15/10/2017 16:25
Depuis le 15 décembre 2007, le casque fait partie du paysage motocycliste vietnamien. À tel point que l’on en aurait parfois ras le casque.
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Le port du casque est obligatoire au Vietnam, enfants inclus. Photo : CTV/CVN

À vivre plusieurs heures par jour en symbiose avec la boîte crânienne, le casque a absorbé les neurones de son hôte humain. Il a progressivement acquis des capacités intellectuelles qui l’ont fait monter de plusieurs échelons sur l’échelle de l’évolution. Et, on ne devrait plus parler de casque mais de casquoïde, hybride entre l’objet et l’être humain. D’ailleurs, à y regarder de plus près, sa part d’humanité prend de plus en plus le dessus : il y a des signes qui ne trompent pas. Mais, je préviens les âmes sensibles. Après en avoir pris connaissance, pour vous, plus rien ne sera comme avant : vous saurez !

Casque bas

Le casque est capable d’adaptation. Ce premier signe saute aux yeux quand on se promène dans les rues. Alors que sa forme initiale était ovoïde ou sphérique, peu à peu le casque a pris la forme de chapeau, casquette, à grands et à petits bords. Bref, de protège-tête, il est devenu couvre-chef. Il a su s’adapter aux goûts des élégantes en se dotant de bordures froufroutantes qui volètent gracieusement au-dessus des encombrements urbains ou dans le vent des rizières.

Il s’est paré de toutes les couleurs et impressions possibles : fruit, fleurs, motifs géométriques ou ésotériques, il a pris aux tissus et aux papiers peints leurs ornements pour se donner un air de gaieté surannée. Il a allongé sa visière pare-soleil pour ressembler à une casquette de golf, et il est même allé chercher dans le sport des sources d’inspiration en se transformant en bombe d’équitation.

Sur ce dernier point, il montre bien un signe d’intelligence en pratiquant l’analogie, entre monter à cheval et chevaucher une moto. Et, de plus, l’analogie est judicieuse car quand on voit la façon de conduire de certains motocyclistes, on ne peut que la comparer à la course d’obstacle en équitation. Mais attention, cette adaptation du casque n’est pas sans risque et déjà on observe quelques dégâts collatéraux. Ainsi, l’autre jour, comme j’avais oublié mon casque, un ami me prête obligeamment le sien qui ressemblait à s’y méprendre à une casquette.

En arrivant chez moi, comme d’habitude, le chien du voisin, un petit roquet de quelques centimètres de long et court sur pattes (le chien, pas le voisin), exprime sa joie, enfin je le suppose, en aboyant de toute la force que lui donne son étonnante capacité thoracique comparée à son physique.

Un casque peut se parer de toutes les couleurs : rouge, rose, bleue et d’impressions possibles : fruit, fleurs, personnage de BD, etc.
Photo : CTV/CVN

Et, c’est généralement le signal d’un jeu entre lui et moi : il aboie, je lui donne de petits coups de casquette ; il aboie encore plus, je lui donne des coups un peu plus forts jusqu’au moment où mordillant la casquette, il affirme sa supériorité sur l’être humain, et condescend à me laisser le passage.

Donc, ce jour-là, comme d’habitude, il aboie, et comme d’habitude, je me saisis de la casquette que j’ai sur le crâne pour lui en donner de petits coups sur le sien. Seulement là, contrairement à l’habitude, il a subitement cessé d’aboyer pour glapir de douleur et rentrer chez lui en titubant. Fort de cette expérience, j’alerte d’ailleurs les pouvoirs publics : attention aux manifestations de joie dans les foules, lorsque les spectateurs lancent leurs chapeaux en l’air pour exprimer leur allégresse. Comme le casque sert aussi de coiffure quand on est à pied, la chute de certains d’entre eux à bords froufroutants risque de transformer les hourras en cris de douleurs. L’adaptation du casque de moto est sournoise.

Protection aléatoire

Prudent, le casque l’est devenu autant qu’intelligent. En effet, et c’est sans doute le plus remarquable, le casque de moto accepte volontiers de vivre avec l’être humain, mais à une condition que celui-ci possède lui-même un minimum de capacités intellectuelles. Démonstration !

Comme je vous l’ai dit au début de cette tranche de vie, le casque est un vampire qui se nourrit des neurones du cerveau humain pour acquérir une intelligence supérieure. Je rappelle ici que les neurones sont des cellules cérébrales qui, connectées entre elles, permettent de traiter les informations, et plus largement, sont à la source des capacités intellectuelles telles que l’attention, la réflexion, le raisonnement, la créativité, etc.

Bref, toutes manifestations de l’intelligence humaine. Plus le cerveau de l’hôte contient de neurones, plus le casque peut en absorber, donc plus intelligent il peut devenir, tout en en laissant suffisamment à son hôte pour que celui-ci ne devienne pas un zombie.

Normalement, il n’y devrait pas y avoir de soucis, puisque nous possédons de 10 à 30 milliards de ces petites cellules. Seulement voilà, certains d’entre nous n’ont pas la chance d’avoir une telle dotation, et le casque ne s’y trompe pas. S’il constate que son propriétaire ne dispose pas de neurones en nombre suffisant, donc s’il considère que celui-ci est d’une intelligence limitée, il juge qu’il ne pourra pas en absorber suffisamment pour améliorer son intelligence, et, il le quitte.

Le port du casque est bien respecté au Vietnam même dans les régions montagneuses. Photo : Huong Giang/CVN

Et mieux que n’importe quel test psychotechnique, en manifestant ce sens critique, le casque fait apparaître au grand jour le niveau intellectuel des individus. Au début, le casque ne savait pas et il était sur toutes les têtes. Aujourd’hui, il sait et il choisit les têtes intelligentes, délaissant celles qui oscillent entre insuffisance intellectuelle légère et inconscience totale.

Ce qui est dommage, c’est que le casque ne fait pas la différence entre ce qui est de l’ordre de la pathologie et ce qui est de l’ordre du développement normal de l’être humain. En effet, nous savons aujourd’hui que l’adolescence se caractérise par une absence de connexions neuronales frontales qui diminuent les capacités de raisonnement (c’est en fait plus compliqué que cela, mais restons simple).

Or, le casque de moto, suivant l’implacable logique mathématique du «pas assez de neurones, pas de casque», s’il abandonne avec juste raison certaines têtes qui n’ont de mature que l’aspect extérieur, délaisse volontiers les têtes adolescentes, alors qu’il devrait justement y être fidèles pour mieux les protéger et leur permettre de développer en toute sécurité ces ultimes connexions neuronales, qui leur permettront de devenir des adultes conscients.

Hélas, je ne peux pas demander au casque de moto d’être totalement intelligent. Mais, je peux lui demander de protéger mon intelligence.

Gérard Bonnafont/CVN
 
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