19/11/2019 17:49
Le déficit du système de retraite devrait s'établir entre 7,9 milliards et 17,2 milliards d'euros en 2025, selon le rapport du conseil d'orientation commandé pour justifier d'éventuelles mesures d'économies avant l'instauration d'un régime "universel", sujet explosif à l'approche de la grève du 5 décembre.

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Le déficit du système de retraite devrait s'établir entre 7,9 milliards et 17,2 milliards d'euros en 2025, selon le rapport du conseil d'orientation. 
Photo : VNA/CVN


Compris "entre -0,3% et -0,7% du PIB", le "solde financier du système" serait ainsi dans un ordre de grandeur proche de la prévision évoquée en juin dans le rapport annuel du COR (Conseil d'orientation des retraites), qui tablait alors sur un déficit d'environ 10 milliards d'euros (0,4% du PIB) en 2022, selon le document qui doit être remis jeudi 21 novembre à Matignon et qu'a pu consulter l'AFP lundi 18 novembre.

Les "légers écarts" constatés entre juin et novembre "s'expliquent" par la prise en compte de la "sous-indexation des pensions au-delà de 2.000 euros en 2020", des "hypothèses d'inflation plus faibles à l'horizon 2023" et de la révision à la baisse par le gouvernement de l'objectif de suppressions de postes dans la fonction publique.

Instance indépendante composée de parlementaires, de partenaires sociaux, de représentants des retraités et des familles, de membres de l'administration et d'experts, le COR a été saisi en septembre par le gouvernement en amont d'un nouveau cycle de concertations sur le futur "système universel" de retraites censé remplacer les 42 régimes existants.

Il s'agissait alors, selon le Premier ministre Édouard Philippe, d'évaluer "la situation financière" du système actuel et de proposer des mesures "pour en garantir l'équilibre en 2025", comme le souhaite Emmanuel Macron, au grand dam des syndicats.

Lors d'un déplacement à Rodez début octobre, le président avait prévenu : "Si le COR nous dit +il manque 8-10 milliards+, on devra dire +il faut travailler un peu plus longtemps+".

De son côté, le COR a tenu à prendre ses distances avec l'objectif gouvernemental d'un retour à l'équilibre d'ici à 2025.

D'autant que les pistes d'économies détaillées dans le rapport ne sont pas forcément "considérées comme opportunes par tous".

 

Le Premier ministre Édouard Philippe, le 15 novembre à Paris.
Photo : VNA/CVN


Trois leviers sont mobilisables : le niveau des pensions, celui des cotisations et l'âge de départ, qui focalise l'attention.

La génération 1959 concernée ? 

Pour revenir dans le vert, l'âge légal de départ, actuellement de 62 ans, devrait par exemple être relevé de "2,5 mois" à "5,4 mois par génération à partir de la génération 1959 et jusqu'à la génération 1963 selon la convention et le scénario économique retenus", d'après le COR.

Ainsi, il s'établirait entre 63 et 64,3 ans pour la génération 1963, première visée par la réforme des retraites.

Une autre option consisterait à augmenter la durée de cotisation requise pour une retraite à taux plein, de 5 à 10 mois par génération, et à accélérer de fait l'augmentation déjà prévue par le précédent gouvernement.

Également à l'étude, l'instauration d'un "âge minimal du taux plein", rappelant l'âge d'équilibre préconisé par Jean-Paul Delevoye, qui augmenterait à partir de la génération 1959 et contraindrait la génération 1963 à partir entre 63,1 et 64,3 ans pour ne pas subir de décote (contre 64 ans dans le rapport du haut-commissaire aux Retraites).

En associant à cet âge une annulation de la décote prévue pour ceux qui n'ont pas cotisé assez longtemps (actuellement fixée à 67 ans), on obtiendrait l'âge pivot proposé par M. Delevoye. Mais cela nécessiterait d'augmenter davantage le nombre de mois travaillés par génération, selon le COR, qui situe cette borne à 64,5 ans pour la génération 1963.

Dans tous les cas, ces pistes impactent des générations censées être épargnées par la réforme, le président ayant promis que les salariés à cinq de la retraite ne seraient pas concernés.

De quoi, si elles étaient retenues, ouvrir un nouveau front de mécontentement dans la population. Et braquer la CFDT, seule centrale demandeuse d'un régime universel à points mais farouchement opposée aux mesures "financières" et "d'allongement de la durée du travail", selon son secrétaire général Laurent Berger.

Une position qu'il pourra rappeler à Édouard Philippe : le Premier ministre recevra les partenaires sociaux la semaine prochaine, avant une grève interprofessionnelle du 5 décembre qui s'annonce très suivie, notamment dans les transports.


AFP/VNA/CVN

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