28/07/2018 14:15
Un museau et deux petits yeux noirs surgissent du trou, trop tard: un pied les recouvre déjà, et l’orifice va être bientôt rempli de glace carbonique, synonyme de mort certaine pour ce rat et nouvelle arme fatale des services sanitaires new-yorkais.
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Des employés du service de la santé placent de la glace carbonique dans des terriers de rats, dans un parc de New York, le 7 juin.
Photo: AFP/VNA/CVN

L’équipe de Rick Simeone, directeur du service antiparasitaire de New York, est à pied d’œuvre dans le parc Sara D. Roosevelt, situé dans le Lower East Side, l’un des plus anciens quartiers de Manhattan, aux États-Unis. La veille, ils ont passé plus de trois heures à repérer toutes les entrées de terriers, 67 au total.

Selon le mode de calcul généralement utilisé, ils pourraient être plus de 250 Rattus norvegicus, leur nom scientifique, à résider ici. Terrier par terrier, l’équipe dépose dans chaque trou plusieurs petites pelletées de ce qui ressemble à des glaçons. Il s’agit de glace carbonique, du gaz carbonique refroidi, sous forme solide.

À température ambiante, le dioxyde de carbone va reprendre forme gazeuse et asphyxier les rats, qui le plus souvent dorment à cette heure de la journée. En moyenne, 90% à 100% des rongeurs sont exterminés. "C’est une révolution pour les parcs et les espaces verts, affirme M. Simeone, dont le service, qui comprend environ 160 personnes, dépend du Département municipal de la santé. On entend toujours que les rats gagnent la bataille. Mais ceci change la donne".

"Sans cruauté"

Présents à New York depuis le milieu du XVIIIe siècle, les rats, responsables de la transmission de nombreuses maladies, seraient environ deux millions dans la capitale financière américaine, selon une étude publiée en 2014 par un doctorant de l’Université Columbia. John Stellberger est le premier à avoir utilisé la glace carbonique contre les rats aux États-Unis, en 2012, sur une idée d’un de ses employés.

Patron d’EHS Pest Control, une société anti-parasitaire, Stellberger raconte en avoir parlé aux services sanitaires de Boston. En 2016, ces derniers tentent l’expérience, immédiatement concluante. Le recours à la glace carbonique est néanmoins suspendu quelques mois plus tard dans l’attente d’une homologation par l’Agence américaine de protection de l’environnement (EPA), obtenue en juin 2017.

Début 2018, après plusieurs mois de tests, New York a officiellement adopté cette technique anti-rat, rejoignant Boston, Chicago et Washington. La glace carbonique n’est utilisée qu’en milieu ouvert, dans les parcs et espaces verts, explique Rick Simeone, car ce serait trop complexe d’identifier des tunnels dans les rues et en milieu résidentiel, où le béton est omniprésent.

Un terrier de rats dans le parc new-yorkais de Sara D. Roosevelt.
Photo: AFP/VNA/CVN

Outre son efficacité, elle ne présente aucun risque pour la faune des parcs et jardins publics, contrairement au poison, qui était seul utilisé jusqu’ici. La méthode, au coût équivalent à celui du poison, correspond aussi à l’ère du temps, explique Stellberger: beaucoup de ses clients lui demandent aujourd’hui de "se débarrasser de ces animaux sans cruauté". "Les rats s’endorment, en quelque sorte", avant de mourir asphyxiés, explique Simeone.

Un budget dératisation conséquent

Mais la glace carbonique ne résoudra pas, à elle seule, le problème des rats à New York, prévient Simeone, comme le spécialiste mondial de la lutte contre les rats, Robert Corrigan. Le maire de New York, Bill de Blasio, a présenté un plan de grande ampleur, axé sur les trois quartiers les plus infestés de la ville, et doté de 32 millions de dollars. Il n’a pas mis en avant la glace carbonique, mais l’accès à la nourriture, le cœur du problème des rats, qui ont besoin d’environ 80 grammes de nourriture par jour pour survivre.

Poubelles intelligentes, conte-neurs fermés, augmentation de la fréquence de ramassage des ordures, collaboration entre les différents services de la ville, ce programme veut en finir avec le garde-manger permanent que constituent les trottoirs new-yorkais. Robert Corrigan, qui a travaillé avec la municipalité durant 12 ans, se félicite que la ville ait enfin choisi d’aborder la question de façon scientifique plutôt qu’empirique.

"Quand je vois beaucoup de rats dans un quartier, plutôt que de chercher où mettre le poison, je demande: qui nourrit ces rats?", dit-il, pour illustrer ce changement de philosophie. "Vous éliminez les poubelles, abonde Rick Simeone, et vous n’avez même plus besoin de poison".

AFP/VNA/CVN

 
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