11/08/2018 08:00
Au Vietnam, la majorité des entraîneurs semi-pros de tennis ont débuté comme simples ramasseurs de balles. Le travail de ces derniers est indispensable pour le bon fonctionnement des matchs. Rencontre avec quelques-uns d’entre eux.
>>De la générosité et du talent

Les ramasseurs de balle doivent être rapides et endurants.
Photo: Thúy Hang/CVN

À 13h30. Assis sur un banc en pierre caché derrière les arbres du Club de tennis Ky Hoà du 10e arrondissement de Hô Chi Minh-Ville, Âu Tri Thành déjeune, en gardant un œil sur sa montre pour ne pas rater son créneau de ramassage de balles.

Seulement 30.000 dôngs par heure

Ce jeune homme de 23 ans, de petite taille, la peau mate, domicilié dans le 8e arrondissement, a quitté l’école à l’âge de 9 ans. Il y a sept ans, son beau-frère, qui était déjà ramasseur de balles au Palais de la culture et du travail, l’a initié au métier. Il a fallu six mois à Thành pour se familiariser avec les différents outils de ramassage de balles. Au Tri Thành a depuis rejoint le club Ky Hoà, où il s’est lié d’amitié avec de nouveaux camarades.

Tous les matins, qu’il vente ou qu’il pleuve, Thành est présent au club à 06h00 tapantes, jusqu’à 18h00. Les jours de tournoi, il doit rester jusqu’à 22h00. Cependant, ses journées comprennent quelques moments de flottement lui permettant de se reposer. Payé 30.000 dôngs l’heure, il ne touche son salaire qu’à la fin du mois.

De bon matin, déjà trempé de sueur sous le soleil brûlant de Hô Chi Minh-Ville, Thành effectue plusieurs tours du court de tennis, raquette à la main. Ce travail, essentiellement caractérisé par des mouvements répétitifs, nécessite un bon sens d’anticipation et une certaine souplesse ainsi qu’une grande endurance. Ses mains sont tailladées et constellées d’ampoules. "Les ramasseurs de balles ont tous les mêmes mains à force de tenir la raquette. Avec le temps, on s’y habitue mais au début, les fins de journée étaient particulièrement difficiles à cause des courbatures dans tout le corps", explique-t-il.

De ramasseur de balles à entraîneur de tennis

Presque tous les ramasseurs doivent savoir jouer au tennis. C’est la règle d’or, plus ou moins implicite, pour pouvoir rester et espérer percer dans le métier.

Nguyên Hoàng Ky, 24 ans, originaire de Kiên Giang (Sud), travaille au club Lan Anh depuis six ans. "Le ramasseur doit savoir utiliser la raquette pour rendre la balle au joueur. Si les clients cherchent un partenaire supplémentaire, nous sommes là pour jouer avec eux. Avec le temps, certains peuvent même devenir entraîneurs", dévoile-t-il.

Nguyên Gia Thiêu (droite) est aujourd’hui entraîneur de tennis.
Photo: Thúy Hang/CVN

Comme Thành, Ky est entré dans le métier grâce à son beau-frère. Après quelques mois à s’exercer comme ramasseur de balles, il s’est également amélioré en tant que joueur. Chaque jour, il ramasse les balles pendant 3-4 heures pour quelque 100.000 dôngs. Mais son principal revenu provient des heures passées à jouer avec les clients pour 200.000/match et à leur prodiguer des leçons de tennis pour 150.000-200.000 dôngs par heure. Il gagne ainsi en moyenne 10 millions de dôngs par mois et en dépense la moitié en factures et autres utilités. Après avoir mis de côté une partie qu’il envoie au village pour aider son père, le jeune homme a encore de quoi vivre et même économiser pour l’avenir.

Ky n’est pas le plus gros revenu du club Lan Anh. Son beau-frère, Nguyên Huu Ly, chef adjoint de l’équipe des ramasseurs du club, gagne jusqu’à plus de 40 millions de dôngs par mois. Ly a également commencé en tant que ramasseur de balles. Après plusieurs années passées sur le court, il a beaucoup appris et est devenu un joueur de très bon niveau. Il s’est même bâti une certaine réputation et est très demandé sur les cours de tennis. De plus, il participe à de nombreux tournois amateurs en tant que partenaire avec ses clients, généralement fortunés. Les pourboires peuvent parfois monter jusqu’à 10 voire 20 millions de dôngs par tournoi.

Après avoir surmonté les difficultés à ses débuts ainsi que les tentations du métier, Nguyên Gia Thiêu, âgé de 20 ans, est apprécié des entraîneurs pros et semi-pros pour sa politesse, son implication et sa soif de se surpasser.

Originaire de la province de Hà Nam (Nord), Thiêu a quitté l’école après le collège. Il a rejoint son oncle qui habite dans l’arrondissement de Go Vâp, à Hô Chi Minh-Ville, pour suivre des cours du soir et travailler en journée en tant que ramasseur de balles. Après six mois d’apprentissage, son niveau de jeu s’avère plus que prometteur.

"Je gagne environ 5 millions de dôngs par mois. Mon oncle garde la moitié pour moi, je dépense l’autre moitié pour mes cours du soir et mes leçons d’anglais. Dès ma première année à Hô Chi Minh-Ville, j’ai pu m’acheter une mobylette. J’ai par la suite pu envoyer à ma mère 20 millions de dôngs la deuxième année. L’année dernière, lors de mon retour au village natal pour le Têt traditionnel, j’ai pu lui offrir 30 millions de dôngs. Ma mère a été touchée aux larmes de constater que son fils était enfin devenu mature et responsable", raconte-t-il.

Travailler dur pour gagner sa vie a permis à Thiêu de bien comprendre désormais la valeur de l’argent que, plus jeune, il dépensait sans compter dans les jeux en ligne. L’argent ne tombe pas du ciel, il faut courir sous le soleil, baigné de sueur, pour gagner 30.000 dôngs l’heure. "Je continue de suivre des cours pour passer le baccalauréat et je compte passer mon permis de conduire, tout en travaillant mon niveau de tennis. Ce métier a changé ma vie", partage Thiêu, confiant en l’avenir.

D’après Ly Minh Triêt, ancien membre de l’équipe nationale de tennis de table et entraîneur de tennis à Hô Chi Minh-Ville, 80% des entraîneurs semi-pros de tennis ont débuté comme ramasseurs de balles. "Ils sont physiquement au point et capables d’endurer des matchs sous la pluie ou le soleil, à un rythme soutenu. C’est pourquoi toute personne qui a l’envie, qui veut apprendre, qui est capable de résister aux tentations, a réellement une chance de réussir", conclut-il en parlant de ces jeunes désireux de changer de vie grâce à la balle jaune.
 
Thúy Hang - Phuong Nga/CVN
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