16/08/2020 08:51
Créer à 21 ans sa compagnie Sapa O’Chau. Figurer à 30 ans dans la liste des 30 jeunes entrepreneurs exemplaires du Vietnam. Tân Thi Shu est digne du titre d’"entrepreneuse inspirant la passion des études aux jeunes d’ethnies minoritaires", décerné par le magazine Forbes.
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Tân Thi Shu. Photo : GĐXH/CVN
À la différence de l’ambiance animée de la ville touristique de Sa Pa, province septentrionale de Lào Cai, l’hôtel Sapa O’Chau, qui fait face à un grand lac au pied de la montagne Lô Suôi Tung, respire la tranquillité. C’est le week-end ! Tân Thi Shu, patronne de la compagnie Sapa O’Chau qu’elle a créée en 2007, s’affaire autour des touristes venus réserver une chambre d’hôtel ou rechercher un circuit. Cette jeune femme d’ethnie H’Mông transmet aussi ses expériences professionnelles à de jeunes stagiaires. Des centaines d’enfants et de jeunes d’ethnies minoritaires ont bénéficié d’une aide de la dynamique entrepreneuse, pour pouvoir aller à l’école ou apprendre un métier. 
      
La pauvreté n’est pas une fatalité

En regardant l’allure agile et la mine accueillante de cette jeune entrepreneuse, ainsi que sa manière de diriger sa compagnie de façon professionnelle, personne ne peut imaginer qu’elle a connu une enfance très difficile. Née en 1986 dans le village de Lao Chai, district de Sa Pa, dans une famille H’mông très pauvre et nombreuse, la petite Shu dut abandonner ses études à l’âge de 8 ans, pour aller vendre à Sa Pa des souvenirs aux touristes. Elle devint alors le pilier de sa famille, aidant à nourrir ses jeunes frères et sœurs.

"Chaque matin, une grande hotte sur les épaules, je marchais deux heures sur des sentiers raboteux pour descendre au marché de Sa Pa. Les premiers temps, ne maîtrisant ni l’anglais ni même le vietnamien, j’avais du mal à écouler mes articles. Parfois, j’étais à jeun toute la journée et passais la nuit dans un coin du marché", se rappelle la patronne de Sapa O’Chau.

C’est de cette situation misérable qu’elle s’est forgé un mental d’acier et a nourri une grande ambition. "On travaillait, travaillait beaucoup. Mais pourquoi la pauvreté poursuivait-elle toujours ma famille ? Que fallait-il donc faire pour sortir de la misère ? Cette question ne cessait de me tourmenter", confie-t-elle. Animée par le rêve de faire du tourisme, Shu se mit tout d’abord à apprendre l’anglais auprès de clients étrangers. Puis, elle se porta volontaire pour être serveuse dans des restaurants afin de contacter autant que possible des anglophones.

Tân Thi Shu figure à 30 ans dans la liste des 30 jeunes entrepreneurs exemplaires du Vietnam. 
Photo : GĐXH/CVN

À 15 ans, Tân Thi Shu fut en capacité de pratiquer un nouveau métier : guide touristique. Et de partir avec des touristes étrangers à travers des montagnes et des villages d’ethnies minoritaires. L’occasion pour elle de présenter, avec un anglais courant bien sûr, les us et coutumes de ces montagnards qu’elle connait si bien. Jour après jour, la petite guide autodidacte H’Mông parvint à gagner la sympathie et l’admiration des visiteurs. Enthousiasmée, Tân Thi Shu nourrit l’ambition d’établir un réseau de guides locaux, à l’intention de ses camarades déshérités.

Une entreprise à vocation sociale

La compagnie de Sapa O’Chau vit le jour en 2007, devenant la première compagnie touristique créée et dirigée par une jeune femme H’mông. Tân Thi Shu devient même la première entrepreneuse d’ethnie minoritaire à Sa Pa. Une fierté. Questionnée sur le nom de sa compagnie et aussi de l’hôtel, Shu répond avec un sourire : "En langue H’Mông, O’Chau signifie merci. Le nom +Merci Sa Pa+ veut exprimer mes sentiments intimes et ma reconnaissance envers ma terre natale et aussi ma gratitude envers les visiteurs logeant au Sapa O’Chau". 

Au Sapa O’Châu, on suit un modèle de tourisme communautaire un peu spécial. "Il s’agit d’un nouveau modèle où les touristes étrangers logeant à notre hôtel sont appelés à participer aux cours d’anglais gratuits au profit des enfants locaux", explique Shu. Et de rappeler le projet "Rehausser la capacité de gestion d’affaires chez les entreprises privées" qu’elle a trouvé sur l’Internet. "J’ai eu de la chance d’être admise à suivre neuf cours organisés dans le cadre du projet. Après, j’ai réussi à appliquer mes connaissances dans le développement de mon entreprise. Et avec trois autres entreprises privées, j’ai pu bénéficier d’un budget d’assistance", éclaire-t-elle avec un brin d’orgueil.

Une classe d’anglais organisée par le Sapa O’Chau de Tân Thi Shu.
Photo :  VNE/CVN

L’un des objectifs du Sapa O’Chau est de mettre le pied à l’étrier à de jeunes d’ethnies minoritaires afin de les orienter vers un bel avenir. “Ils évoquent l’image de mon enfance défavorisée, je veux les aider à s’en sortir”, explique Shu. Trois ans après la création de sa compagnie, Tân Thi Shu a ouvert les premiers cours gratuits. Les enfants se voient en plus fournir un logement et de la nourriture. Les enseignants sont des volontaires, soit locaux, soit étrangers. Jusqu’ici, plus de 400 enfants ont bénéficié de ce soutien. Parmi eux, une trentaine a même obtenu un diplôme universitaire, de nombreux autres, un certificat du centre de formation professionnelle. Actuellement, une centaine d’élèves sont formés au Sapa O’Chau, spécialisation tourisme et hôtellerie.  
    
"Grâce à l’aide de la grande sœur Shu, j’ai pu suivre une formation professionnelle. Ici, j’ai appris l’anglais et les matières relatives au tourisme et à l’hôtellerie. La formation terminée, j’ai été admise en tant que stagiaire à l’hôtel. Je veux exprimer un grand merci à Shu qui a titillé ma passion pour les études, me permettant d’avoir un avenir prometteur", confie Bich Ngoc, stagiaire d’ethnie Day, qui souhaite devenir guide touristique.

Parallèlement au fonctionnement de l’hôtel et au suivi des jeunes défavorisés, la jeune patronne du Sapa O’Chau a achevé ses études d’enseignement général. Après le baccalauréat en 2016, Shu s’est inscrite à l’Université nationale d’économie, pour des cours à distance. L’avenir s’annonce pour elle prometteur. "Aider les jeunes pauvres à réaliser leurs rêves, c’est ce qui me rend heureuse", conclut-elle. 
NGHIA ĐÀN/CVN 

                                 

                                            
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