04/04/2021 12:45
Traduire La Divine Comédie de Dante, 700 ans après sa mort en 1321, est la consécration des grands italianistes, confrontés à des choix difficiles face à l’exubérance poétique et verbale du père de l’italien moderne.
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Une édition de "La Divine Comédie" de Dante, annoté par l’écrivain argentin José Luis Borges (droite), exposée à Buenos Aires, le 24 septembre 2010.
Photo : AFP/VNA/CVN

Les traductions françaises se sont multipliées ces dernières décennies, à partir du texte composé au début du XIVe siècle par un auteur qu’adulaient Balzac et Baudelaire.

La première et grande question qui se pose reste débattue. Doit-on versifier en français, pour tenter de respecter la musique de ce poème médiéval, ou est-ce un choix absurde qui amène à tordre le sens ?

Danièle Robert, dont la traduction sort en un volume en poche le 10 mars (Éditions Babel), versifie en partie. Elle respecte la structure des rimes, dans des vers de longueur inégale, proches du décasyllabe.

"Je me suis attachée à respecter au maximum les choix faits par Dante. Il a inventé une structure qui n’existait nulle part ailleurs", explique-t-elle. Il s’agit de la "terza rima" (tierce rime), "sorte de tresse qui évite la monotonie" et "référence à la Trinité". À savoir que chaque rime est reprise dans le tiercet suivant : une disposition en ABA-BCB-CDC, etc.

"Si j’avais éliminé cette structure, qui fonde le sens de l’œuvre, j’aurais eu l’impression que ce sens manquait, que je ne m’inscrivais pas dans la voix et le mouvement du poète. Mais il y a eu tout un courant de pensée pour dire que c’était impossible, que ça réclamait une gymnastique trop complexe, ou que l’on s’éloignait trop du texte", ajoute la traductrice.

Simplifier au besoin

C’est l’avis d’une autre traductrice, la poétesse Jacqueline Risset, qui dénonçait dans ces rimes françaises "une impression de mécanicité redondante, ce qui trahit et méconnaît un autre aspect du texte de Dante, peut-être encore plus essentiel, celui de l’invention souveraine".

Une statue du poète Dante Alighieri sur la Piazza Santa Croce, à Florence (Italie).
Photo : pinterest.dk/CVN
Elle avait choisi les vers libres (Flammarion, première édition en 1985). Mais pas la prose, choix de l’auteur de ce qui fut longtemps la traduction de référence, le prêtre Félicité de Lamennais (première  édition 1855), ou avant lui le pamphlétaire Rivarol (1785).

Très audacieux, René de Ceccaty (Points, 2017) avait quant à lui opté pour la vivacité de l’octosyllabe, sans rimes. Il simplifiait, au besoin, des éléments qui ne nous parlent plus, allusions aux controverses et aux personnages de son époque.

Dans son langage très imagé, qui emprunte au latin savant comme au toscan populaire, Dante Alighieri "fait référence à ce que tout le monde savait au XIVe siècle", expliquait-il à la radio France Culture en 2018.

"Mais le message profond de Dante est un message universel, et donc il s’agit de trouver la langue qui permet au lecteur actuel d’y accéder (...) Puis surtout il faut préserver l’insolence de Dante", qui était "un fugitif, un rebelle, un exilé", soulignait ce traducteur.

Dante "surréaliste"

En 1998, une autre version (auto-éditée, reprise par les éditions Esopie en 2017) avait été publiée par Kolja Micevic, traducteur français-italien d’origine serbe : "La Comédie". Lui aussi reprend la "terza rima", qu’il trouve "logique, mathématique, surréaliste".

"Les traducteurs qui ont traduit Dante avant moi ont toujours dit que la rime empêche le sens. Et moi je dis au contraire que la rime attire le sens", clamait ce poète lors du Festival Voix vives de Méditerranée à Sète en juillet 2020.

La Bibliothèque de la Pléiade (1965) avait confié Dante à l’universitaire André Pézard. Au bout de 12 ans de travail acharné, où il avait revu une première traduction publiée dans les années 30, il en avait sorti en 1965 une langue unique mêlant français médiéval et contemporain, parsemée de moult archaïsmes qu’il jugeait fidèles à la version originale. "Un texte hors tradition et d’accès difficile", selon l’universitaire Francesca Mazari.

"Traduttore, traditore" comme le dit l’adage italien ("traducteur, traître"). Ses successeurs ont tous privilégié la lisibilité.

"Dans une traduction on ne fait jamais du clonage du texte premier. Il y a toujours une modification et un peu de pertes. Notre art consiste à trouver le moyen de perdre le moins possible, et de regagner sur un autre plan, pour respecter l’esprit", estime Danièle Robert.

AFP/VNA/CVN
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