11/10/2019 12:37
Déterminé à clore définitivement l'ère Carlos Ghosn, le constructeur automobile français Renault s'apprête à remplacer son directeur général Thierry Bolloré, lequel défend toutefois son bilan et a dénoncé jeudi 10 octobre "un coup de force inquiétant".

>>Carlos Ghosn poursuit Nissan et Mitsubishi pour rupture abusive de contrat
 

Le directeur général de Renault, Thierry Bolloré, lors d'un conseil d'administration 11 octobre. Photo : AFP/VNA/CVN


"La brutalité et le caractère totalement inattendus de ce qui est en train de se passer sont stupéfiants. (...) Ce coup de force est très inquiétant", affirme le directeur général Thierry Bolloré dans un entretien diffusé à la veille d'une réunion du conseil d'administration de Renault qui doit se prononcer sur la gouvernance du groupe présidé par Jean-Dominique Senard.


De sources concordantes, c'est bien le départ du directeur général qui s'annonce vendredi 11 octobre, dernier rebondissement de la tentaculaire affaire Ghosn. "L'enjeu, c'est de discuter de l'avenir de Thierry Bolloré", a indiqué une source proche de l'entreprise.

Une autre source au fait du dossier était plus explicite : "Soit il démissionne, soit il est révoqué", a-t-elle expliqué, précisant que la réunion commencerait à 08h00. La date du départ doit encore être discutée ; la recherche d'un remplaçant n'a pas encore été lancée et une nomination devrait être envisagée pour assurer l'intérim, a précisé cette source.

Ce départ intervient alors qu'un renouvellement du management du partenaire japonais Nissan, dont Renault détient 43%, a été décidé cette semaine pour écarter les principaux dirigeants de l'ère Ghosn qui étaient aussi ceux ayant dénoncé à la justice japonaise les errements présumés du dirigeant franco-libano-brésilien.

Un nouveau directeur général, Makoto Uchida, 53 ans, a été nommé mardi 8 octobre, en remplacement de Hiroto Saikawa.

Depuis l'éclatement de l'affaire Ghosn, les relations entre le management français et japonais étaient exécrables, menaçant la survie de l'alliance, qui inclut aussi Mitsubishi et était devenue l'an dernier le premier constructeur automobile mondial en nombre de voitures vendues.

Des voix se sont élevées au Japon pour réclamer la tête de Thierry Bolloré.

Interrogé par l'AFP après la diffusion jeudi 10 otobre de l'interview de M. Bolloré, le ministère de l'Économie a répondu : "Nous faisons confiance à Jean-Dominique Senard pour proposer au conseil d'administration les décisions nécessaires pour mettre en œuvre la stratégie de l'alliance et de Renault soutenue par l'État actionnaire".

Dauphin désigné du patron déchu 

Dès mardi soir 8 octobre, Le Figaro avait annoncé que le président de Renault Jean-Dominique Senard, qui martèle depuis des mois sa priorité à la relance de l'alliance, allait proposer à son conseil d'administration de trouver un successeur au manager nommé par Carlos Ghosn à la direction exécutive du groupe en février 2018.

La pression était très forte contre ce dirigeant, dauphin désigné de l'ancien PDG déchu qui attend son procès au Japon où il a été mis en examen et assigné à résidence pour de multiples malversations présumées.

Au sein de l'État français, premier actionnaire du constructeur avec 15% du capital, on ne cachait pas la volonté de tourner définitivement la page.

"La question d'aller au bout du renouvellement du management se pose", déclarait cette semaine une source proche de l'État, sous couvert d'anonymat. "Depuis le départ, on avait fixé deux priorités, le renforcement de l'alliance" avec le constructeur japonais Nissan "et aussi de tourner la page de Carlos Ghosn", a confié une autre source à l'AFP.

Mais ces mêmes sources assurent que la décision de se séparer de M. Bolloré, probablement annoncée vendredi 11 octobre, est celle de M. Senard et de lui seul.

Lors de sa nomination en janvier dernier, M. Senard avait accepté de travailler avec M. Bolloré, confirmé au même moment à la direction exécutive. Il l'avait ensuite soutenu alors que des rumeurs annonçaient son possible départ.

Une autre source proche du dossier affirme au contraire que la pression contre M. Bolloré venait de toutes parts. "C'est l'État qui est en train d'accélérer très fort pour que ça s'arrête vite", assure-t-elle. "Non seulement l'État, mais aussi les salariés, les managers de Renault, les partenaires japonais" réclamaient ce départ.

Un proche du groupe français mettait aussi en avant auprès de l'AFP "la performance pas satisfaisante de l'entreprise" sous la direction de Thierry Bolloré, alors que les ventes et la rentabilité baissent cette année.

Côté syndicats, les avis étaient partagés. M. Bolloré "est déconnecté du monde de l'automobile et reste figé sur ses 7% de marge" à atteindre, a critiqué Fabien Gâche, délégué CGT.


À l'inverse, Franck Daoût, délégué CFDT, considère que son départ serait "un énorme gâchis" car il entraînerait "une phase de latence encore une fois, énormément de temps perdu".

Cet ancien cadre de l'équipementier automobile français Faurecia, âgé de 55 ans, avait rejoint Renault en 2012, où il a gravi tous les échelons jusqu'à assurer l'intérim à la direction du groupe après l'arrestation de M. Ghosn en novembre 2018.


AFP/VNA/CVN

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