29/12/2013 14:17
Trân Dình Son est une figure connue des collectionneurs d’objets anciens de Hô Chi Minh-Ville. Il vient d’inaugurer un musée des antiquités en céramique et en porcelaine à Huê, le premier musée privé du genre au Vietnam.

Deux amis, le jeune collectionneur Trân Dình Son (à droite) et le vieux chercheur Vuong Hông Sên, étudiant ensemble. Photo : Archives/CVN


Trân Dình Son est né en 1949 dans le village de Hiên Luong, du district de Phong Điên, province de Thua Thiên-Huê (Centre). Son père décède quand il est encore enfant, et il est recueilli par ses grands-parents paternels, dans une maison ancienne située au 114, rue Mai Thúc Loan, à Huê. Cette résidence a été léguée par son arrière-grand-père Trân Dình Bá, mandarin sous le règne de trois empereurs des Nguyên (Thành Thái, Duy Tân et Khai Dinh).

Une amitié qui dépasse la barrière de l’âge

Élevé dans la tradition confucianiste, le jeune Son a appris la langue chinoise et le quốc ngữ (écriture romanisée du vietnamien, mais augmentée de nombreux signes de ponctuation donnant des indications phonétiques sur certaines lettres et intonations). Enfant déjà, il s’intéresse aux poèmes anciens consignés par son grand-père lorsqu’il étudiait à l’Académie de Huê.

Alors qu’il est encore lycéen, Trân Dình Son se passionne pour les revues et les articles consacrés aux objets anciens, et particulièrement pour ceux écrits par le chercheur Vuong Hông Sên. Il explore sa maison à la recherche d’antiquités. Il a la bonne surprise, en fouillant l’autel familial, de trouver des objets ressemblant aux descriptions des articles de M. Sên. Il les met en exposition chez lui.

En 1968, la famille de Trân Dình Son déménage à Hô Chi Minh-Ville. Le jeune homme de 19 ans y rencontre, par hasard, le chercheur Vuong Hông Sên, âgé d’une soixantaine d’années, qu’il admire tant. L’entente est immédiate. Au cours des sept années suivantes, ils se déplacent ensemble sur la moto de Son afin de dénicher des objets anciens. Pour Trân Dình Son, M. Sên est un pionnier qui a apporté un éclairage nouveau sur les poteries «ký kiểu» (1). Longtemps considérés comme des productions de l’art chinois, ces objets présentent en réalité des formes et des motifs typiquement vietnamiens, qui ont été sous-traités sur commande par les artisans de Chine. Cette révélation a relancé l’intérêt des collectionneurs pour ces œuvres, qui sont de plus en plus recherchées par les connaisseurs.

Des objets précieux... dans un bric-à-brac

Un jour de 1973, Trân Dình Son accompagne Vuong Hông Sên chez un antiquaire de Hoàng Van Chánh. L’homme leur présente un tube octogonal en porcelaine décoré de miniatures. L’objet mesure 32 cm de haut et 27 cm de diamètre. Sur six faces, il est orné de dessins de plantes, sur les deux autres, d’un poème en caractères chinois. Le chercheur expérimenté Sên veut absolument obtenir le tube, mais le propriétaire en propose un prix très élevé, 500.000 dôngs, l’équivalent de 60 taëls à l’époque (alors que le salaire mensuel d’un jeune fonctionnaire comme Son n’est que de 27.000 dôngs, soit plus de 3 taëls). L’objet appartenait à la famille du mandarin chef de province Dô Huu Phuong (1841-1914), l’une des plus riches du Sud du Vietnam à l’époque coloniale française. Le marchandage qui dure deux ans (1973-1975) se solde par un échec.

Des antiquités de la dynastie des Nguyên exposées au musée privé de
Trân Dình Son à Huê.
Photo : Net/CVN

Après la réunification du pays en 1975, Trân Dình Son, accompagné d’autres collectionneurs de Hô Chi Minh-Ville, se promène dans le bric-à-brac Hàm Nghi (l’actuel marché de Lê Công Kiêu).

Il y rencontre un proche de M. Chánh en train de revendre des objets familiaux, dont le tube de porcelaine convoité par M. Sên! Après négociations, le prix de vente est de 1,5 «chỉ» («chỉ» : un dixième partie d’un taël d’or). «Pour obtenir cette somme, j’ai dû vendre ma moto, confie Trân Dình Son. Mais je voulais faire ce cadeau à mon ami, M. Sên». Le tube est le symbole des liens d’amitié qui les unissent, malgré leur grande différence d’âge.

Le premier musée des antiquités privé de Huê

En avril 2013, le musée privé d’objets anciens en céramique et en porcelaine de la dynastie des Nguyên (1802-1945) a été inauguré à Huê, dans la maison d’enfance de Trân Dình Son. Il s’agit du premier musée privé de ce genre au Vietnam. Il représente près de 4 milliards de dôngs d’investissements.

Dans ce musée, M. Son expose plus de 200 objets traditionnels servant à chiquer le bétel, prendre le thé, fumer et boire l’alcool. «Ces objets ont été fabriqués par des artisans il y a près de 200 ans. C’est une bonne occasion pour les visiteurs et les artisans d’aujourd’hui de mieux connaître le patrimoine culturel de leur pays», explique-t-il.

Quê Anh/CVN

(1) Sous le régime féodal, il était courant que l’empereur du Vietnam envoie des émissaires en Chine. Durant leur mission, ces derniers passaient commande d’objets en céramique ou en porcelaine (bols de riz, assiettes, jarres...). Ces objets étaient par la suite renvoyés au Vietnam, soit pour l’usage de l’empereur, soit comme cadeaux pour les mandarins. On les appelle des poteries «ký kiểu».


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