16/12/2018 06:22
Le bambin est fréquent au Vietnam. On le croise dans des bras maternels, sur des épaules paternelles, en semi-liberté dans un enclos ou trônant dans une poussette. Pas étonnant que tant de lieux lui soient consacrés...
>>Tête au frais ou au sec
>>Une odeur de madeleine
>>D’un pont à l’autre...

Paradis des enfants, cocon douillet, terrain d’aventure, ce sont les jardins d’enfants au Vietnam. 
Photo: Hoàng Phuong/CVN

Pour qui vit au Vietnam, il est une évidence que nous avons parfois oubliée en Occident. Le mariage, c’est d’abord pour constituer une famille. Une famille, c’est au moins deux parents et un enfant. Le concubinage n’étant pas une option possible au pays de Lac Long Quân, convoler en justes noces est un passage obligé pour qui souhaite vivre avec l’âme sœur. Cette logique implique un nombre conséquent de mariages qui, outre le blocage de voies urbaines le jour des réjouissances, entraîne inéluctablement un séjour en maternité quelques mois plus tard.

Pour vous donner une idée de la prolificité vietnamienne, la plus importante maternité du monde se trouve à Hô Chi Minh-Ville, à l’hôpital Tu Du: plus de 65.000 naissances par an, soit à peu près huit naissances à l’heure, y compris les jours fériés… Excusez du peu! À peine nés, ces beaux bébés, vagissant à perdre haleine, vont s’atteler à la même tâche que tous leurs semblables au Vietnam et dans le monde: grandir!

Transport fragile

Grandir suppose passer par des stades progressifs. D’abord, nourrisson attaché au sein maternel ou à son substitut, le biberon. Période de la vie où la marge d’autonomie est faible et le périmètre de pérégrinations très limité! Portés, ballotés, bercés, nichés en berceau ou couffin, rejetons et rejetonnes découvrent la vie au gré des déplacements parentaux. D’aucuns parents d’ailleurs ayant choisi de se mettre l’enfant sur le dos avant de se le mettre à dos, quelques années plus tard! Cette pratique du porte-bébé, que certaines cultures traditionnelles ont adopté depuis des siècles, s’est répandue depuis quelques années dans notre société consumériste.

Côté pratique oblige, le porte-bébé moderne, qu’il soit rigide ou mou, est un sac à ventre ou un sac à dos destiné au transport. Point! On est bien loin du porte-bébé traditionnel, comme ceux des ethnies montagnardes, où mère, grand-mère et tantes tissent le porte-bébé qui protègera l’enfant pendant cette période de transport dorsal. Une protection non seulement contre les chutes, mais aussi contre les mauvais esprits. Dessins, motifs, couleurs, autant de fétiches qui mettent l’enfant en sécurité quand sa mère lui tourne le dos. Et, quand l’enfant sera en âge de mettre pied à terre, le porte-bébé sera remisé dans une armoire ou accroché au mur. Si un autre enfant arrive, un nouveau porte-bébé verra le jour!

Je dois avouer que si dans les hyper centres commerciaux qui sortent de terre, du Nord au Sud du Vietnam, je vois des centaines de porte-bébés tendre leurs sangles aux nouveau-nés, j’essaie en vain de trouver une quelconque marque de protection magique sur ces objets industriels. La seule marque en l’occurrence pourrait être le sigle du fabricant, fétiche indispensable pour augmenter le chiffre d’affaires.


Et puis, de nourrisson, l’enfant devient jeune puis petit. Oui, je sais que cela paraît contradictoire, que plus l’on grandit, plus l’on rajeunit et plus l’on rapetisse. La faute aux spécialistes de l’enfance, pédopsychiatres, psychologues, pédiatres et sociolo-gues qui se sont penchés sur son berceau et ont tenté de mettre en cases une vie en pleine éclosion. Qu’importe qu’il soit jeune en étant plus vieux, le jeune enfant est atteint d’une boulimie de découvertes qui augmente au gré de ses capacités motrices et psychomotrices. Son exubérance, sa soif de saisir à pleines menottes ce monde qui s’offre à lui participent grandement de l’augmentation de la tension cardiaque des parents.

Adulte s’abstenir

Aussi, dans sa grande clémence, la société de consommation a-t-elle inventé des structures d’accueil pour regrouper tous ces énergumènes et permettre aux parents de vaquer à leurs occupations d’adultes. Crèches, haltes-garderies, écoles maternelles, autant de lieux où, à l’écart de ses parents, l’enfant va apprendre à vivre… avec les autres. Autant dire qu’au Vietnam, ce type de lieux pousse à foison. Dans un rayon de 500 m autour de chez moi, j’en dénombre pas moins de dix! Alors qu’il n’y a qu’une boulangerie, pas de boucher, et seulement deux salons de coiffure… Les seuls espaces à les concurrencer, où des individus apprennent à vivre avec d’autres, sont les cafés. À croire qu’ils se sont installés en si grand nombre non loin des espaces d’accueil d’enfants, à seule fin que les parents puissent se consoler d’abandonner momentanément leur progéniture à d’autres bras que les leurs, en noyant leur chagrin dans la bia (bière) ou le trà đá (thé vert à glaçon).

Soucieux du bien-être de notre enfant, mon épouse et moi, nous avons visité tous les jardins d’enfants du secteur… au cas où! Partout, ce n’est que sourires de "cô giáo" (enseignante) accueillantes qui se mettent à genoux devant les petits, surabondance de jouets, toboggans, tricycles, bacs à balles de plastique et aires de jeux. Dans des salles claires, au décor de maison de poupée, les enfants s’exercent au plaisir du collage, du découpage, de l’empilage, du cartonnage... Des tables et chaises à leur hauteur, des matelas tout doux pour faire la sieste, tout est fait pour un monde où mesurer plus de 80 cm fait de vous un géant.

Mais, il n’y a pas que l’emballage..., le contenu fait aussi partie du marketing. Le contenu, c’est la pédagogie déroulée aux parents. Une pédagogie qui doit faire de votre chérubin ou "chérubine" un génie avant l’heure, un honnête bébé au sens cartésien ou plutôt confucéen!

Outre la méthode Montessori qui s’étale à la devanture de centaines de jardins d’enfants au Vietnam, on vous propose la méthode Reggio Emilia, la méthode Steiner, la méthode Freinet et d’autres plus ésotériques. Partout, c’est la liberté, le développement précoce de l’intelligence, l’autorégulation, le respect du rythme, l’apprentissage par l’expérimentation...

Bref, un monde merveilleux où mon enfant s’épanouira dans un tel bonheur qu’il n’aura plus envie de rentrer à la maison le soir! À voir le nombre d’enfants qui, à l’heure de la sortie, se précipitent sourire aux lèvres et bras tendus vers leurs parents, le bonheur familial a encore de beaux jours devant lui!

Je vous laisse. Je vais chercher ma fille qui a développé sa créativité aujourd’hui... Je vais cacher les crayons feutres, sinon mes murs vont souffrir!

Gérard BONNAFONT/CVN

 
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