15/12/2019 14:00
On connaît l’importance des stèles, et de l’épigraphie en général, dans l’histoire et la culture de la Chine et des pays qu’elle a influences dont le Vietnam.
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Vinh Lang, l’une des plus anciennes stèles de la province de Thanh Hoa (Centre).
Photo : CTV/CVN
Une publication trilingue français-vietnamien-chinois, de Épigraphie en chinois du Vietnam (1998), a été conjointement réalisée par l’École française d’Extrême-Orient (EFEO) et l’Institut de recherche han-nôm du Vietnam. Cette édition comble les lacunes des études épigraphiques vietnamiennes puisque aucune compilation critique de cette taille n’avait vu le jour jusqu’ici.

Évolution de l’épigraphie vietnamienne

L’idée des initiateurs du projet, des chercheurs vietnamiens, taïwanais et français réunis à Hanoï en 1993, était de rendre accessible au plus grand nombre le corpus d’estampages et de copies d’inscriptions disparues. La préface du Professeur Phan Van Các et l’introduction faite par Claudine Salmon retracent l’évolution de l’épigraphie vietnamienne depuis son origine, ses caractéristiques et ses perspectives.

Le corpus est divisé en sept volumes qui suivent l’ordre chronologique : des débuts à la fin des Lý, époque Trân, début des Lê, époques Mac, des Lê restaurés, des Tây Son et Nguyên.

L’épigraphie vietnamienne est dominée pendant tout notre Moyen-Âge par l’œuvre pionnière de l’érudit Lê Quy Dôn (1726-1784), qui parcourrait la campagne, fouillait temples et pagodes à la recherche de stèles. Dans son œuvre Kiên van tiêu luc (Choses vues et entendues), il consigne les inscriptions relevées sur les cloches et les stèles, décrivant minutieusement ces objets, leur état et les endroits qui les hébergeaient. Bùi Huy Bích, disciple de Lê Quy Dôn, a poursuivi l’œuvre du maître.

Au XIXe siècle et au début du XXe, quelques recueils relèvent de façon manuscrite des inscriptions. Le mérite revient à l’EFEO qui a donné, à partir de 1900, une impulsion nouvelle au rassemblement systématique des estampages et inscriptions sino-vietnamiennes, entreprise animée, entre autres, par Cadière et Gaspardone.

En 1940, Hoàng Xuân Han a relevé les inscriptions de plusieurs stèles dans la province de Thanh Hoa (Centre) et des environs pour préparer son livre sur Lý Thuong Kiêt (1019-1105).

Au Vietnam, l’épigraphie n’a connu de véritable organisation qu’après la reconquête de l’indépendance nationale, plus exactement dans les années 1960, une quinzaine d’années après la fin de la première guerre de résistance contre les Français (création des Instituts de littérature, d’archéologie, d’histoire et han-nôm).

Estampage réalisé sur la stèle

Estampage réalisé sur la stèle du temple de Hoà Lai dans la province de Ninh Thuân (Centre).
Photo : EFEO/CVN
En 2000, l’Institut han-nôm dispose de 30.000 estampages dont 20.979 provenant de l’EFEO (inscriptions sur stèles, sur cloches, sur plaques et autres supports). Le volume I de l’Épigraphie en han-nôm du Vietnam (format 24x32 cm, 380 pages, imprimé en France) comprend 27 estampages appartenant à trois périodes : domination chinoise (3), Xe siècle (6) et dynastie des Ly (18). La plus ancienne pièce remonte à 618 : elle reproduit les inscriptions de la stèle du temple Dao Tràng Bao An de la commanderie de Cuu Chân des Sui, à Dông Son (province de Thanh Hoa).

Ces estampages sont des documents d’une valeur inestimable pour l’histoire officielle. La contribution en matière d’histoire religieuse est la plus riche. Deux textes sont consacrés au taoïsme et trois aux funérailles, la plupart des autres textes se rapportent au bouddhisme. Les estampages donnent aussi des détails intéressants sur les rites : le Chanli (Sam Lê) qui consiste à regretter ses péchés en se prosternant devant les effigies du Bouddha, et le Dhârani (Dà-la-ni) composé de courtes parties de phrases et de syllabes dépourvues de sens, dont la récitation est un exercice de mémoire et de concentration.

Les estampages évoquent aussi les personnalités historiques. La stèle commémorant le creusement du chenal maritime Thiên Uy (870) présente le proconsul chinois Gao Pien (Cao Biên) comme un homme irréprochable et doté de pouvoirs magiques. Les inscriptions de la pagode Bao An du mont Nhoi à Thanh Hoa, datant de 1100, rendent hommage au général Lý Thuong Kiêt qui a fait construire ce temple alors qu’il y était gouverneur.

L’inscription sur la cloche de la pagode du Maître (chùa Thây) à Son Tây, en banlieue de Hanoï, datant de 1109, glorifie les pouvoirs surnaturels et les mérites de Tu Dao Hanh (1072-1116). Les grandes familles mentionnées par les estampages sont de deux types, les unes établies aux confins du royaume honoraient les chefs locaux (châu muc) plus ou moins autonomes, les autres étaient étroitement liées à la Cour, notamment celle des Lê.

Le chercheur peut recueillir en outre une multitude de détails relatifs à la vie économique et sociale, aux poids et mesures anciens, aux affaires de village mais aussi aux institutions et à la terminologie administrative.
 
Huu Ngoc/CVN
(Juillet 2000)
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