16/09/2018 15:58
C'est le "oui" ou le désespoir, "l'instabilité" et "l'isolement": dans un entretien à l'AFP, le Premier ministre Zoran Zaev demande à ses compatriotes de voter le changement de nom de la Macédoine pour l'arrimer au camp occidental.

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Le Premier ministre macédonien Zoran Zaev devant le Parlement européen à Strasbourg, le 13 septembre 2018. Photo : AFP/VNA/CVN

Le 30 septembre, qu'ils appartiennent à la majorité slave macédonienne ou à la minorité albanaise (20 à 25% des 2,1 millions d'habitants), les électeurs diront par référendum s'ils acceptent de devenir ressortissants de la "Macédoine du Nord", conformément à l'accord signé en juillet par Zoran Zaev avec son homologue grec Alexis Tsipras.

Un "oui" devra être validé par le parlement mais serait un pas vers la résolution d'un conflit avec la Grèce, né avec l'indépendance en 1991 de cette ancienne petite république yougoslave.

Ce différend ferme à la Macédoine la porte de l'OTAN et de l'Union européenne  (UE) en raison du veto d'Athènes qui désigne son petit voisin comme ARYM ou FYROM (acronymes français et anglais d'"Ancienne république yougoslave de Macédoine").

Elle l'accuse d'ambition expansionniste, de capter son héritage historique et d'usurper le nom de "Macédoine" qui est aussi celui de sa province septentrionale.

Adhésions à l'UE et l'OTAN

De nombreux Macédoniens se sentent blessés par un changement de nom imposé de l'extérieur. Mais selon Zoran Zaev, 80% aspirent aussi à rejoindre l'OTAN et l'UE. 

Arrivé aux affaires au printemps 2017 avec le soutien de la minorité albanaise, le pouvoir social-démocrate ne s'y trompe pas, comme en témoigne la question du référendum qui n'évoque pas explicitement le changement de nom: "Êtes-vous pour l'adhésion à l'UE et à l'OTAN, en acceptant l'accord" avec la Grèce?

"Un échec au référendum n'est pas une option. Je suis tellement convaincu d'un succès que je n'envisage pas d'autres options", dit à l'AFP Zoran Zaev, en marge d'un meeting électoral à Kicevo (Ouest) où il se garde de prononcer les mots "Macédoine du Nord".

Carte de localisation de la province de Macédoine en Grèce et de l'ancienne République yougoslave de Macédoine. Photo : AFP/VNA/CVN

Une victoire du "non" signifierait "une absence totale d'espoir, l'isolement total du pays, ouvrirait probablement un nouveau chapitre d'insécurité et d'instabilité" dans les Balkans occidentaux qui "reviendraient probablement aux sombres années du passé", prévient Zaev. 

À l'inverse, une victoire du "oui", permettrait de "bâtir un avenir européen mutuel" pour les Balkans et offrirait "un exemple positif pour d'autres régions du monde". "Cela signifierait que les problèmes identitaires peuvent être résolus par des accords de ce type", plaide cet économiste.

"Pour la Macédoine, il n'y a pas d'autre solution qu'une adhésion à l'OTAN et à l'UE", insiste Zoran Zaev.

L'OTAN a déjà invité Skopje à ouvrir des négociations, tout en prévenant qu'un changement de nom était une étape obligée. La route semble plus longue vers l'UE qui a assorti de conditions l'ouverture de discussions en juin 2019.

Plusieurs responsables occidentaux ont pris la route de Skopje pour soutenir le "oui", à l'instar de la chancelière allemande Angela Merkel et du ministre américain de la Défense Jim Mattis attendu lundi après avoir mis en garde contre des interférences russes.

Les Russes "m'ont dit qu'ils n'ont rien contre une adhésion de la Macédoine à l'UE mais qu'ils s'opposent à l'intégration à l'OTAN", relève Zoran Zaev. 

Selon le Center for Insights in Survey Research, un centre de réflexion financé par des fonds américains, 57% des électeurs soutiendraient l'accord.

Parfois sans enthousiasme, à l'image de Sasho Iliosko, interrogé à Kicevo, avant le meeting de Zaev: "Je ne pense pas que cet accord soit juste, mais je voterai pour lui (...) les gens sont un peu déçus de perdre une partie de leur identité (...), mais ils voteront quand même oui".

L'opposition de droite (VMRO-DPMNE) a appelé ses électeurs à "agir selon leur conscience", se gardant de s'associer à une campagne pour le boycott, lancée sur les réseaux sociaux.

"En usant de la désinformation, certains espèrent que ce référendum échouera", met en garde Zoran Zaev qui entend convaincre les électeurs, souvent découragés par une situation socio-économique catastrophique, d'aller voter.
 

AFP/VNA/CVN


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