29/10/2017 20:40
Photos de taches de sang sur Instagram, applications pour suivre son cycle menstruel en ligne et peut-être un jour, un émoji : sur le web, les règles ne se cachent plus, participant à un mouvement plus vaste pour briser un tabou encore très vivace.
L'ONG Plan International, a lancé un concours au printemps pour désigner le pictogramme représentant au mieux les menstruations.
Photo : AFP/VNA/CVN

"La conversation doit être ouverte : en Inde et en Afrique australe, le sujet est tabou, avec comme conséquences des absences à l'école en période de règles", explique Yvan Savy de l'ONG Plan International, à l'origine d'un concours au printemps pour désigner le pictogramme représentant au mieux les menstruations.

Quelque 50.000 votes plus tard, le choix s'est porté sur une culotte et deux gouttes de sang. La proposition n'a pour l'instant pas été retenue par Unicode, qui décide des émojis présents dans nos téléphones.

"Ce qu'on souhaitait, c'était ouvrir le débat" et rappeler que "ce n'est pas un sujet qui doit être caché", souligne l'ONG qui a pour mission de développer l'accès aux toilettes séparées dans les écoles et à des produits d'hygiène non polluants dans les régions les plus pauvres.

Dans les pays développés, la situation est moins dramatique mais le tabou reste fort, a constaté Jack Parker, auteure d'un blog depuis 2015 puis d'un livre sur le sujet ("Le grand mystère des règles"). Les règles, c'est "un double tabou qui touche à la santé des femmes et à la question de la douleur", souligne la jeune femme, rappelant que l'endométriose, une maladie gynécologique douloureuse et cause parfois d'infertilité, prend des années à être diagnostiquée.

Mais sur la toile, les choses bougent, souligne-t-elle, grâce à des bandes dessinées en ligne (webcomics), des vidéos de YouTubeurs comme la Française Natoo (15 millions de vues), des comptes Instagram représentant du sang menstruel comme la photo de la Canadienne Rupi Kaur (1,7 million d'abonnés), allongée de dos, avec son jogging tâché de sang.

Censuré deux fois par le réseau social, le cliché a fait le tour de la planète. "Je ne vais pas m'excuser de déplaire (...) à une société misogyne qui tolère de voir mon corps en sous-vêtements mais n'est pas d'accord pour montrer une fuite", avait répliqué la jeune poète.

Activisme menstruel

Pour Christina Bobel, spécialiste des études féminines à Boston et présidente de la "Society for Menstrual Cycle Research" (un réseau de chercheurs et activistes créé en 1977, ndlr), les réseaux sociaux ont l'avantage d'être ouverts à tous, pas seulement aux professionnels, et participent clairement à l'émergence d'un "activisme menstruel".

"Les règles étant par essence cachées, quand on voit une tâche sur Instagram ou qu'on lit comment une femme sans-abri fabrique ses protections périodiques avec ce qu'elle a sous la main, cela perturbe la culture du secret", explique-t-elle. "Il faut rendre les règles visibles", insiste l'universitaire.

Un message que commence à entendre les industriels: la marque britannique de serviettes hygiéniques Bodyform vient de lancer une publicité avec du liquide rouge sang, et non plus bleu.

Bien que symbolique, ce choix témoigne d'une plus grande mobilisation des femmes pour faire évoluer la situation: baisse de la TVA sur les protections dans plusieurs pays dont la France, pression pour que les fabricants publient la composition des tampons, débat sur le congé menstruel (autorisé dans certains pays d'Asie).

Dans le sport, les règles ne sont plus tues, comme le prouve le magazine  L'Équipe avec un dossier en couverture en février, illustré par une culotte tachée. La libération de la parole se fait aussi avec les applications de suivi de cycle utilisées par plusieurs millions de femmes, comme Flo, Clue ou Glow.

Sur ces applications, qui font tiquer les garants de la protection des données personnelles, les femmes indiquent leur poids, heures de sommeil et parfois même leur humeur pour déterminer leur période d'ovulation ou la date de leurs règles.
 
AFP/VNA/CVN
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