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En quoi et où réside la beauté de la femme vietnamienne et de la femme en général ? Question difficile à répondre puisque la notion du beau elle-même est très subjective.
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Les critères de beauté varient avec les époques, les modes et les cultures.
Photo : CTV/CVN

Le beau, selon Kant (philosophe allemand), est ce qui plaît universellement, bien qu’on ne puisse le justifier intellectuellement. Moi, je ne pense pas qu’il puisse y avoir de beau universel : la beauté varie avec les cultures, le temps et les latitudes.

Au début du XIXe siècle, notre poète national Nguyên Du (1766-1820) a détaillé ainsi le canon de la beauté féminine : mai côt cách (profil gracieux de l’abricotier), tuyêt tinh thân (blancheur et pureté de la neige), khuôn trang đây đan (vissage de lune pleine), ngoc thôt (voix de cristal), mây thua nuoc tóc (cheveux plus splendides que les nuages), tuyêt nhuong màu da (teint plus pur que la neige), làn thu thuy (regard aux reflets des lacs d’automne), nét xuân son (sourcils évoquant le profil des montagnes printanières), hoa ghen thua tham (les fleurs jalouses de son teint), liêu hon kém xanh (le saule pleure de n’avoir pas sa fraîcheur), má hông (joues roses), mat hoa đào (visage pareil à une fleur de pêcher), liêu yêu đào to (corps frêle et délicat comme le saule ou le pêcher), gót sen (pieds mignons comme des lotus).

L'"áo dài" est la tenue traditionnelle des femmes vietnamiennes.
Photo : CTV/CVN

En somme, la beauté se concentre sur les parties du visage, à l’exception du nez, du front et des lèvres (la littérature occidentale met l’accent sur les lèvres sans doute parce que le baiser sur les lèvres est pratique courante). Le corps doit être svelte, même un peu chétif. Sont tabous les seins, les cuisses, le vagin, considérés comme obscènes.

Chansons populaires et proverbes vietnamiens

Mais la poétesse de l’érotisme Hô Xuân Huong (1772-1822) et le peuple passent outre aux interdits de Maître Confucius :

"Le cache-sein rouge glisse et laisse voir les mamelons.
Pas de rosée sur les deux collines du Pays de Fées.
La source aux fleurs de pêcher ne jaillit pas encore".
(La jeune fille assoupie en plein jour)
(Đôi gò bông đào suong còn ngâm
Môt lach đào nguyên suôi chua thông
).

"Quand on est belle, son ombre même est belle,
Quand on est mignonne, même sa "tính tình tinh" (onomatopée musicale désignant le vagin) est mignonne".
(Chanson populaire)
(Nguoi xinh cái bóng cung xinh
Nguoi ròn cái tính tình tinh cung ròn
)
 
"Pour fendre du bois, il faut observer dans quel sens vont les fibres.
Avant d’épouser une femme, il faut observer son derrière".
(Proverbe)
(Che cui xem tho, lây vo xem mông)

Une belle paire de fesses est signe de fécondité. La même motivation explique notre très ancien culte de la fertilité. Elle a inspiré au sculpteur Lê Công Thành (1932-2019) la statue de marbre "La femme face à la mer" qui a été posée sur la plage de Ðô Son (ville portuaire de Hai Phòng, Nord), un des premiers nus exposés dans un endroit public au pays de la pudeur confucéenne.

Canon occidental de la beauté féminine

Chaque pays a ses propres canons de la beauté féminine.
Photo: CTV/CVN

Par contre, en Occident, plus que jamais, le corps féminin est exploité sans vergogne par la publicité. Selon le Financial Times, l’Italie bat le record en la matière. Même les femmes politiques essaient de crever le petit écran avec leur mini-jupe pour exhiber leurs jambes. La TV ne montre jamais de femmes vieilles ou handicapées.

La beauté féminine a évolué beaucoup en Occident. Au temps de la reine Victoria en Angleterre, une petite bouche aux lèvres serrées était l’idéal. Aujourd’hui, on recherche plutôt une bouche large aux lèvres charnues. Les parties sex-appeal tournent autour des genoux, des coudes, des cuisses, du cou, des hanches. Dans les années 1950, avec l’avènement de la société de consommation, la potelé de Marilyn Monroe faisait fureur alors que maintenant on préfère la minceur.

D’après Debbie Han, artiste américaine d’origine coréenne, le canon occidental contemporain est : visage pas trop grand, nez mignon, taille fine, jambes longues. Est-ce pour cette raison que les étrangers se mariant au Vietnam choisissent une femme considérée comme laide par les indigènes : taille haute, corps trop mince, jambes longues, nez aquilin, pommettes un peu saillantes, yeux légèrement bridés, teint un peu foncé. Han critique aussi les écoles d’art en Corée qui continuent à faire copier aux étudiants la Vénus de Milo qui n’a rien d’asiatique.

Il n’y a donc pas de critère pour la beauté féminine ? Si. Les psychologues évolutionnistes prétendent que les conceptions peuvent varier avec la mode, mais que l’essence reste toujours la même. Cette essence est la partie du corps féminin qui exprime mieux l’instinct de reproduction.

À ce sujet, en dépouillant les documents littéraires d’Europe pendant trois siècles et ceux de l’Asie remontant à plusieurs millénaires, les chercheurs du Texas ont conclu que les parties du corps féminin les plus chantées sont, par ordre de préséance, les seins, les cuisses, les hanches et les fesses, et surtout la taille (entre les côtes et les jambes).

Taille resserrée, critère universel

Les critères de beauté imposent une certaine dictature sur le corps et le visage.
Photo : CTV/CVN

Avant le XXe siècle, on préférait en Europe les femmes un peu plantureuses. Mais, minces ou grasses, on ne les aimait pas avec un gros ventre. L’Orient était pour la minceur. Les deux principales épopées de l’Inde mentionnent 35 fois la taille fine et 26 fois d’autres parties du corps. La poésie classique chinoise fait allusion 17 fois à la taille fine, une fois aux jambes, et se tait sur les seins, les hanches, les cuisses et les fesses.

Ainsi, une taille resserrée est l’objet de beauté pour toutes les cultures du monde. Une chanson populaire vietnamienne confirme cette remarque :

"La femme à taille de guêpe sait plaire à son mari et bien nourrir son enfant"
(Nhung nguoi that đáy lung ong, đa khéo chiêu chông lai khéo nuôi con).

Pourquoi l’unanimité de ce choix ? Les scientifiques vous répondent : une taille resserrée est signe de santé et de fécondité. Cette particularité physiologique devient inconsciemment une valeur esthétique. La science a prouvé aussi que chez les femmes ventrues, l’ovaire secrète peu d’estrogène qui provoque l’ovulation.

Nous parlons beaucoup ces derniers temps d’identité culturelle. Dans ce cadre, en quoi et où réside la beauté de la femme du Vietnam ?
 
Huu Ngoc/CVN
(Mars 2008)
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