15/04/2019 10:40
Dans les médias, lorsque l’on évoque le conflit commercial sino-américain, on parle beaucoup d’une délocalisation massive d’usines de la Chine vers le Vietnam. De bons taux de croissance et de faibles coûts de production permettront au Vietnam de tirer les marrons du feu.
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Le site américain Bloomberg a estimé que le Vietnam pourrait être le “grand gagnant’’ du conflit commercial entre la Chine et les États-Unis, évoquant plusieurs raisons qui rendent le pays très attractif aux yeux des investisseurs étrangers. “Dans la course pour attirer les entreprises à la recherche de sites alternatifs dans la guerre commerciale américano-chinoise, le Vietnam dispose de nombreux avantages par rapport à ses concurrents’’, a-t-il écrit.

Le Vietnam est sur le point de conquérir une partie des parts de marché mondial de la Chine dans le secteur manufacturier à forte besoin de main-d’œuvre, a analysé Trinh Nguyên, économiste senior chez Natixis à Hong Kong (Chine).

La forte croissance économique et la stabilité politique constituent de grands atouts du Vietnam. Photo: Danh Lam/VNA/CVN

Le Vietnam pourra-t-il absorber l’afflux d’IDE?

Selon Bloomberg, le Vietnam profitera de ces tensions commerciales pour renforcer son statut de plaque tournante de la production (atelier du monde) et de l’exportation, vendant toutes sortes de produits, des plus basiques aux plus technologiques. Le commerce représente environ le double du PIB, soit plus que tout autre pays d’Asie, à l’exception de Singapour.

Le Vietnam possède également l’une des plus importantes mains-d’œuvre en Asie du Sud-Est, évaluée à 57,5 millions de personnes, contre 15,4 millions pour la Malaisie et 44,6 millions pour les Philippines, selon la Banque mondiale. Il a signé des accords de libre-échange avec plusieurs pays, et l’Accord de partenariat transpacifique global et progressiste (CPTTP). Le gouvernement facilitera également la tâche des investisseurs étrangers via un projet de loi sur les valeurs mobilières qui autoriserait une participation étrangère à 100% dans des entreprises étatiques, à l’exception de secteurs comme la banque et les télécommunications.

Les investissements directs étrangers (IDE) vont crescendo au Vietnam, le gouvernement prévoyant que les IDE décaissés atteindront un montant record de 18 milliards de dollars cette année. La proximité du Vietnam avec la Chine ajoute également à son attractivité. Les deux pays partagent une frontière terrestre, à la différence de pays comme l’Indonésie, les Philippines ou la Malaisie, qui sont tous beaucoup plus éloignés, a fait remarquer Bloomberg. Les entreprises chinoises qui ont besoin de matières premières ou de composants de produits en provenance des États-Unis pourront s’approvisionner plus facilement au Vietnam. Ce dernier est le principal partenaire commercial de la Chine en Asie du Sud-Est. Le Vietnam est aussi l’une des économies les plus dynamiques au monde, avec une croissance de 7% prévue cette année. Le dông été relativement stable en 2018 par rapport à d’autres monnaies asiatiques.

‘‘Forte croissance économique et stabilité politique sont aussi des facteurs très importants pour les investisseurs’’, a estimé Tony Foster, partenaire de gestion au Vietnam du cabinet Freshfields Bruckhaus Deringer LLP, basé à Hanoï. Le dông restera assez stable à court terme, a prévu en octobre Fitch Solutions Macro Research, une unité du groupe Fitch, citant le soutien du fort afflux d’IDE et du secteur de la production. Erik Lundh, économiste senior chez Conference Board, une organisation à but non lucratif qui étudie l’économie indépendante américaine, a déclaré à l’Agence Vietnamienne d’Information (VNA) aux États-Unis que, face à la montée des tensions commerciales entre les États-Unis et la Chine, les chaînes d’approvisionnement mondiales devraient se délocaliser. 

De nombreuses sociétés multinationales, qui dépendaient beaucoup du marché du travail chinois auparavant, envisagent de construire des usines dans d’autres pays, notamment au Vietnam, pour obtenir des avantages tels que bas coûts de la main-d’œuvre et limiter les risques inhérents - et difficiles à prévoir - de cette confrontation commerciale américano-chinoise. Afin de tirer profit au mieux des opportunités, le Vietnam devra s’efforcer de devenir une destination de fabrication de produits de haute technologie. Pour ce faire, le pays devra se concentrer sur le développement de ressources humaines de qualité.

Exportateurs vietnamiens: faites-attention!

Le Vietnam devra s’efforcer de devenir une destination de fabrication de produits de haute technologie. Photo: Tiên Luc/VNA/CVN

Les importateurs et exportateurs vietnamiens doivent rester vigilants et adopter une approche proactive face aux risques posés par le dévelopement imprévisible de la tension commerciale entre les États-Unis et la Chine, selon les experts.

Chu Thang Trung, chef adjoint de la Direction des recours commerciaux du ministère vietnamien de l’Industrie et du Commerce, a déclaré que la guerre commerciale entre les deux plus grandes économies du monde affectait le flux des échanges de marchandises et augmentait le nombre d’enquêtes américaines en matière de défense commerciale contre ses grands importateurs. Elle a également contraint les entreprises des deux pays à rechercher les moyens d’intensifier leurs exportations vers des pays tiers, en exerçant une pression à l’importation sur d’autres marchés, dont le Vietnam, a-t-il déclaré. Selon lui, si la guerre commerciale n’est pas résolue rapidement, les exportateurs vietnamiens risquent fort de faire l’objet d’une enquête de défense commerciale et de mesures de la part des États-Unis. Il a cité plusieurs affaires dans le passé, lorsque l’enquête américaine et la taxe de défense commerciale visant les produits chinois étaient généralement suivies de mesures visant les mêmes types de produits vietnamiens trois ou quatre ans plus tard.

L’avocate Nguyên Thi Phuong Thao du cabinet d’avocats IDVN a estimé que le transfert de produits de la Chine vers le Vietnam constituerait le plus grand risque de tension commerciale pour les entreprises vietnamiennes. Elle a déclaré que les produits chinois entreraient au Vietnam sous forme d’importation temporaire en vue d’une réexportation ou d’une transformation simple afin d’acquérir une origine vietnamienne, puis être exportés aux États-Unis. Cette mesure aidera les produits chinois à contourner des taxes élevées, mais ce sera aussi une bonne raison pour les États-Unis de mener une enquête et d’appliquer une défense commerciale contre les produits vietnamiens. L’avocate a donc conseillé aux entreprises vietnamiennes de se tenir au courant des mesures de défense commerciale imposées aux produits chinois et leurs concurrents. Elles devraient également réfléchir à deux fois avant d’utiliser des matériaux originaires de Chine et d’autres pays soumis aux mesures de défense commerciale américaines. Pour sa part, Châu Viêt Bac, secrétaire général adjoint du Centre d’arbitrage international du Vietnam, a suggéré aux entreprises vietnamiennes d’éva-luer de leur propre initiative les risques, d’éviter de s’impliquer dans le transfert de marchandises en provenance de Chine et de bien conserver les documents relatifs à l’origine des produits et matières premières.
Thê Linh-VNA/CVN

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