19/07/2020 08:00
Depuis une trentaine d’années, l’Américain Ted Engelmann ne cesse de faire des allers-retours au Vietnam. Vétéran de guerre, il aime y revenir régulièrement pour capturer la beauté du pays.
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Le Vietnam est un pays, pas une guerre.
Photo : Ted Engelmann/CVN

Il n’est pas rare de croiser un étranger de grande taille, à l’allure frêle, en train de prendre des photos au bord du lac de Ngoc Hà à Hanoï. Le vétéran américain Ted Engelmann vient revoir la carlingue de l’avion B52 de l’US Air Force, tombé lors de la campagne Diên Biên Phu aérien en 1972.

Un passé douloureux

Ted Engelmann est revenu au Vietnam pour la première fois après la guerre du Vietnam (1954-1975) en 1989, alors que les relations diplomatiques entre les deux pays n’étaient pas établies. À l’époque, rares sont les Américains, surtout vétérans, à oser revenir au Vietnam en raison de la blessure psychologique encore profonde.

À 20 ans, le jeune homme y est envoyé pendant un an, de mars 1968 à mars 1969. C’est son père, photoreporter, qui lui transmet le goût de la photographie. Il emporte un petit appareil photo avec lui et immortalise les scènes de la vie quotidienne : les travaux champêtres et halieutiques des habitants de Rach Gia dans la province de Kiên Giang, au Sud. Ses photos transforment sa vision de la guerre.

"Pour les jeunes soldats, la guerre était une chose totalement étrangère. Pourquoi sommes-nous là ? Que va-t-il se passer ? Notre seul but était d’accomplir la mission pour pouvoir rentrer chez nous", a partagé le vétéran.

Le vétéran Ted Engelmann et le public lors de la rencontre organisée à l’occasion de la sortie de son livre photographique intitulé "Les mémoires du Vietnam de Ted".
Photo : ARN/CVN

Un jour, il est en mission avec ses confrères à bord d’un hélicoptère qui épandait de l’agent orange sur les champs de Biên Hoà de la province de Dông Nai, au Sud. Comme à son habitude, il s’apprête à prendre une photo. Mais en observant la forêt grisâtre en dessous, il prend peur. Tremblant, son doigt cache une partie de la lentille. "L’obsession de la guerre devenait de plus en plus importante. Nous l’avons fait sans réaliser à quel point cela était nuisible à l’environnement et aux être humains", s’est souvenu Ted Engelmann.

Bien qu’il ne reste au Vietnam qu’une année, la guerre lui laisse de douloureux souvenirs. Malgré les traumatismes, il souhaite revenir faire face à son passé et aux conséquences engendrées par l’armée américaine sur le peuple vietnamien. Les photos prises lors de son premier retour au Vietnam illustrent parfaitement le rétablissement du pays après la guerre.

Le Journal intime de Dang Thùy Trâm

Ted Engelmann a remis le disque contenant le Journal intime à la famille de Dang Thùy Trâm.
Photo : CTV/CVN
Lors d’une rencontre organisée à l’occasion de la publication de son livre-photo intitulé Les mémoires du Vietnam de Ted à Hanoï, il en profite pour révéler un secret : "Les pilotes et moi possédions deux cartes, l’une indiquant la position des habitations, l’autre, l’entrepôt d’armes. Le commandant pensait que nous faisions tomber des bombes sur le premier emplacement mais en fait, nous visions le second". Avant d’ajouter qu’il n’a jamais voulu tuer personne, c’est pour cela qu’avec ses confrères, ils ont toujours évité les villages, surtout les femmes et les enfants. "Si le commandant l’avait su, nous serions allés en prison", a-t-il déclaré.

Ted Engelmann a conservé les souvenirs de personnes qui ont sacrifié leur vie à la protection de la Patrie, en particulier la femme médecin Dang Thùy Trâm, morte dans le maquis de Quang Ngai en 1970. Ted Engelmann ramène en 2005 le disque contenant les images du journal intime à la famille du médecin. Par la suite, le journal rencontre un grand succès au Vietnam et dans le monde, et est publié et traduit en plusieurs langues. La famille de Dang Thùy Trâm considère depuis le vétéran comme un proche.

Il avait entendu parler du Journal intime de Dang Thùy Trâm lors d’un séminaire portant sur la guerre du Vietnam aux États-Unis. Là-bas, Frederic Whitehurst, un autre vétéran, explique qu’il l’a trouvé en 1970. Il avait voulu le brûler mais le traducteur qui l’avait accompagné l’en avait empêché. Grâce à une simple adresse inscrite dans ce carnet, Ted Engelmann, à l’aide d’une association, rend visite à la famille du médecin. "En rencontrant sa mère et ses proches, j’ai été très touché. Il y a 35 ans, quand le médecin Trâm était en train d’écrire son journal à Quang Ngai, j’étais aussi dans la province à prendre des photos", a-t-il partagé.

Il organise beaucoup d’expositions aux États-Unis de l’ensemble de ses photos du Vietnam pendant et après la guerre. Il fait attention, lors de toutes ses présentations, de souligner que "le Vietnam est un pays, pas une guerre". "Je voudrais que nous guérissions toutes les blessures du passé et que nous avancions ensemble vers un avenir meilleur", conclut-il.
 
Mai Quynh/CVN
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