23/02/2019 17:46
Plus de 40 camions transportant des hommes, mais surtout des femmes et des enfants, ont quitté l'ultime réduit du groupe État islamique (EI) dans l'Est syrien, sous la supervision des forces arabo-kurdes qui espèrent proclamer bientôt leur victoire contre les jihadistes acculés.

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Des enfants à bord d'un camion fuient la dernière poche du groupe État islamique à Baghouz, dans l'Est de la Syrie, le 20 février.
Photo: AFP/VNA/CVN


Sur une position des Forces démocratiques syriennes (FDS), près de Baghouz, une équipe de l'AFP a vu passer vendredi 22 février le convoi à sa sortie de ce village, où l'EI est retranché dans une poche d'un demi-kilomètre carré.

À bord des véhicules se trouvent des femmes en niqab noir et des enfants aux vêtements couverts de poussière qui dévorent parfois un bout de pain. Le vent fait voler les cheveux des fillettes, et soulève un pan de niqab, dévoilant une robe bleue.

Des hommes ont le visage dissimulé par une écharpe, d'autres cachent leurs traits avec leurs mains devant les caméras des journalistes. Interrogé sur la situation dans la poche jihadiste, l'un d'eux lâche un laconique "pas bien".


À Baghouz, les combattants de l'EI ne tiennent plus que quelques pâtés de maisons, où ils sont retranchés dans des tunnels, au milieu d'un océan de mines.

Mais des civils y sont toujours présents, principalement des femmes et des enfants de jihadistes, que les combattants kurdes et arabes des FDS, soutenus par la coalition internationale emmenée par Washington, cherchent à faire sortir.

Adnane Afrine, un porte-parole des FDS, estime à plus de 2.000 le nombre de personnes encore dans le réduit, sans préciser la proportion de civils.

"Nous attendons la fin des évacuations de civils pour donner l'assaut", a indiqué un autre porte-parole des FDS, Mustafa Bali.

 

"Affamés et déshydratés" 

Photo prise le 22 février 2019 près de Baghouz, dans l'Est de la Syrie, montrant des hommes ayant quitté le dernier réduit du groupe État islamique (EI) et qui sont soupçonnés d'être des jihadistes. Photo: AFP/VNA/CVN 

Après une montée en puissance fulgurante en 2014, et la proclamation d'un "califat" sur les régions et les grandes villes conquises en Syrie et en Irak, l'EI a vu son territoire se réduire comme peau de chagrin.
 
À terme, les jihadistes et leurs proches qui refuseraient d'être évacués auront pour seul choix "la guerre ou la capitulation", a souligné M. Afrine.
 
Mercredi déjà, près de 3.000 personnes étaient sorties de la poche de l'EI. Elles ont été transportées vers une zone où les FDS les soumettent à des fouilles et des interrogatoires poussés, afin d'identifier les jihadistes potentiels.
 
La "majorité" de ces personnes étaient des étrangers, a souligné M. Bali. 
 
Depuis début décembre, près de 44.000 personnes, principalement des familles de jihadistes, ont fui le secteur, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).
 
"Plusieurs Françaises", mais aussi des femmes venues d'Australie, d'Allemagne et de Russie, se trouvent parmi ceux qui sortent, a confirmé David Eubank, le chef de l'ONG américaine Free Burma Rangers qui leur apporte premiers soins et nourriture.
 
La question des étrangers de l'EI est un casse-tête tant pour les autorités semi-autonomes kurdes, qui réclament leur rapatriement, que pour les Occidentaux, qui rechignent globalement à les reprendre.
 
Deux cas emblématiques illustrent la complexité du dossier: Hoda Muthana, dont la nationalité américaine est contestée par les États-Unis, et Shamima Begum, déchue de sa nationalité britannique par Londres.
 
De son côté, l'ONG Human Rights Watch (HRW) a appelé à protéger les civils ayant quitté le réduit jihadiste.
 
Citant des témoignages, HRW évoque des conditions de vie "terribles" ces derniers mois dans ce secteur, "un manque de nourriture et d'aide obligeant (les habitants) à manger de l'herbe et des feuilles pour survivre".
 
Une fois sortis de Baghouz, les civils, dont les femmes et les enfants de jihadistes, sont conduits vers des camps de déplacés dans le Nord-Est du pays. Ils arrivent "affamés", "déshydratés" et "nombre d'entre eux attendent des soins médicaux urgents", selon le Comité international de secours (IRC).
 
Le nombre de personnes, principalement des jeunes enfants, décédées en route ou peu après leur arrivée dans le camp d'Al-Hol s'élève à 69, précise l'ONG. Les deux-tiers sont des enfants de moins d'un an, dont un bébé décédé vendredi  22 février durant le trajet de six heures.
 
Troupes américaines 

Photo prise le 22 février 2019 près de la ville de Baghouz, dans l'Est de la Syrie, montrant un convoi de camions transportant des gens ayant fui le dernier réduit du groupe État islamique (EI). Photo: AFP/VNA/CVN

Déclenchée en 2011, le conflit en Syrie s'est transformé en guerre complexe qui a fait plus de 360.000 morts.
 
Si l'EI est sur le point de perdre son ultime bastion syrien, ses jihadistes sont disséminés dans le désert central de la Badiya et mènent des attaques dans les régions des FDS.
 
Avec la fin du "califat", se profile à l'horizon un désengagement des quelque 2.000 soldats américains déployés en Syrie pour épauler les FDS contre les jihadistes.
 
Ce retrait annoncé par M. Trump affaiblirait les forces kurdes, menacées par une offensive du voisin turc.
 
Mais Washington a annoncé jeudi 21 février le maintien "pour un certain temps" de 200 soldats, "un petit groupe de maintien de la paix", a expliqué la porte-parole de l'exécutif américain, Sarah Sanders.
 
Le président Donald Trump a assuré vendredi 22 février que cette décision ne signifiait pas qu'il changeait d'avis. "Je ne fais pas machine arrière", a-t-il affirmé à des journalistes.
 
Un porte-parole du Pentagone, le lieutenant-colonel Sean Robertson, a expliqué qu'il s'agira d'une "force multinationale d'observation et de surveillance", qui sera principalement constituée de troupes alliées et qui sera déployée dans une "zone de sécurité" dans le Nord-Est de la Syrie. Les autorités kurdes ont salué cette décision.
 
AFP/VNA/CVN
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