18/04/2021 16:55
Joe Biden va devoir montrer son sérieux et son engagement dans la lutte contre le réchauffement climatique lors d'un sommet qui doit illustrer le retour des États-Unis dans cette grande cause environnementale, a estimé le Premier ministre canadien Justin Trudeau.
>>Le défi du changement climatique ne peut être abordé que par la coopération internationale
>>Climat : les États-Unis officiellement de retour dans l'Accord de Paris

Le Premier ministre canadien Justin Trudeau lors d'une conférence de presse à Ottawa, au Canada.
Photo : AFP/VNA/CVN

En rejoignant l'Accord de Paris de 2015 sur le climat dès son arrivée à la Maison Blanche, quatre ans après le départ fracassant des États-Unis sous Donald Trump, le président Biden a marqué les esprits et soulevé de grands espoirs.

Le sommet international des 22 et 23 avril est le premier rendez-vous d'ampleur sur la question climatique pour la présidence Biden.

"L'engagement montré par les États-Unis après des années loin de la table des négociations sur le climat est quelque chose qu'effectivement les gens vont regarder de près (lors du sommet), pour s'assurer qu'ils sont sérieux, qu'ils sont engagés", souligne le Premier ministre canadien lors d'un entretien virtuel accordé vendredi 16 avril.

Un autre géant économique, premier émetteur mondial de gaz à effet de serre en valeur absolue, sera également l'objet de toutes les attentions : la Chine.

Les États-Unis et la Chine ont annoncé qu'ils "s'engagent à coopérer" sur le dossier du changement climatique, dans un communiqué conjoint signé à Shanghai par John Kerry, l'émissaire américain pour le climat, et par son homologue chinois Xie Zhenhua.

Depuis l'arrestation fin 2018 de la directrice financière de Huawei par le Canada, à la demande des États-Unis, suivie quelques jours plus tard par l'arrestation en Chine de deux ressortissants canadiens accusés puis jugés pour espionnage, les relations diplomatiques entre Pékin et Ottawa sont au plus bas.

Mais en matière d'environnement, M. Trudeau prévient ses homologues occidentaux : les Chinois "prennent au sérieux la nécessité de réduire la pollution". Et pas seulement pour leur image dans le monde.

"Ils investissent massivement dans l'innovation, que ce soit l'énergie solaire, les véhicules électriques, la technologie des batteries", détaille-t-il.

Vendredi 16 avril, lors d'une visioconférence avec le président français Emmanuel Macron et la chancelière allemande Angela Merkel, le président chinois Xi Jinping a une nouvelle fois promis de parvenir d'ici 2060 à la "neutralité carbone".

"Nous savons qu'ils prennent très au sérieux les opportunités économiques liées à la réduction des émissions et à la lutte contre la pollution", insiste M. Trudeau, qui appelle les pays développés à ne pas se laisser distancer.

"Créer un élan" face à la Chine

"En tant que pays qui prend lui aussi au sérieux ses responsabilités envers la nature et les générations futures, je ne laisserai pas la Chine monopoliser les innovations et la croissance économique qui vient avec une politique plus verte", prévient M. Trudeau.

"Il y a des tas de domaines sur lesquels nous sommes en désaccord avec la Chine, mais si nous pouvons tous créer un élan similaire sur une question qui touche chaque recoin de la planète, alors je pense que c'est une bonne chose", ajoute-t-il.

Le gouvernement libéral de Justin Trudeau dévoilera lundi 19 avril son premier budget en deux ans : il devrait notamment prévoir des investissements dans des projets d'énergie "propre" pour relancer une économie laminée par la crise du coronavirus.

La pandémie a obligé gouvernements et citoyens à s'adapter, note-t-il. Ottawa a débloqué des centaines de millions de dollars d'aides en tout genre pour les Canadiens qui, de leur côté, se sont par exemple convertis en masse au télétravail.

"Si on a pu le faire pour la crise de la pandémie, il va falloir évidemment qu'on sache qu'on est capable de le faire pour cette crise environnementale", plaide-t-il.

Dans le cadre de l'Accord de Paris sur le climat, le Canada s'est engagé à réduire de 30% d'ici 2030 ses émissions de gaz à effet de serre par rapport à leur niveau de 2005.

Clé de voûte de la stratégie canadienne pour financer la transition écologique, une taxe carbone a été introduite en 2019 par le gouvernement Trudeau, et immédiatement attaquée notamment par les provinces pétrolières de l'Ouest du pays.

Initialement de 20 dollars (13 euros) par tonne de dioxyde de carbone (le principal gaz à effet de serre) émis par les carburants et produits pétroliers, cette taxe doit passer à 50 dollars en 2022 et devrait atteindre 170 dollars par tonne d'ici 2030.

La taxe carbone, une panacée ? 

Une colonne de fumée s'évacue d'une raffinerie au Canada.
Photo : AFP/VNA/CVN

M. Trudeau, lui, avait fait de la taxe carbone son cheval de bataille lors des élections qui l'ont reconduit au pouvoir fin 2019, à la tête d'un gouvernement minoritaire. Quatre ans plus tôt, il avait renversé les conservateurs et obtenu un mandat majoritaire en faisant campagne sur l'environnement.

"Quand j'ai eu des conversations après nos dernières élections avec mes homologues à travers le monde, ils étaient tous très intéressés par le fait que non seulement j'avais imposé, j'avais amené une taxe carbone, un prix sur la pollution, mais que j'ai gagné des élections avec ça au cœur de notre campagne", se souvient-il.

Des élections législatives anticipées sont attendues au Canada dans les prochains mois.

"Quand il y aura des élections, (la taxe carbone) fera partie de notre plan ambitieux", au côté d'autres mesures comme "des investissements dans les nouvelles technologies" ou des aides aux ménages canadiens, assure M. Trudeau.

"Ça fait longtemps que les économistes nous disent qu'un mécanisme basé sur le marché comme un prix sur la pollution, c'est une façon très efficace de réduire les émissions mais ce n'est pas la seule façon", reconnaît-il. "Chaque pays a ses propres défis, son propre contexte. Pour nous, le prix sur la pollution, c'était tout à fait la bonne chose à faire. Pour d'autres pays, c'est peut-être plus de règlements, c'est plus d'investissements".

Le sommet entre 22 et 23 avril sera pour M. Trudeau l'occasion de plaider que la lutte contre le changement climatique n'est pas seulement un "impératif moral", mais aussi "une immense opportunité économique, des emplois et de la croissance".

"J'ai hâte de continuer d'avoir des conversations avec le président Biden, avec les dirigeants européens et ceux à travers le monde pour souligner que plus on sera ambitieux dans l'idée de mettre un prix sur la pollution, mieux on va pouvoir générer de la croissance et de la richesse et des emplois pour nos citoyens", conclut-il.
 
AFP/VNA/CVN
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