16/08/2020 15:49
Courrier en retard, boîtes à lettres supprimées des rues... Donald Trump est accusé par ses opposants de tout faire pour détruire le service public postal américain, afin de rendre impossible un vote par correspondance qui pourrait selon lui favoriser son adversaire Joe Biden.
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Des manifestants devant le domicile du patron de la poste américaine, Louis DeJoy, le 15 août 2020 à Washington. Photo : AFP/VNA/CVN

La campagne présidentielle s'est cristallisée depuis quelques jours autour de la poste américaine, l'USPS, et des réformes menées tambour battant par son nouveau patron, Louis DeJoy. Plusieurs dizaines de personnes ont manifesté devant chez lui à Washington samedi matin. "Arrêtez d'écarter des électeurs" ("Stop voter suppression"), indiquait une pancarte brandie par l'une d'elles.

Louis DeJoy, proche de Donald Trump, est aussi l'un des grands donateurs de sa campagne. Les réformes qu'il a engagées pour ramener dans le vert les comptes de la poste sont vivement critiquées, soupçonnées d'avoir en réalité pour but d'empêcher le vote par correspondance pour l'élection présidentielle du 3 novembre.

L'opposition y voit la main de Donald Trump, candidat à sa réélection, qui crie depuis des mois à la fraude annoncée si le vote par correspondance est plus largement déployé cette année que par le passé en raison de la pandémie. "On ne peut pas laisser Donald Trump détruire" l'USPS (United States Postal Service), a ainsi dénoncé vendredi sur Twitter Kamala Harris, la colistière du candidat démocrate à la Maison Blanche Joe Biden.

"Du pur Trump"

Ce sont d'abord les fréquents retards de courrier dont se plaignent les Américains qui ont suscité des interrogations. Puis des machines, jugées obsolètes, ont été retirées des centres de tri. Et certaines villes ont vu leurs boîtes à lettres disparaître des rues, par mesure d'économies.

L'USPS a surtout récemment prévenu les États américains, selon des informations du Washington Post, qu'elle ne pourrait pas acheminer en temps voulu des millions de bulletins de vote pour être comptés d'ici le 3 novembre. Les démocrates veulent renflouer ce service public bicentenaire, dont les camionnettes blanches et bleues arpentent les routes des États-Unis, porte coulissante ouverte.

Un centre de tri postal à Los Angeles, le 30 avril 2020 en Californie.
Photo : AFP/VNA/CVN

Il s'agit de "financer (...) des élections sûres et justes pour notre pays", a indiqué Nancy Pelosi, la présidente démocrate de la Chambre des représentants, dans un courrier à ses collègues samedi 15 août. Mais il n'en est pas question pour Donald Trump. Le président a clairement expliqué jeudi dans un entretien à la chaîne conservatrice Fox News qu'il ne souhaitait pas renflouer l'USPS afin qu'elle ne soit "pas équipée" pour "un vote par courrier généralisé", dont il ne veut pas.

Son concurrent démocrate pour la Maison Blanche Joe Biden l'avait alors raillé: "Du pur Trump. Il ne veut pas d'élection". L'ancien président Barack Obama a lui aussi réagi: "Nous n'avions jamais vu auparavant un président dire +je vais mettre à genoux le service postal (...) et je vais clairement dire pourquoi+".

Préparer les esprits

Si Donald Trump s'oppose au vote par correspondance, c'est, selon certains observateurs, pour préparer les esprits afin de pouvoir contester une éventuelle défaite. "À tout le moins, il veut soulever suffisamment de questions pour que les gens perdent confiance", estime Mark Dimondstein, président du syndicat des postiers, l'American Postal Workers Union (APWU).

Donald Trump sait aussi que cela pourrait encourager le vote des électeurs afro-américains et hispaniques, plus abstentionnistes du fait de leur situation souvent plus précaire. L'élection ayant lieu en semaine, il est en effet nécessaire de quitter le travail pour aller voter, et donc perdre de l'argent. Il n'ignore pas non plus que les électeurs démocrates sont en général plus enclins à voter par courrier que ceux de son camp.

"Nous ne ralentissons pas le courrier électoral, ni aucun autre courrier", a assuré un porte-parole de l'USPS, invoquant les problèmes financiers de l'institution. Déficitaire depuis 2008, celle-ci souffre depuis une vingtaine d'années de l'essor d'internet et de la chute des volumes de courrier. Une privatisation est évoquée de longue date chez les républicains.

Donald Trump a toutefois laissé entendre vendredi, pour la première fois, qu'il pourrait se résoudre à ouvrir le porte-monnaie. "Ce n'est pas ce que je veux, c'est ce que le peuple américain veut", a-t-il dit lors d'une conférence de presse.


AFP/VNA/CVN

 
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