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Nguyên Khac Hiêu (1889-1939), plus connu sous le pseudonyme Tản Ðà, fut l’un des plus grands poètes vietnamiens de la première moitié du XXe siècle. Son œuvre Pensant à Monsieur Rousseau a intrigué beaucoup de lettrés.
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Le Poète Tản Ðà. Photo : ST/CVN
Un jour de pluie, en feuilletant les Œuvres complètes en cinq volumes de Tản Ðà qui m’avaient été offertes par son fils, le critique Nguyên Khac Xuong, je suis tombé par hasard sur le poème Pensant à Monsieur Rousseau, lequel m’a intrigué.

Voici la traduction de cette œuvre, écrite en 1921, qui détonne dans la production lyrique d’un auteur considéré comme le prince des poètes (Thi Bá) vietnamiens de la première moitié du XXe siècle.

Pensant à Monsieur Rousseau

Pour dissiper mon ennui, je pense à Monsieur Lu Thoa (Rousseau),
C’est lui qui avait proclamé le contrat social et les droits du citoyen
Il vivait au dix-huitième siècle
Deux cents ans ont passé
Sans que disparaisse son nom de par le monde
Sa statue, toujours, se dresse sous le ciel de France
Sa réputation rayonne après sa mort,
Alors que de son vivant, aucune gloire ne l’avait auréolé
De son vivant, gloire et honneurs lui étaient indifférents
Les affaires humaines le préoccupaient, que lui importait ce qu’on disait de lui
La statue de bronze perpétue sa mémoire
Face aux vents et aux pluies des centaines d’automnes
Vous avez bravé vents et pluies
Debout, vous continuez à vous tracasser pour le monde des mortels
Votre disciple compose ce poème
Pour vous dire mille amours et respects.

(Revue Huu Thanh)

Nho ông Lu Thoa

Ngôi buôn, ta nho ông Lu Thoa,
Dân uoc nhân quyên ông xuong ra.
Ông sinh thê ky thu muoi tám
Hai tram nam nay, đoi đa qua !
Tiêng ông còn o trên thê gioi,
Tuong ông còn đung bên Lang Xa,
Sau lúc ông chêt, to danh giá
Ông còn đuong sông, không vinh hoa.
Vinh hoa danh giá, ông không tuong
Thuong đoi bao quan đoi coi ta
Tuong đông còn đó, ông còn đó,
Nghìn thu gió táp cùng mua sa
Mua sa gió táp ông không quan
Ông đung lo đoi còn lâu xa,
Nho ông bao nhiêu kính lai mên,
Hoc trò xin có bài tho ca.


Envolée littéraire et politique

Pour comprendre les raisons de cette envolée politique insolite chez Tản Ðà, il faut la situer dans le contexte socio-historique de l’époque et saisir les circonstances concrètes de la vie du poète.

Couvertures d'un recueil de poèmes de Tản Ðà. 
Photo : CTV/CVN
De son vrai nom Nguyên Khac Hiêu, il est originaire du village de Khê Thuong (Son Tây), situé au bord de la rivière Ðà (la rivière Noire des Français) et au pied du mythique Mont Tản (Viên), d’où son nom de plume Tản Ðà (homme du Mont Tản et du fleuve Ðà).

Il est né en 1889, alors que le Vietnam était devenu possession française depuis cinq ans avec la signature du traité Harmand plaçant la Cour royale de Huê sous le protectorat du gouvernement français. Cependant, le mouvement de résistance Cân Vuong (Servir le Roi), dirigé par les lettrés confucéens dont nombre de mandarins, avait mené la vie dure à l’occupant de 1885 à la fin du siècle. La fin du Cân Vuong devait aussi marquer le déclin de la conception classique du confucianisme selon laquelle le roi était le symbole de la Patrie.

Les lettrés néo-confucianistes tels que Phan Chu Trinh et Phan Bôi Châu s’étaient tournés vers les idées de liberté et de démocratie bourgeoises de l’Occident, idées acquises à travers les traductions chinoises d’œuvres philosophiques françaises du XVIIIe siècle.

Issu d’une famille de mandarin déchu, Tản Ðà reçut une éducation traditionnelle basée sur les humanités confucéennes. Il échoua deux fois aux anciens concours triennaux adoptant comme véhicule les idéogrammes chinois hán. Le dernier concours eut lieu en 1918, mais depuis le début du siècle, l’administration française avait développé un enseignement basé sur le français et le quôc ngu, écriture vietnamienne romanisée employée dans la vie publique et tous les domaines culturels.

À 24 ans, Tản Ðà mit fin à ses études de chinois classique pour vivre - fait assez rare à l’époque - de sa plume comme journaliste, poète et nouvelliste. Et c’est ainsi qu’il eut l’occasion d’écrire ce poème sur Rousseau en tant que néo-confucianiste dont l’idéologie était un pont entre l’ancien ordre féodal et la pensée de la petite et moyenne bourgeoisie citadine.

Dans le poème, Tản Ðà a identifié Rousseau à la chose publique et au modèle de vertu : "Les affaires humaines le préoccupaient, que lui importait ce qu’on disait de lui".

Il n’a connu de Rousseau que le Contrat social lu à travers la traduction chinoise. Son admiration pour cette œuvre marquait une rupture avec la conception confucéenne où le sujet devait une fidélité absolue à son souverain, véritable délégué sur terre de l’Empereur du Ciel.

Mais pourquoi parler politique à propos de Tản Ðà? Si sa poésie a trouvé à son époque un si grand écho, c’est avant tout parce qu’elle est une voix qui sut mêler des accents patriotiques au spleen et au besoin d’évasion de certaines couches sociales des premières décennies du siècle. Une voix qui savait valoriser la musicalité de la langue et du distique 6+8 pieds essentiellement vietnamienne pour refléter à la fois la tradition et la modernité.

Huu Ngoc/CVN
(Février 2006)
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