27/09/2015 07:01
Reinhold Würth, «le roi de la vis», est l’archétype du patron des entreprises familiales qui font le succès de l'industrie allemande. À une différence près : les 17.000 œuvres d’art, dont plusieurs joyaux inestimables, qui constituent sa collection.
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Enrichir et gérer celle-ci, choisir une par une les pièces qui seront exposées dans les 15 musées de la Fondation Würth, «c'est la seule chose que je me sois gardée sous le coude», raconte avec un éclat pétillant dans les yeux le patriarche, retiré des affaires depuis les années 90.

Schutzmantel-madonna, du peintre Hans Holbein. Photo : AFP/VNA/CVN

Pour ses 80 ans cette année, Reinhold Würth s'offre à partir du 11 septembre une exposition à Berlin, au Martin-Gropius-Bau, avec plus de 400 œuvres présentées. En vedette, une Madone au manteau de Grâce de Holbein le Jeune, acquise en 2011 pour plus de 50 millions d'euros, l'œuvre d'art la plus chère achetée en Allemagne depuis 1945.

De l'attachement à son terroir qu'il n'a jamais quitté à l'obsession de la qualité des produits - vis et boulons - en passant par la foi en des principes de gestion simplissimes, tout en Reinhold Würth est symptomatique du «Mittelstand» allemand, ces PME devenues géants qui constituent la colonne vertébrale du tissu industriel du pays.

Le plus souvent familiales, très spécialisées, implantées pour beaucoup dans le Sud du pays, ces petites et moyennes entreprises ont embrassé très tôt l'international et conquis les marchés mondiaux avec un mélange d'audace et de bon sens provincial. Le groupe Würth réalise dix milliards d'euros de chiffre d'affaires annuel et est implanté dans 80 pays.

«Pas des industriels ennuyeux»

Chez le «roi de la vis» s'ajoute à ce parcours typique l'engagement dans les arts, auquel il est venu dans les années 60. À raison d'un investissement «à deux chiffres en millions d'euros» (plus de 10 et moins de 100) par an, Reinhold Würth a constitué une collection exceptionnelle, qui balaie tous les styles et tous les siècles. Cubistes et expressionnistes y sont abondamment représentés, et la sculpture occupe une place de choix, avec une prédilection pour le Danois Robert Jacobsen, le Mexicain Adolfo Riestra. L'élargissement de la collection est allé à rebours dans le temps, avec parmi les acquisitions les plus récentes des chefs-d’œuvre du Moyen Âge, comme la Madone exposée à Berlin.

L’industriel et collectionneur d’art allemand Reinhold Würth pose devant le tableau Felled Trees on Woldgate du peintre britannique David Hockney.
Photo : AFP/VNA/CVN

Depuis 1991 Reinhold Würth a décidé de montrer au monde les trésors de sa collection. Sa Fondation est à la tête de 15 musées en Europe qui présentent les œuvres dans des expositions temporaires. Plusieurs sont dans le fief de Würth, Künzelsau, et aux alentours; il y en a trois en Suisse, un à Erstein (Est) en France.

«M. Würth veut faire profiter tout le monde de son art», explique la directrice de la collection, Sylvia Weber. Mais sans perdre de vue son intérêt d'entrepreneur. «Les gens voient que nous ne sommes pas des industriels ennuyeux obnubilés par la croissance», explique M. Würth, et la collection «a beaucoup contribué au développement du groupe».

Miracle économique

Reinhold Würth est né en 1935 dans le Sud-Ouest de l'Allemagne. Son père, Adolf, a fondé un négoce de vis et boulons en 1945. Le jeune Reinhold y est entré comme apprenti en 1949, et en 1954, à 19 ans, en est devenu le patron quand son père est décédé subitement.

L'entreprise était constituée de lui-même et un salarié. Les années du miracle économique voient les ventes exploser, avec des croissances de 60% à 70% par an. Dans une Allemagne qui se reconstruit, «tout le monde avait besoin de vis et de boulons», relate Reinhold Würth. L'an dernier le groupe Würth employait 68.000 salariés dans le monde entier. «Je n'aurais jamais cru que nous aurions un jour cette taille-là», confesse celui qui est l'un des hommes les plus riches d'Allemagne.

Le groupe Würth fabrique toujours des vis et des boulons, aux côtés d'une large palette d'autres machines et outils. Et sa gestion obéit aux mêmes principes qu'il y a cinquante ans, énoncés avec sérieux par le patriarche : «nous ne faisons que de la qualité, du solide» et «la croissance sans bénéfices, c'est fatal».
 
AFP/VNA/CVN


 
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