30/04/2020 14:31
Le nouveau coronavirus provoque-t-il chez un petit nombre d'enfants et d'adolescents une nouvelle maladie inflammatoire grave ? C'est la question qui préoccupe plusieurs pays après l'apparition récente de cas inhabituels, en pleine épidémie de COVID-19.
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Vérification de la température d'un enfant, masqué, en Thaïlande dans la cadre de la prévention du COVID-19, le 17 avril.
Photo : AFP/VNA/CVN

"L'ensemble des pédiatres, des réanimateurs (en Europe) travaillent ensemble pour voir s'il y a lieu ou non de faire un lien avec le COVID-19, ce que je ne sais pas encore au moment où je vous parle", a déclaré le ministre français de la Santé, Olivier Véran, mercredi 29 avril à l'Assemblée nationale. "C'est quelque chose qui nous préoccupe", avait assuré la veille son homologue britannique, Matt Hancock, à la radio LBC.

"Il y a eu récemment quelques descriptions dans des pays européens d'enfants atteints de ce syndrome inflammatoire, mais ça semble vraiment rare", a affirmé mercredi 29 avril Maria Van Kerkhove, une experte de l'OMS. L'organisation a néanmoins appelé les autorités sanitaires à lui faire remonter d'éventuels cas qui seraient constatés dans d'autres pays. Mais "la vaste majorité des enfants atteints du COVID-19 n'ont qu'une légère infection et s'en remettent complètement", a insisté son collègue Michael Ryan, tenant ainsi à "rassurer les parents".

"Nous suivons cette question avec attention", a indiqué de son côté un porte-parole de l'Office fédéral suisse de la Santé. Les interrogations sont d'autant plus fortes que toutes les études ont jusqu'à présent montré que les formes graves du COVID-19 étaient rarissimes chez les plus jeunes. L'alerte est partie ce week-end d'Angleterre, avec un signalement du service public de santé, NHS England.

Dans la foulée, un petit nombre de cas similaires a été mentionné en France, aux États-Unis, en Espagne, en Belgique ou dans les régions du Nord de l'Italie les plus touchées par le coronavirus. Sur l'ensemble des hôpitaux parisiens, cela représente "à peu près une vingtaine d'enfants", indique Damien Bonnet, chef de service de cardiologie pédiatrique à l'hôpital Necker enfants malades.

"Selon mes collègues français, il y en a d'autres ailleurs", ajoute-t-il, en soulignant toutefois que leur nombre dans l'absolu "reste limité". Le premier cas a été admis dans son hôpital "il y a trois semaines" et "ça s'est accéléré depuis environ 8 jours". À l'hôpital Pape Jean XXIII de Bergame, dans le Nord de l'Italie, 20 enfants souffrant de ce type de syndromes inflammatoires ont été hospitalisés depuis le 21 mars, soit autant que sur ces trois dernières années.

Un constat partagé de l'autre côté de l'Atlantique. "J'ai vu de tels patients hier et aujourd'hui, et mes collègues en voient depuis deux ou trois semaines", dit Sunil Sood, spécialiste des maladies infectieuses à l'hôpital pour enfants Cohen's children de New York.

"Évolution favorable"

Selon le Pr Bonnet, ces jeunes patients ont "de 2 à 18 ans". Le Dr Sood, lui, mentionne plutôt "des adolescents, dont le plus jeune a 13 ans". Comment cela se manifeste-t-il ? "Ces enfants viennent avec des symptômes digestifs, respiratoires ou infectieux" accompagnés "d'une atteinte cardiaque", répond le Pr Bonnet, selon qui "la plupart ont besoin d'être aidés avec des médicaments pour soutenir le fonctionnement du cœur". "Les enfants évoluent quasiment tous de façon favorable, même s'ils sont dans une situation réanimatrice initialement", insiste le Pr Bonnet.

De même, tous les jeunes patients dont le Dr Sood a eu connaissance ont vu leur état s'améliorer, même s'ils ne sont pas encore tous sortis de l'hôpital, et aucun n'est décédé. Certains symptômes font penser à un syndrome du choc toxique ou à la maladie de Kawasaki. Cette maladie qui touche les enfants entraîne une inflammation des vaisseaux sanguins (éruptions cutanées, ganglions, conjonctivite, problèmes cardiaques dans les formes graves...). "Chaque vaisseau sanguin du corps est en feu", résume le Dr Sood.

Mais même s'il y a "des chevauchements de symptômes" avec les cas actuellement observés, il y a aussi des différences, note le Pr Bonnet. La première d'entre elles est l'âge des patients : "La maladie de Kawasaki, c'est d'abord une maladie du petit enfant, plutôt moins de 2 ans, même s'il y en a jusqu'à 4 ou 5 ans. Là, on voit tous les âges". Tout cela "va se préciser avec le temps, pour savoir si c'est une maladie particulière", ajoute le médecin français.

Tests

Dans tous les pays où ces quelques cas ont été rapportés, certains jeunes patients ont été testés positifs au COVID-19 et d'autres négatifs. Le lien de cause à effet entre le coronavirus et ces syndromes inflammatoires n'est donc pas établi avec certitude. Pour autant, la conjonction des deux interpelle. "On est dans le temps de l'épidémie de COVID-19, on voit une maladie pas fréquente devenir plus fréquente. Ça nous interroge", explique le Pr Bonnet.

Autre indice : même si les causes de la maladie de Kawasaki sont inconnues, on suspecte depuis longtemps qu'elle puisse être "une réaction inflammatoire disproportionnée à une infection virale banale", selon le Pr Bonnet. "Il se pourrait que le nouveau coronavirus entraîne la même réponse inflammatoire que celle entraînée par d'autres virus dans la maladie de Kawasaki", renchérit le Dr Sood. Chez les adultes, on estime que les formes graves de COVID-19 pourraient être liées au déclenchement d'une trop forte réponse immunitaire causée par la maladie.

Dans tous les pays concernés, les spécialistes appellent à une vigilance accrue pour mieux repérer les cas d'enfants hospitalisés pour une maladie inflammatoire atypique, et déterminer si oui ou non il y a un lien avec le COVID-19. Que ce lien existe ou pas, l'apparition de ces cas risque de nourrir les inquiétudes au moment où plusieurs pays songent à rouvrir les écoles après une période de confinement.

"Je pense qu'il y a un bénéfice à ce que les enfants soient scolarisés, qui doit être mis en balance avec le risque sanitaire", juge le Pr Bonnet. Selon lui, "les risques à ne pas scolariser les enfants pendant encore de nombreuses semaines, en particulier dans certaines couches de la population, sont peut-être beaucoup plus importants".

AFP/VNA/CVN



 

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