historique", le président palestinien Mahmoud Abbas, qui a refusé ces derniers mois les offres de dialogue du tempétueux président, a affirmé que le plan ne passerait pas.

"Il est impossible pour n'importe quel enfant, arabe ou palestinien, d'accepter de ne pas avoir Jérusalem" comme capitale d'un État palestinien, a-t-il lancé.

Le Hamas, qui contrôle la bande de Gaza, enclave palestinienne de deux millions d'habitants séparée géographiquement de la Cisjordanie, a aussi rejeté la proposition américaine.

Mais affichant son optimisme sur le devenir de ce projet "très détaillé", le locataire de la Maison Blanche a estimé qu'il pouvait permettre de faire "un grand pas vers la paix".

Parmi les nombreux points sensibles de ce plan, figure la reconnaissance de l'annexion par Israël à son territoire des colonies qu'il a implantées en Cisjordanie occupée, en particulier dans la vallée du Jourdain.

Cette zone est "vitale" pour Israël, a martelé M. Netanyahu, tandis que l'ambassadeur des États-Unis, David Friedman, affirmait que l'État hébreu pouvait annexer ses colonies "sans attendre".

"Dernière chance"

Un futur État palestinien sur ces tracés serait nettement en-deçà de ce à quoi aspirent les Palestiniens, à savoir la totalité des Territoires occupés depuis 1967 par Israël.

Peu après l'allocution présidentielle, l'ONU a d'ailleurs souligné qu'elle s'en tenait aux frontières définies en 1967.

Le futur État palestinien ne verrait le jour que sous plusieurs conditions, dont "le rejet clair du terrorisme", a souligné Donald Trump, qui a ensuite tweeté une carte des deux États envisagés, avec en particulier un tunnel reliant la Cisjordanie à la bande de Gaza.

Martelant sa conviction que les Palestiniens méritaient "une vie meilleure", Donald Trump leur a aussi lancé une mise en garde. Il a annoncé avoir envoyé une lettre à Mahmoud Abbas l'exhortant à saisir "une chance historique", et peut-être "la dernière", d'obtenir un État indépendant.

"Je lui ai expliqué que le territoire prévu pour son nouvel État resterait ouvert et sans développement" de colonies israéliennes "pendant une période de quatre ans", a-t-il précisé.

Selon la Maison Banche, le projet propose un État palestinien "démilitarisé".

Jérusalem restera "la capitale indivisible d'Israël", a-t-il par ailleurs assuré, en proposant de créer une capitale de l'État palestinien cantonnée dans des faubourgs de Jérusalem-Est.

Pour Robert Malley, ancien conseiller de Barack Obama et président de l'International Crisis Group, le message adressé aux Palestiniens est clair et sans nuances : "Vous avez perdu, il va falloir vous y habituer".

"Ce plan de paix est comme tant d'autres aventures trumpiennes : il propose une solution à un problème que nous n'avions pas et, ce faisant, rend le problème initial beaucoup plus complexe", a de son côté estimé Aaron David Miller du cercle de réflexion Carnegie Endowment for International Peace.

Éloges de Bibi pour "Jared"
 


Les Émirats arabes unis ont vu dans ce texte "un important point de départ" pour un retour à la table des négociations.

Leur ambassadeur à Washington, Youssef al-Otaïba, était, avec ses homologues d'Oman et de Bahreïn, un des représentants de pays arabes à la Maison Blanche, où l'absence des Palestiniens était criante.

L'Arabie saoudite a de son côté dit "apprécier" les efforts de Donald Trump, tandis que l'Égypte a appelé Israéliens et Palestiniens à un examen "attentif" et "approfondi" du plan.

Donald Trump avait confié au printemps 2017 à son gendre et conseiller Jared Kushner, novice en politique, l'épineuse tâche de concocter une proposition susceptible d'aboutir à "l'accord ultime" entre Israéliens et Palestiniens. L'objectif : réussir là où tous ses prédécesseurs ont échoué.

Couvert d'éloges par M. Nentayahu, qui a salué sa "sagesse" et sa "détermination", le mari d'Ivanka Trump a assuré sur CNN que le document représentait une "réelle opportunité" pour les Palestiniens.

"Par le passé, ils sont passés maîtres dans l'art de gâcher toutes les chances qui leur étaient offertes", a-t-il ajouté sur un ton peu diplomatique.

Le Premier ministre palestinien, Mohammed Shtayyeh, avait par avance appelé la communauté internationale à boycotter le projet, contraire selon lui au droit international.

"Ce n'est pas un plan de paix pour le Moyen-Orient", a-t-il martelé, jugeant que l'initiative visait avant tout à protéger "Trump de la destitution" et "Netanyahu de la prison".

"Accord du siècle" 

Signe que le calendrier est délicat, à un mois de nouvelles élections en Israël où Benjamin Netanyahu est aux prises avec une inculpation pour corruption, le locataire de la Maison Blanche a aussi reçu lundi son principal opposant, Benny Gantz.

Mais c'est avec "Bibi" qu'il a choisi d'apparaître mardi 28 janvier devant les caméras.

Et le Premier ministre israélien, qui se rendra dès mercredi 29 janvier à Moscou pour informer le président russe Vladimir Poutine des détails du plan, n'a pas dissimulé son enthousiasme.

AFP/VNA/CVN

 

 
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