24/11/2018 16:34
Emmanuel Macron a décidé de restituer "sans tarder" 26 œuvres réclamées par le Bénin et entend réunir les partenaires européens et africains pour construire "une politique d'échanges", a annoncé vendredi 23 novembre l'Élysée, après la remise d'un rapport sur la restitution par la France d'œuvres d'art africain.
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Des statues du royaume du Dahomey mettant en scène la cérémonie Ato au musée du Quai Branly.
Photo: AFP/VNA/CVN

Ce rapport de deux universitaires, Bénédicte Savoy du Collège de France, et Felwine Sarr de l'Université de Saint-Louis au Sénégal, était très attendu et a suscité des avis partagés. Il suggére notamment un changement radical de la loi française sur le patrimoine pour redonner à l'Afrique une partie de son patrimoine.

L'Élysée n'évoque pas dans son communiqué cet aspect législatif du rapport. Le président Macron fait deux annonces principales: la première est la restitution "sans tarder" au Bénin de 26 œuvres qu'il réclamait. Il s'agit principalement des statues royales d'Abomey, actuellement propriété du musée du Quai Branly. Des prises de guerre du général français Dodds dans le palais de Béhanzin en 1892.

Ce geste, à forte valeur symbolique, fait droit à la revendication d'un pays qui a énergiquement défendu le dossier des restitutions, et qui se préoccupe de mener une véritable politique muséale et culturelle.

La deuxième annonce d'Emmanuel Macron vise à impliquer dans ce vaste enjeu les autres ex-puissances coloniales européennes, en proposant de "réunir à Paris au premier trimestre 2019 l'ensemble des partenaires africains et européens pour définir le cadre d'une "politique d'échanges" d'œuvres d'art.

"Circonstances comparables"

"La nécessité d’un travail approfondi avec les autres Etats européens qui conservent des collections de même nature acquises dans des circonstances comparables", est soulignée par l'Élysée.

Ce sont principalement la Belgique, le Royaume Uni et l'Allemagne. Entre 85 à 90% du patrimoine africain serait hors du continent, principalement dans les musées européens, selon les experts.

Pour l'Élysée, la restitution des oeuvres béninoises ne doit pas constituer un cas isolé ni purement symbolique. Le chef de l'État "souhaite que toutes les formes possibles de circulation soient considérées: restitutions, mais aussi expositions, échanges, prêts, dépôts, coopérations".

Le ministres français de la Culture Franck Riester - présent vendredi 23 novembre aux côtés d'Emmanuel Macron - et des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, sont chargés de "franchir les prochaines étapes".

Le rapport suggère un échéancier précis en trois phases et dresse un premier inventaire incomplet des dizaines de milliers d'objets que les colons ont rapporté d'Afrique. Il propose aussi un changement du Code du patrimoine pour permettre des restitutions, quand des États africains en font la demande. Il insiste cependant sur plusieurs conditions comme une information précise sur la provenance des œuvres.

En novembre 2017 à l'Université de Ouagadougou, Emmanuel Macron avait reconnu que l'Afrique avait droit à son patrimoine. Une démarche accueillie comme un acte de justice, mais aussi comme une boîte de Pandore, avec de multiples chausse-trappes potentiels.

Il faut que "la jeunesse africaine ait accès en Afrique à son propre patrimoine", a redit vendredi 23 novembre l'Élysée, qui a rappelé le souhait émis par le président que "d'ici cinq ans les conditions soient réunies pour des restitutions temporaires ou définitives".
 
AFP/VNA/CVN
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