30/06/2018 07:00
Voir Naples et mourir, voir Ha Long et y revenir. Pour beaucoup, une promenade en baie de Ha Long est comme une incursion dans un pays de conte de fées. Sauf que parfois, les fées s’endorment un peu trop…
>>Tout feu, tout flame
>>Un pépin contre les pépins
>>Voyager de temps en temps

Et pourtant, ça ne manque pas de bateaux.

Ce matin-là, quand nous nous sommes rendus à la gare de Hanoï pour prendre le premier train qui nous conduit à Hai Phong (Nord), l’ami qui m’accompagnait piaffait d’impatience et se visionnait sans cesse les mêmes images vues et revues dans tous les magazines, guides et autres reportages: sérénité, évasion, romantisme… La réalité l’a vite rattrapé!

Seul au monde

Lorsque je fais découvrir la baie de Ha Long (province de Quang Ninh, Nord) à quelqu’un, il y a belle lurette que j’évite de partir de l’embarcadère de Ha Long. Dépassé par son succès et sa renommée, Ha Long reçoit chaque jour des milliers de visiteurs qui s’entassent dans des centaines de bateaux de promenade, véritables trains maritimes qui laissent peu de place à la sérénité du moment.

En outre, avant de s’engager entre les îles, il faut presque une heure de traversée pour franchir la baie dans la baie. Trop long, trop de bateaux, trop de monde!

Je préfère mille fois mieux supporter les aléas du long voyage jusqu’à l’île de Cát Bà, à Hai Phong, qui offre l’énorme avantage d’être déjà au milieu de ses consœurs, et qui, justement à cause de la difficulté à la rejoindre, dispose encore d’une relative tranquillité. Je dis bien relative, car le week-end, c’est une autre histoire.

Et c’est justement un week-end que nous choisissons pour être dans ce train Hanoï - Hai Phong. D’habitude, je voyage dans un wagon aux banquettes de bois en face à face dont le bruit et la chaleur étouffante brassée par quelques ventilateurs faméliques n’arrivent pas à ôter le charme suranné.

Cette fois-ci, le hasard des billets ou la volonté de la préposée nous a octroyés un wagon à sièges mous et inclinables, avec climatisation. Le luxe! Sauf que le luxe conduit à l’égoïsme, et que chacun douillettement allongé sur son siège n’a aucune envie de discuter avec son voisin.

Je regrette un peu l’ambiance conviviale des banquettes en bois, où les étudiants qui rentrent au quê (village natal) en fin de semaine se serrent les uns contre les autres tout en exerçant leur pratique de l’anglais ou du français avec les rares étrangers qui partagent leur wagon.

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Ha Long reçoit chaque jour
des milliers de visiteurs qui s’entassent
dans des centaines de bateaux de promenade,
véritables trains maritimes qui laissent
peu de place à la sérénité du moment.
Et pourtant, ça ne manque pas de bateaux.
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Trop de monde

Mais l’inconvénient est vite compensé par le sommeil confortable autant dû au tangage ferré qu’à une courte nuit.

Hai Phong terminus, tout le monde descend. Poussés, bousculés, tirés par la foule des voyageurs qui s’extirpent de la gare, nous tombons presque dans les bras d’une jeune femme que je connais bien pour l’avoir souvent vue à cet endroit. "Bonjour, tu es tout seul aujourd’hui? Ta femme, elle n’est pas avec toi? Ah! Elle vient demain avec des amis. Tu veux un taxi? Hep taxi! Tu fais un bon prix, c’est un ami".

J’ai quand même payé plus cher que lorsque je suis accompagné de mon épouse. Mais il fallait bien que notre mentor ait sa commission!

"Tu as tes billets de bateaux? Non! Je viens avec vous pour t’aider à en avoir". Alors, 50.000 dôngs et 5 minutes plus tard, nous sommes devant l’embarcadère central de Hai Phong.

Les gens s’entassent devant les bureaux de vente pour espérer obtenir un billet de passage sur les hydroglisseurs qui doivent partir. Issue incertaine, car le nombre de prétendants à l’évasion balnéaire est largement supérieur à celui de sièges dont disposent les vénérables esquifs qui assurent la liaison quotidienne Hai Phong - Cát Bà.

Rançon de la gloire: Cát Bà est devenue la destination de fin de semaine des Hanoïens, tout comme Vung Tàu (province de Bà Ria - Vung Tàu, Sud) l’est pour les habitants de Hô Chi Minh-Ville.

Malgré l’installation d’un nouvel embarcadère à l’embouchure du fleuve Rouge, à une quinzaine de kilomètres de Hai Phong, la multiplication des bateaux et l’augmentation des cadences, la presse de fin de semaine ne peut être totalement absorbée. Au vu du nombre d’impétrants à la navigation entre Hai Phong et Cát Bà, comparé à celui de places disponibles, je subodore déjà que notre week-end risque de laisser une grande place à la visite de la ville de Hai Phong, avant que de goûter la douceur insulaire!

Pas comme tout le monde

Chacun a son siège.

C’est donc sans grande conviction que je pénètre, précédé par notre cicérone, dans le bureau de vente. À peine entrés, nous essuyons un refus net: pas de billets avant 15h00, et encore pas à cet embarcadère. Je m’incline devant la fatalité et, très sportivement, je dis que je comprends et que ce n’est pas trop grave, et que… Enfin, toutes ces formules polies que l’on utilise pour masquer la haine qui est en nous et qui donne envie de précipiter tout le monde à l’eau pour avoir enfin sa place sur ce fichu bateau!

À ce moment, je sens comme un flottement dans l’atmosphère. En effet, jusqu’à présent, c’était notre pilote autoproclamée qui avait engagé la conversation. Moi, j’étais resté silencieux. Qui aurait pu se douter que je pratiquais la langue vernaculaire.

À peine ai-je commencé à parler vietnamien que des regards interrogatifs se tournent vers notre dévouée guide occasionnelle. "Mais, il parle vietnamien!". Je n’attends pas la suite, et je suis déjà dehors avec mon ami, prêt à envisager une promenade dans Hai Phong, parsemée de haltes dans des cafés climatisés, en attendant un hypothétique départ en fin d’après-midi.

À peine avons-nous fait quelques pas que notre accompagnatrice ressort du bureau de vente en m’interpellant: "Tu reviens, il y a deux billets pour le bateau qui part maintenant". Remarque étonnée de mon ami: "Tiens, ils ont une marge de manœuvre". Réponse désabusée de ma part: "Le fait que je parle vietnamien n’y est pas étranger".

En fait, ce qui y a été pour beaucoup, c’est que la jeune femme qui nous accompagnait me connaissait bien, savait quelles sont mes occupations au Vietnam. Elle nous avait d’ailleurs aidés à rechercher la tombe de mon arrière-grand-mère, quelque part dans la banlieue de Hai Phong. Du coup, je n’étais plus un inconnu, je faisais partie de l’immense famille vietnamienne, et la solidarité a joué. Je remercie notre guide provisoire, en lui achetant pour la nième fois des cartes postales dix fois trop chères, et que j’ai déjà en multiples exemplaires. Mais il faut bien encourager l’entreprise.

Nous sommes dans le bateau, confortablement installés sur les sièges de premier rang. Il est 09h30, notre bateau va partir. En réalité, notre bateau, pour des raisons que nous ignorerons toujours, fera cinq faux départs, avant de partir réellement… une heure et demie plus tard.

De quoi se faire mener en bateau!

Texte et photo: Gérard BONNAFONT/CVN
 
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