08/04/2020 08:30
Les Nations unies estiment que près de 52% de la population mondiale pourrait subir les effets d’une pénurie en eau d’ici 2050. La raréfaction de la ressource oblige le Vietnam à une gestion intégrée et équitable.

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>>Une meilleure gestion des ressources en eau s’impose


Le canal 14, grand ouvrage hydraulique assurant l’irrigation de 37.500 ha de rizières à l’est de la province de Tiên Giang (delta du Mékong), est presque à sec.
Photo : Minh Tri/VNA/CVN

Depuis plus d’un mois, plus d’un millier de familles dans la commune de Long Hai, district insulaire de Phu Quy, province de Binh Thuân (Centre), manquent d’eau douce. La principale source d’approvisionnement pour répondre à leurs besoins quotidiens est l’usine d’eau de Long Hai. Cependant, bien qu’elle fonctionne à plein régime, sa capacité de 120 m3 par jour est insuffisante. On doit recourir aux puits et aux camions-citernes. La plupart des puits sont soit à sec soit salinisés.

À Phu Quy, l’approvisionnement en eau douce vient des puits creusés à la main et de la capatation d’eau de pluie. Un récent rapport du Comité populaire du district montre que l’an dernier, la pluviométrie sur l’île n’avait été que de 1.115 mm, soit 880 mm de moins qu’en 2018. Pire encore, depuis le début de cette année, aucune pluie n’est tombée.

En première ligne du changement climatique

Le Vietnam n’a pas encore atteint le niveau pour figurer dans la liste des pays présentant un "stress hydrique", comme l’a souligné l’Institut des ressources mondiales (WRI) dans son rapport rendu public en août 2019. Mais, la raréfation des ressources en eau est de plus en plus prégnante, notamment dans les régions les plus vulnérables au changement climatique que sont le delta du Mékong et le Centre. 

En effet, les ressources hydriques du pays ont tendance à diminuer en raison de la faible pluviométrie et de l’instrusion saline. L’autre grand facteur de raréfaction est l’accroissement des pollutions d’origine urbaine, industrielle ou agricole. D’après le ministère des Ressources naturelles et de l’Environnement, le Vietnam compte 108 bassins fluviaux et environ 830-840 milliards de mètres cubes de nappes phréatiques. Mais en 2025, ce volume serait respectivement de 96%, en 2070 de 90% et en 2100 de 86%.

Sans changements, la sécurité hydrique, alimentaire et énergétique du pays est compromise. Ceci exige des réponses tous azimuts : meilleure connaissance des ressources, création d’infrastructures de stockage et de traitement des eaux usées, maîtrise de la consommation et des pollutions, réexamen des politiques agricoles, nouvelles méthodes d’arbitrage entre des usagers qui entreront de plus en plus en conflit...

Si l’eau est une ressource renouvelable, c’est aussi une ressource limitée. Pour assurer la sécurité de l’eau, les experts estiment que le pays doit protéger ses systèmes hydriques vulnérables, sécuriser l’accès à l’eau et veiller à une gestion intégrée et équitable à tous les niveaux, protéger et restaurer les écosystèmes (montagnes, forêts, marécages, rivières, aquifères et lacs).

Pour une gestion efficace de l’or bleu

En décembre dernier, le Premier ministre Nguyên Xuân Phuc a donné le feu vert sur l’élaboration d’un schéma directeur d’aménagement des ressources en eau pour la période 2021-2030, vision 2050, et l’a confiée au ministère des Ressources naturelles et de l’Environnement. Ce dernier a pour tâche de collaborer avec les services compétents et les ministères concernés pour sa mise en œuvre le plus tôt possible.

La pénurie de l'eau menace l'élevage et la production du riz de la province de Ninh Thuân (Centre). Photo : Minh Tri/VNA/CVN

Le gouvernement vient de publier l’arrêté N°36/2020 sur les sanctions contre les violations administratives dans le domaine des ressources en eau. L’amende maximale pour une infraction s’élève à 250 millions de dôngs pour les particuliers et 500 millions de dôngs pour les organisations. Cet arrêté entrera en vigueur le 10 mai prochain.

"Il est nécessaire de renforcer la coopération internationale dans la gestion des ressources en eau", a déclaré le vice-ministre des Ressources naturelles et de l’Environnement, Lê Công Thành, lors d’une récente réunion tenue à Hanoï. Il a notamment souligné l’importance de la collaboration entre les pays riverains du Mékong, artère vitale de l’Asie du Sud-Est et source d’approvisionnement en eau capitale pour le Vietnam.

Selon lui, le Bureau permanent de la Commission du Mékong du Vietnam devra continuer de dynamiser ses activités au sein de la Commission du Mékong et profiter des expériences internationales. L’an dernier, ledit bureau a agit fortement en vue d’éveiller la conscience des pays concernés dans la protection des ressources en eau. Il a coopéré avec les pays membres de la Commission du Mékong pour mener à bien des recherches sur l’impact des activités d’exploitation et d’utilisation des ressources en eau dans le bassin du Mékong.

Le Vietnam a maintenu avec le Cambodge une notification régulière sur la gestion des barrages hydroélectriques sur les fleuves Sesan et Srepok. Avec le Laos, il a effectué des consultations autour d’un projet de barrage hydroélectrique sur le Mékong à Pak Lay et Luang Prabang.

Linh Thao/CVN
 
Près de 52% de la population menacée
 
Ce n’est pas par harsard que les Nations unies ont choisi le thème "L’eau et le changement climatique" pour la Journée mondiale de l’eau (22 mars) 2020. Dans un récent rapport, les Nations unies estiment que près de 52% de la population mondiale pourrait d’ici 2050 subir les effets d’une pénurie d’eau.

La planète se dirige vers une importante pénurie d’eau, s’alarment aussi les chercheurs du l’Institut des ressources mondiales (WRI). À l’horizon 2030, environ 470 millions de personnes seront en proie à un manque d’eau avec, dans la foulée, des répercussions sur la santé publique et des troubles sociaux. Le WRI a publié un rapport alarmant sur les ressources en eau de la planète le 6 août 2019. Dix-sept pays se trouvent actuellement en situation de "stress hydrique extrêmement grave", c’est-à-dire qu’ils consomment presque la totalité de l’eau dont ils disposent.

"L’agriculture, l’industrie et les municipalités absorbent 80% de la surface disponible et des eaux souterraines lors d’une année moyenne" dans les dix-sept pays concernés (Qatar, Israël, Liban, Iran, Jordanie, Libye, Koweït, Arabie saoudite, Érythrée, Émirats arabes unis, Saint-Marin, Bahreïn, Pakistan, Turkménistan, Oman, Botswana et Inde), principalement situés au Moyen-Orient et au Nord de l’Afrique, précise le rapport. "La pénurie en eau est la plus grande crise dont personne ne parle. Ses conséquences prennent la forme d’insécurité alimentaire, de conflits, de migrations, et d’instabilité financière", a déclaré Andrew Steer, Pdg du WRI.



 

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