22/07/2021 10:31
Vingt-six milliards d'USD : c'est le montant "historique" que quatre sociétés pharmaceutiques américaines, accusées d'avoir contribué à la crise des opiacés qui ravage les États-Unis, sont prêtes à payer pour solder des milliers d'actions en justice intentées contre elles par de nombreux États américains.

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Des cachets d'opiacés le 18 septembre 2019 à Washington DC.
Photo : AFP/VNA/CVN


Le laboratoire Johnson & Johnson a accepté de payer 5 milliards sur neuf ans, et les distributeurs McKesson, Cardinal Health et AmerisourceBergen - fournisseurs de quelque 90% des médicaments américains - 21 milliards sur 18 ans.

Ils espèrent ainsi mettre fin à près de 4.000 actions intentées au civil par des dizaines d'
États américains et collectivités locales, dans le cadre d'une proposition d'accord à l'amiable "historique", a annoncé mercredi 21 juillet Letitia James, procureure générale de l'État de New York.

Ces quatre sociétés "ont non seulement contribué à déclencher la crise, mais elles ont continué à l'attiser pendant plus de 20 ans", a-t-elle déclaré. "Aujourd'hui, nous les tenons pour responsables et nous injectons des milliards de dollars dans les collectivités à travers le pays", s'est-elle félicitée.

Le paiement de ces 26 milliards - qui doivent permettre aux 
États et collectivités de financer les traitements rendus nécessaires par ce fléau - dépendra du nombre d'États américains qui valideront l'accord.

Mercredi 21 juillet, outre New York, six autres 
États l'avaient accepté : le Connecticut, le Delaware, la Louisiane, la Pennsylvanie, le Tennessee et la Caroline du Nord - dont le procureur a indiqué s'attendre à ce que "plus de 40 États l'entérinent" dans les 30 jours.

La Virginie occidentale et Washington ont cependant rejeté l'accord. Il "favorise les 
États les plus peuplés aux dépens de ceux où la crise est la plus intense", a notamment dénoncé le procureur de Virginie occidentale, l'un des plus touchés par la crise des opiacés.

Johnson & Johnson, qui a renoncé à produire ou vendre toute substance opiacée, avait déjà annoncé fin juin un accord à l'amiable avec le seul 
État de New York, prévoyant qu'il verse 230 millions d'USD.

Quant aux distributeurs, accusés d'avoir fermé les yeux sur des commandes d'opiacés anormalement élevées, ils s'engagent par l'accord annoncé à surveiller désormais de telles commandes, grâce à un système centralisé de partage des données.

Comme souvent dans les accords à l'amiable, l'accord n'inclut aucune reconnaissance de culpabilité et reste silencieux sur d'éventuelles poursuites pénales.

Bataille juridique 

S'il est confirmé, il sera le plus important de l'épique bataille juridique engagée par les 
États et collectivités pour faire payer les entreprises - depuis les laboratoires jusqu'aux cabinets médicaux, en passant par des sociétés de conseil comme McKinsey - accusées d'avoir produit et promu les médicaments opiacés, ou fermé les yeux sur leur sur-consommation.

La bataille a souvent été comparée à celle menée par les 
États contre les cigarettiers dans les années 80 : elle déboucha en 1998 sur un accord à l'amiable pesant près de 250 milliards d'USD.

Ces derniers mois, alors que de nombreux dossiers sur les opiacés arrivaient au stade du procès, une série d'accords à l'amiable ponctuels ont été annoncés, tels celui de Johnson & Johnson avec l'
État de New York, ou un autre avec le laboratoire Purdue, accusé d'avoir été aux origines de la crise avec sa promotion féroce du médicament opiacé OxyContin.

Cet accord, qui prévoit une restructuration complète du laboratoire appartenant à la famille Sackler et le versement de 4,5 milliards d'USD aux collectivités touchées par la crise, reste à confirmer par un tribunal fédéral des faillites, Purdue s'étant placé en cessation de paiement.

La crise américaine des opiacés, déclenchée par la promotion agressive de médicaments anti-douleur très addictifs tels que l'oxycodone dans les années 1990, a fait plus de 500.000 morts par overdose aux 
États-Unis en deux décennies.

Partie d'une sur-consommation de médicaments délivrés sur ordonnance, autrefois réservés aux maladies les plus graves, elle a généré un vaste marché de substances opiacées illicites particulièrement puissantes, comme le fentanyl.

Après un début d'amélioration juste avant la pandémie, le nombre d'overdoses est reparti à la hausse aux 
États-Unis en 2020, avec plus de 93.000 décès, la plupart liés aux opiacés.

L'accord annoncé mercredi 21 juillet, même s'il est accepté par de nombreux 
États, ne soldera pas tous les litiges : d'autres laboratoires ayant été attaqués en justice n'y sont pas associés, comme Teva, Allergan, ou Endo, ou encore des grandes chaînes de pharmacies américaines, telles Walgreens, CVS, ou les pharmacies des magasins Walmart.

AFP/VNA/CVN

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