04/11/2017 13:20
Plus d’un lettré confucéen rigoriste qualifiait le jasmin de «fleur prostituée» en raison de son parfum nocturne. Les vieilles générations de Hanoï prenaient le jasmin comme symbole de la finesse des gens de la capitale.
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Le parfum de jasmin peut aider à réduire l’anxiété et favoriser le sommeil.
Photo : CTV/CVN

«Si peu parfumée qu’elle soit, c’est une fleur de jasmin.
Si peu élégante et courtoise qu’elle soit, c’est une personne de Tràng An».
(Chang thom cung thê hoa nhài,
Chang lich cung thê con nguoi Tràng An1)


Cette chanson populaire consacre la finesse culturelle des gens de la Cité du Dragon volant (Thang Long), le vieux Hanoï.

Selon un poème classique qui reflète d’anciennes croyances, c’est le souffle vital sacré du fleuve Lô (fleuve Rouge) et du mont Tan qui a façonné les hommes de cette ville bénéficiant d’une position géomantique exceptionnelle (Khí thiêng Lô Tan dúc nên nguoi).

Les gens de Tràng An

Le roi lettré Lê Thánh Tôn (XVe siècle) s’est montré plus rationnel en faisant état d’une réalité historique : «La capitale royale rassemble la fine fleur des quatre Tuyên ou provinces», provinces qui entouraient le site : les gens tenaient du Kinh Bac (partie Nord de la capitale Hanoï), fief des Rois Lý, riches en talents littéraires et en lauréats des concours triennaux, célèbre par ses chansons folkloriques et ses temples pittoresques, - ou bien de Hai Hung (à l’est), région qui perpétue les souvenirs du grand vainqueur des Mongols Trân Hung Dao (XIIIe siècle), des bonzes illustres, des docteurs ès humanités de Mô Trach, - ou encore de Son Tây ou Xu Doài (à l’ouest) où se trouve Phong Châu (lieu d’origine du premier État Viêt) et où la simplicité et la solidité des hommes se reflètent dans les lettres et dans le style des maisons communales, - ou enfin l’ancien Son Nam (au sud) où la vénérable rivière Tô Lich traverse des villages fertiles en métiers artisanaux et en traditions culturelles.

Les hommes formés au creuset de Tràng An ont la réputation d’être consciencieux et déterminés, amoureux des belles lettres et aussi des fleurs, généreux, simples et courtois, de bonne compagnie, ne tombant jamais dans la grossièreté ou le ridicule. Dans les rues s’établissent des relations de convivialité comme dans un village. Entre voisins on se confie mutuellement la garde de la maison lorsqu’on doit s’absenter.

En été, plus d’une famille met devant sa maison une jarre en terre cuite contenant du thé de vôi ainsi que quelques bols de faïence sur un escabeau : les passants venant de la campagne ou de la province pourront se désaltérer...

Les hommes formés au creuset de Tràng An ont la réputation d’être consciencieux et déterminés.
Photo : CTV/CVN

La langue parlée par les gens de Tràng An est considérée comme la plus pure du pays : vocabulaire riche, aucune imprécision, aucune grossièreté... et un accent exemplaire, un langage simple et direct. On se sent gêné par l’obséquiosité des gens qui se piquent de belles lettres, vous accueillent avec des formules comme celle-ci : «Aujourd’hui le dragon (que vous êtes) daigne venir chez la crevette (que je suis)» ou «Quel merveilleux vent vous amène»... Mais les règles de la politesse l’exigent. Lorsqu’on invite quelqu’un notamment un supérieur (en position sociale ou en âge), on emploie le mot «xôi» plus respectueux que le mot «ăn» pour dire «manger»... Le patron dit à son employé «tôi xin» (je demande = s’il vous plaît). «Cho» est un terme général signifiant «donner», mais quand le présent est fait à un homme qu’on respecte, on dit «biêu» (offrir), tandis que le terme «tang» est réservé aux égaux et aux inférieurs.

«C’est quelqu’un de la capitale»

Le geste lui-même doit respecter des règles précises. Quand on offre un objet, un livre ou une tasse de thé..., il faut tenir des deux mains. Quand le maître d’école rapporte une chique de bétel qu’on lui a offerte, il la met sur une assiette pour en faire don à sa femme. Quand on reçoit quelqu’un chez soi, il faut avoir une attitude digne, ni trop humble, ni arrogante.

Quand un visiteur arrive chez lui, le maître de maison doit se coiffer d’un turban et revêtir une tunique avant d’accueillir son hôte. Il fait préparer ou prépare lui-même du thé ; il verse dans les tasses une première eau bouillante pour les rincer, puis verse une seconde eau pour que son invité se rince la bouche. Le thé, ni trop fort ni trop léger, est versé dans une grande tasse afin de décanter avant d’être servi dans des tasses minuscules.

La tenue vestimentaire n’est pas le moindre des soucis : dans la rue notamment, pour se montrer poli envers les autres, seules les personnes qui s’adonnent à un travail de force ont le droit de se montrer torse nu. Il est permis de porter des vêtements rapiécés, mais surtout pas déchirés. Il faut savoir être modeste : si on porte du brocart, du satin ou un autre tissu luxueux, on doit recouvrir son habit d’une tunique de gaze ordinaire. Le rouge est réservé aux vieillards. Les demoiselles ne ferment par le bouton du col de leur tunique découvrant ainsi le haute du cache-sein.

De génération en génération, on cherche à préserver les bonnes manières à Tràng An et les nouveaux arrivants se conforment aux règles ancestrales. À la campagne ou en province, le visiteur qui vient de Tràng An est considéré comme un individu appartenant à une classe à part, et on se dit : «C’est quelqu’un de la capitale».

Huu Ngoc/CVN
(Juin 2000)
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(1) Tràng An : littéralement la tranquillité, la paix durable. Nom employé souvent pour désigner la capitale (dans le Vietnam et la Chine d’autrefois).
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