06/12/2019 17:24
Les îles Samoa étaient claquemurées pour la deuxième journée d'affilée vendredi 6 décembre pour mener à bien une campagne sans précédent de vaccination durant deux jours afin de tenter de juguler une épidémie de rougeole qui a déjà fauché 63 personnes, dont des dizaines d'enfants.

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Une infirmière prépare un vaccin contre la rougeole, le 2 décembre à Le'auva"a, aux Samoa. Photo : AFP/VNA/CVN


Les autorités de cet archipel du Pacifique sud (200.000 habitants) ont averti qu'elles ne tolèreraient aucune désinformation de la part de mouvements anti-vaccins. Elles ont annoncé l'arrestation d'un militant connu et particulièrement virulent qui s'était opposé à la campagne massive de vaccination.

Le représentant régional de l'Unicef dans le Pacifique, Sheldon Yett, a également appelé les réseaux sociaux à la responsabilité pour sévir contre la prolifération de messages anti-vaccin.

Les îles Samoa ont ordonné la fermeture jeudi 5 décembre et vendredi 6 décembre de tous les commerces et services gouvernementaux non essentiels, coupé la liaison inter-îles par ferry et demandé aux véhicules privés de ne pas circuler.

Des équipes de vaccination se sont déployées pour faire du porte-à-porte. Les personnes non-vaccinées contre la rougeole doivent afficher un drapeau ou une étoffe rouge devant leur domicile pour aider les équipes à les repérer.

Le nombre des décès dus à la rougeole depuis mi-octobre atteignait vendredi 6 décembre 63, dont 55 d'enfants de quatre ans ou moins. Les enfants sont aussi majoritaires parmi les 4.357 cas de contamination recensés. Vingt enfants sont hospitalisés dans un état critique.

"Le pays entier se fait vacciner" 

"J'avais déjà vu des campagnes de mobilisation massives, mais jamais à travers tout un pays comme ça", a confié Sheldon Yett. "Le pays entier est en train de se faire vacciner".

Le taux de vaccination, qui était de 30% de la population avant le début de l'épidémie. Il est remonté à 55% avec une campagne de vaccination commencée il ya 15 jours auprès des enfants.

 

L'intensification et l'élargissement à toute la population de la campagne jeudi 5 décembre et vendredi 6 décembre, en vertu de l'état d'urgence décrété le mois dernier, est censée porter ce taux à plus de 90% et faire refluer l'épidémie, selon M. Yett.

Dans la capitale Apia, les rues étaient quasiment désertes et les marchés du front de mer, habituellement assaillis par les touristes, vides et silencieux.

"C'est très calme ici. On entend seulement quelques chiens aboyer. Les rues sont vides. Il n'y a pas de voitures. Les gens restent chez eux et attendent la campagne de vaccination", a-t-il noté.

L'Organisation mondiale de la santé (OMS) a incriminé des campagnes anti-vaccins dans la chute de la couverture vaccinale aux Samoa avant l'épidémie.

La mort l'an dernier de deux bébés après un vaccin anti-rougeole a ébranlé la confiance des parents et stoppé durant huit mois le programme national de vaccination. Une enquête a ensuite innocenté le vaccin et démontré une erreur: le vaccin n'était pas en cause mais avait été administré mélangé avec des produits anesthésiants au lieu d'eau.

Un impact "dévastateur" 

Mais les anti-vaccins ont sauté sur l'occasion. Selon M. Yett, leurs campagnes sont souvent menées depuis des pays riches comme les 
États-Unis ou l'Australie sans conscience de leur impact sur des pays pauvres. "C'est dévastateur, cela peut condamner à mort un enfant ici où le taux de vaccination est faible et où s'ajoutent d'autres problèmes de santé".

"Nous avons eu des enfants qui sont décédés après leur arrivée à l'hôpital, en dernier recours. Nous avons découvert que le message anti-vaccin avait été transmis à leurs familles, qui avaient ensuite gardé ces enfants à la maison", a abondé le ministre de la Communication de l'archipel, Afamasaga Rico Tupai.

"Les anti-vaccins malheureusement nous ralentissent", a asséné le ministre à la télévision néo-zélandaise TVNZ.

Et de lancer : "Ne vous mettez pas en travers du chemin, ne contribuez pas au nombre de décès", à l'attention des militants anti-vaccins, dont l'un d'entre eux, Edwin Tamasese, a été arrêté jeudi soir 5 décembre. Il avait apostrophé la campagne de vaccination sur les réseaux sociaux : "profitez bien de votre orgie de meurtres", avait-il écrit.

"Nous conseillerons à la police d'agir quand nous n'aurons pas le choix", a également averti le procureur général de l'archipel Lemalu Hermann Retzlaff dans un communiqué.

La semaine dernière, un blogueur a comparé depuis l'Australie la vaccination obligatoire à Samoa à des pratiques nazies. D'autres ont préconisé des remèdes alternatifs à l'efficacité non prouvée.

Si la priorité est de maîtriser l'épidémie, une discussion va s'imposer avec les géants d'internet comme Facebook, Twitter et Instagram utilisés par les anti-vaccins, a insisté M. Yett.

"Il est très clair qu'ils doivent exercer une responsabilité d'entreprise pour intervenir et faire en sorte que les populations, particulièrement les plus vulnérables, obtiennent une information correcte qui contribuera à garder les enfants en vie", estime-t-il.

Les Samoa ont reçu l'aide de l'ONU et de plusieurs pays (Australie, Nouvelle-Zélande, France, Grande-Bretagne, Chine, Norvège, Japon, 
États-Unis...). Mais il faut 10 à 14 jours avant que le vaccin soit efficace.

Selon les estimations de l'OMS, la vaccination a sauvé la vie de 21 millions d'enfants sur les vingt dernières années.

Dans les archipels voisins de Tonga et Fidji, où la couverture vaccinale approche 90%, des épidémies de rougeole se sont aussi déclarées mais sans faire de victimes.


AFP/VNA/CVN

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