03/10/2015 09:05
Trân Manh Tuân est l’un des rares saxophonistes réputés du pays. Pas seulement en tant que musicien, mais aussi comme compositeur et producteur. L’artiste admet volontiers nouer une relation fusionnelle avec son instrument.
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À chaque fois que Tuân joue du saxophone, il donne le meilleur de lui-même, comme si c’était sa dernière représentation. Photo : CTV/CVN

Le saxophoniste Trân Manh Tuân est né dans une famille de la province septentrionale de Bac Ninh - le berceau du quan ho (chant alterné) - où la musique a toujours été présente. Ses parents et ses frères sont tous membres de la troupe de cai luong (théâtre rénové) Chuông Vàng (aujourd’hui Théâtre de cai luong de Hanoi). Son enfance a donc été marquée par des tournées avec la troupe de ses parents, à travers tout le pays. 

Premier Vietnamien au Berklee College 

C’est par hasard que Tuân commence le saxophone. «Quand j’avais huit ans, j’ai assisté à une représentation de l’artiste Trân Vinh. Ce fut un coup de cœur : quand je l’ai vu jouer +Ha trang+ (L’été blanc) de Trinh Công Son au saxophone, j’ai su que je voulais suivre ses traces», se souvient-il. Et d’ajouter : «À ce moment-là, je ne savais ni le nom de la chanson, ni son auteur, ni l’instrument qu’il utilisait. Mais j’aimais les sons, aériens et impétueux».

Tuân se produit en solo dès l’âge de dix ans. «Je jouais du jazz depuis mes huit ans, mais je ne comprenais pas vraiment ce que cela signifiait. De plus, les connaissances de mes prédécesseurs étaient limitées et ne me permettaient pas d’avoir accès à tous les savoirs en la matière. En 1989, en jouant avec des artistes français, j’ai découvert que le jazz était une musique d’improvisation», confie-t-il.

En 1995, Tuân reçoit une bourse du Berklee college of music, à Boston (États-Unis). Il devient ainsi le premier Vietnamien à étudier dans cette prestigieuse université américaine. En 1999, diplôme en poche, il rentre au Vietnam avec l’envie de faire connaître le jazz au public vietnamien.

L’École artistique de l’armée l’invite à donner des cours de saxophone. Il démissionne pour se concentrer sur la composition, le mixage et les concerts au Vietnam et à l’étranger. À cette époque, il sort ses premiers albums, Biên khat (La mer a soif), Ha trang, etc. Le public est conquis. En 2002, sa famille déménage à Hô Chi Minh-Ville. Il devient professeur au Conservatoire de musique de la ville.

Une carrière toute tracée, qui subit pourtant un coup d’arrêt en 2005. Les médecins lui diagnostiquent un problème rénal qui lui fait courir de graves risques pour sa santé. Il doit se faire opérer. Le saxophoniste a dû se battre, demeurant un moment entre la vie et la mort, après une greffe de reins éprouvante. Il apprend à garder la foi «car on ne sait jamais ce que demain nous réserve». «Aujourd’hui, j’ai rarement l’impression d’être malade. Je travaille, écoute de la musique et vit normalement au quotidien, comme vous tous», ajoute-t-il. La musique l’a aidé à survivre.

Saxophoniste, un choix sans appel

«Beaucoup de gens disent que j’ai vécu des moments terribles. Cependant, c’est normal. Dans la vie, il y a beaucoup de gens qui sont plus malheureux que moi. J’ai la chance d’avoir de bons amis et pour l’heure, mon état de santé est stable. Dans une autre vie, je suivrais la même voie, sans hésiter. La musique et le saxophone m’ont choisi», affirme-t-il.

Trân Manh Tuân et sa fille An Trân. Photo : CTV/CVN

Aujourd’hui, en plus d’être saxophoniste, Trân Manh Tuân est aussi connu pour être un compositeur et un producteur de musique talentueux. Il est l’un des rares artistes vietnamiens dont les albums sont toujours bénéficiaires. Plusieurs ont d’ailleurs été produits à des tirages record, Ha trang et Vê quê (Retour au pays natal) notamment.

Ses concerts se jouent souvent à guichets fermés, bien que le prix du billet soit élevé, plusieurs millions de dôngs. Pour lui, la clef du succès relève certes de la technique, mais le plus important reste la créativité. Avec quelques notes de musique, l’artiste peut jouer des centaines d’airs différents. D’autant plus que le rythme de la chanson est influencé par ses émotions. Quand il est heureux, triste ou enthousiaste, le rythme et le son changent. Nombreux sont ceux qui disent qu’à chaque fois que Tuân donne un concert, ils ont l’impression qu’il joue comme si c’était sa dernière représentation.

En 2005, Trân Manh Tuân a créé le Sax n’Art au 28, Lê Loi, dans le 1er arrondissement de Hô Chi Minh-Ville. La créativité y tient une place de choix. Au Sax n’Art, on peut en effet entendre des airs de musique folklorique vietnamienne, provenant du Nord-Ouest jusqu’au Tây Nguyên (hauts plateaux du Centre), en passant par les deltas du Nord et du Sud, retranscris pour le jazz. Souvent, et de préférence, il sélectionne des morceaux que l’on ne peut plus entendre qu’en zone rurale. Car rien n’est impossible. Les genres musicaux n’ont point de frontières.

Tuân souhaite créer un jazz empreint des traditions vietnamiennes, mais qui reste contemporain. Un travail difficile qui demande du temps. Pour lui, l’artiste s’apparente à un pêcheur. Un jour, il peut pêcher un gros poisson, mais peut aussi rester bredouille des mois ou même des années.
 
Phuong Nga/CVN
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